La conquête du pouvoir politique

Réforme sociale ou révolution ?

Rosa Luxembourg

Deuxième partie
3. La conquête du pouvoir politique

   Le sort de la démocratie est lié, nous l’avons vu, au sort du mouvement ouvrier. Mais le développement de la démocratie rend-il superflue ou impossible une révolution prolétarienne dans le sens de la prise du pouvoir d’Etat, de la conquête du pouvoir politique ?

   Bernstein tranche cette question en pesant soigneusement les aspects positifs et les aspects négatifs de la réforme légale et de la révolution, à peu près comme on pèse de la cannelle ou du poivre dans une coopérative de consommation. Dans le cours légal, il voit l’action du raisonnement ; dans son cours révolutionnaire, celle du sentiment ; dans le travail réformiste, une méthode lente ; dans la révolution, une méthode rapide de progrès historique ; dans la légalité, une force méthodique, dans l’insurrection, une violence spontanée.

   C’est une chose bien connue que le réformateur petit-bourgeois aperçoit en tout un  » bon  » et un  » mauvais  » côté et qu’il mange à tous les râteliers. C’est aussi une chose bien connue que le cours réel de l’histoire ne se soucie guère des combinaisons petites-bourgeoises, et renverse d’un coup les échafaudages bien construits et les calculs, sans tenir compte des  » bons côtés  » des choses, si bien triés en tas.

   En fait, dans l’histoire, la réforme légale ou la révolution se mettent en marche pour des raisons plus puissantes que le calcul des avantages ou des inconvénients comparés des deux méthodes.

   Dans l’histoire de la société bourgeoise, la réforme légale eut pour effet de renforcer progressivement la classe ascendante jusqu’à ce que celle-ci se sente assez forte pour s’emparer du pouvoir politique et mettre à bas le système juridique pour en construire un nouveau. Bernstein, qui condamne les méthodes de prise de pouvoir politique en leur reprochant de reprendre les théories blanquistes de la violence taxe à tort de blanquisme ce qui est depuis des siècles le pivot et la force motrice de l’histoire humaine. Depuis qu’il existe des sociétés de classe et que la lutte des classes constitue le moteur essentiel de l’histoire, la conquête du pouvoir politique a toujours été le but de toutes les classes ascendantes ainsi que le point de départ et le point d’aboutissement de toute période historique. C’est ce que nous constatons dans les longues luttes de la paysannerie contre les financiers et contre la noblesse dans l’ancienne Rome, dans les luttes du patriciat contre les évêques et dans celles de l’artisanat contre les patriciens dans les villes du Moyen-âge, ainsi que dans celles de la bourgeoisie contre le féodalisme dans les temps modernes.

   La réforme légale et la révolution ne sont donc pas des méthodes différentes de progrès historique que l’on pourrait choisir à volonté comme on choisirait des saucisses chaudes ou des viandes froides au buffet, mais des facteurs différents de l’évolution de la société de classe, qui se conditionnent et se complètent réciproquement, tout en s’excluant, comme par exemple le pôle Sud et le pôle Nord, la bourgeoisie et le prolétariat.

   À chaque époque, en effet, la constitution légale est un simple produit de la révolution. Si la révolution est l’acte de création politique de l’histoire de classe, la législation n’est que l’expression, sur le plan politique, de l’existence végétative et continue de la société. Le travail légal de réformes ne possède aucune autre forme motrice propre, indépendante de la révolution ; il ne s’accomplit dans chaque période historique que dans la direction que lui a donnée l’impulsion de la dernière révolution, et aussi longtemps que cette impulsion continue à se faire sentir ou, pour parler concrètement, seulement dans le cadre de la forme sociale créée par la dernière révolution. Nous sommes là au cœur du problème.

   Il est inexact et contraire à la vérité historique de se représenter le travail de réforme comme une révolution diluée dans le temps, et la révolution comme une réforme condensée. Une révolution sociale et une réforme légale ne sont pas des éléments distincts par leur durée, mais par leur contenu ; tout le secret des révolutions historiques, de la prise du pouvoir politique, est précisément dans le passage de simples modifications quantitatives en une qualité nouvelle ou, pour parler concrètement, dans le passage d’une période historique d’une forme de société donnée à une autre.

   Quiconque se prononce en faveur de la réforme légale, au lieu et à l’encontre de la conquête du pouvoir politique et de la révolution sociale, ne choisit pas en réalité une voie plus paisible, plus sûre et plus lente conduisant au même but ; il a en vue un but différent : au lieu de l’instauration d’une société nouvelle, il se contente de modifications superficielles apportées à l’ancienne société. Ainsi les thèses politiques du révisionnisme conduisent-elles à la même conclusion que ses théories économiques. Elles ne visent pas, au fond, à réaliser l’ordre socialiste, mais à réformer l’ordre capitaliste, elles ne cherchent pas à abolir le système du salariat, mais à doser ou à atténuer l’exploitation, en un mot elles veulent supprimer les abus du capitalisme et non le capitalisme lui-même.

   Cependant, ce que nous venons de dire de la fonction respective de la réforme légale et de la révolution n’est-il pas valable uniquement pour une lutte de classes du passé ?

   Peut-être, grâce au développement du système juridique bourgeois, incombe-t-il à la réforme légale de faire passer la société d’une phase historique à une autre ? La conquête du pouvoir d’Etat par le prolétariat n’est-elle pas devenue  » une phrase vide de sens « , comme le prétend Bernstein ?

   En fait, c’est le contraire qui est vrai. Qu’est-ce qui distingue la société bourgeoise des autres sociétés de classe, de la société antique et de la société féodale ? C’est le fait que la domination de classe n’y repose pas sur les  » droits acquis « , mais sur de véritables rapports économiques, le fait que le salariat n’est pas un rapport juridique, mais un rapport purement économique. On ne trouvera dans tout notre système juridique aucun statut légal de la domination de classe actuelle. S’il en reste encore des traces, ce sont des survivances de la société féodale, tel le règlement du statut de la domesticité.

   Comment supprimer alors l’esclavage du salariat progressivement  » par la voie légale « , s’il n’est pas traduit dans les lois ? Bernstein, qui prétend, par le moyen de la réforme légale, abolir le capitalisme, se trouve dans la même situation que le romancier russe Ouspenski1Ouspenski, écrivain russe (1843-1902) célèbre par un recueil de nouvelles Les mœurs de la rue du désordre. Représentant du populisme en littérature. , qui racontait ainsi son aventure :  » Vite je saisis le gaillard au collet ! Mais que vois-je ? Ce misérable n’avait pas de collet !  » Voilà le problème…

    » Toutes les sociétés antérieures étaient fondées sur l’antagonisme de la classe opprimante et de la classe opprimée  » (Manifeste Communiste). Mais dans les phases précédentes de la société moderne, cet antagonisme se traduisait par des rapports juridiques bien déterminés ; de ce fait, il pouvait accorder dans une certaine mesure une place aux nouveaux rapports dans le cadre des anciens.  » Au sein même du servage, le serf s’est élevé au rang de membre de la commune  » (Manifeste Communiste). Comment cela fut-il possible ? Par la suppression progressive de tous les privilèges dans le domaine de la cité : corvées, droit de vêtement, taxes sur l’héritage, droit du meilleur catel2Droit en vertu duquel les seigneurs, après la mort d’un vassal, prenaient à leur choix le meilleur des meubles du défunt , impôt personnel, contrainte de mariage, droits de succession, etc., dont l’ensemble constituait précisément le servage.

   C’est de cette manière également que le petit-bourgeois du Moyen-âge a réussi  » sous le joug de l’absolutisme féodal à s’élever au rang de bourgeois  » (Manifeste Communiste). Par quel moyen ? Par l’abolition partielle et formelle ou par le relâchement effectif des liens corporatifs, par la transformation progressive de l’administration des finances et de l’armée.

   Si l’on considère le problème dans l’absolu, et non dans une perspective historique, on peut au moins imaginer, dans le cadre des anciens rapports de classes, une voie légale, réformiste, du passage de la société féodale à la société bourgeoise. Mais la réalité montre que là non plus les réformes légales n’ont pas rendu inutile la prise du pouvoir politique par la bourgeoisie, au contraire elles ont servi à la préparer et à l’introduire. Il a fallu une révolution politique et sociale en règle, à la fois pour abolir le servage et pour supprimer le féodalisme. Aujourd’hui la situation est tout autre. Aucune loi n’oblige le prolétariat à se soumettre au joug du capital, c’est la misère et le manque de moyens de production qui l’y contraignent. Mais aucune loi au monde ne peut lui accorder ses moyens de production dans le cadre de la société bourgeoise parce que ce n’est pas la loi, mais le développement économique qui l’a dépossédé de ses moyens de production.

   De même l’exploitation à l’intérieur du système du salariat n’est pas non plus fondée sur la loi, car le niveau des salaires n’est pas fixé par voie légale, il dépend de facteurs économiques. Le fait lui-même de l’exploitation n’a pas pour origine une disposition légale, il a un fondement purement économique, à savoir le fait que la force de travail joue le rôle d’une marchandise, possédant entre autres cette qualité de produire de la valeur, et même plus de valeur que n’en consomment les ouvriers dans leurs moyens de subsistance.

   En un mot, il est impossible de transformer les rapports fondamentaux de la société capitaliste, qui sont ceux de la domination d’une classe par une autre, par des réformes légales qui en respecteraient le fondement bourgeois ; ces rapports ne sont pas en effet le produit d’une législation bourgeoise, ils ne sont pas traduits par des lois. Bernstein l’ignore, apparemment, puisqu’il se propose une  » réforme  » socialiste, mais il le reconnaît implicitement lorsqu’il écrit à la page 10 de son livre que le  » motif économique se dévoile aujourd’hui, alors qu’autrefois il était masqué par toutes sortes de rapports de domination et d’idéologie « .

   Ce n’est pas tout. Le régime capitaliste a ceci de particulier que tous les éléments de la société future, en se développant, au lieu de s’orienter vers le socialisme, s’en éloignent, au contraire. La production revêt de plus en plus un caractère social. Mais comment se traduit ce caractère social ? Il prend la forme de la grande entreprise, de la société par actions, du cartel, au sein desquels les antagonismes capitalistes, l’exploitation, l’oppression de la force de travail, s’exaspèrent à l’extrême.

   Dans l’armée, l’évolution du capitalisme entraîne l’extension du service militaire obligatoire, la réduction du temps de service ; il semble que l’on tende vers un système de milice populaire. Mais cette évolution s’accomplit dans le cadre du militarisme moderne ; la domination du peuple par l’Etat militariste s’y manifeste nettement, ainsi que le caractère de classe de l’Etat.

   Dans le domaine politique, l’évolution du système conduit, si le terrain y est favorable, à la démocratie, à la participation de toutes les couches de la population à la vie politique. On s’oriente donc en quelque sorte vers un  » Etat populaire « . Mais ceci dans le cadre du parlementarisme bourgeois où les antagonismes de classe, loin d’être résolus, s’étalent au contraire au grand jour. L’évolution du capitalisme oscille donc entre des contradictions ; pour dégager le noyau socialiste de la gangue capitaliste, il faut que le prolétariat s’empare du pouvoir politique, et que le système capitaliste soit entièrement aboli.

   De ces constatations Bernstein tire de tout autres conclusions : s’il est vrai que le développement du capitalisme doit exaspérer et non pas atténuer les contradictions capitalistes, alors  » la social-démocratie devrait « , à l’en croire,  » pour ne pas se rendre la tâche plus difficile, essayer de barrer la route aux réformes sociales et d’empêcher l’extension des institutions démocratiques  » (page 71). Ce serait juste, en effet, si la social-démocratie avait le souci petit-bourgeois et vain de trier les bons et les mauvais côtés de l’histoire. En ce cas, elle devrait, pour être conséquente,  » essayer de barrer la route  » au capitalisme tout entier, puisque c’est bien lui le noir criminel qui met des obstacles au socialisme. En fait le capitalisme, tout en mettant des obstacles au socialisme, offre les seules possibilités de réaliser le programme socialiste. Ceci vaut également pour la démocratie. La démocratie est peut-être inutile, ou même gênante pour la bourgeoisie aujourd’hui ; pour la classe ouvrière, elle est nécessaire, voire indispensable.

   Elle est nécessaire, parce qu’elle crée les formes politiques (auto-administration, droit de vote, etc.) qui serviront au prolétariat de tremplin et de soutien dans sa lutte pour la transformation révolutionnaire de la société bourgeoise. Mais elle est aussi indispensable, parce que c’est seulement en luttant pour la démocratie et en exerçant ses droits que le prolétariat prendra conscience de ses intérêts de classe et de ses tâches historiques.

   En un mot, la démocratie est indispensable, non pas parce qu’elle rend inutile la conquête du pouvoir politique par le prolétariat ; au contraire, elle rend nécessaire et en même temps possible cette prise du pouvoir. Lorsque Engels dans sa préface à La lutte des classes en France révisait la tactique du mouvement ouvrier moderne, opposant aux barricades la lutte légale, il n’avait pas en vue – et chaque ligne de cette préface le démontre – le problème de la conquête définitive du pouvoir politique, mais celui de la lutte quotidienne actuelle. Il n’analysait pas l’attitude du prolétariat à l’égard de l’Etat capitaliste au moment de la prise du pouvoir, mais son attitude dans le cadre de l’Etat capitaliste. En un mot, Engels donnait les directives au prolétariat opprimé, et non au prolétariat victorieux.

   En revanche, la phrase célèbre de Marx sur la question agraire en Angleterre, et dont Bernstein tire argument, à savoir  » qu’on la réglerait plus facilement en achetant les landlords  » – cette phrase ne se rapporte pas à l’attitude du prolétariat avant, mais après sa victoire. Car on ne peut parler d’acheter les classes dominantes que si la classe ouvrière est au pouvoir. Ce que Marx envisageait, c’était l’exercice pacifique de la dictature prolétarienne, et non le remplacement de la dictature par des réformes sociales capitalistes.

   Marx et Engels n’ont jamais mis en doute la nécessité de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat. Il était réservé à Bernstein de considérer la mare aux grenouilles du parlementarisme bourgeois comme l’instrument appelé à réaliser le bouleversement social le plus formidable de l’histoire, à savoir la transformation des structures capitalistes en structures socialistes.

   Mais en exposant sa théorie, Bernstein avait commencé par exprimer simplement la crainte que le prolétariat ne s’empare trop tôt du pouvoir. Si tel était le cas, une telle action reviendrait, selon Bernstein, à laisser la société bourgeoise dans la situation où elle est, et le prolétariat subirait une défaite redoutable. Cette crainte montre à quoi aboutit pratiquement la théorie de Bernstein : à conseiller au prolétariat, pour le cas où les circonstances l’amèneraient au pouvoir, d’aller tout simplement se coucher. Mais par là même cette théorie se juge elle-même, se dévoile comme une doctrine condamnant le prolétariat, aux instants décisifs de la lutte, à l’inaction, donc à une trahison passive de sa propre cause.

   Si notre programme ne pouvait être applicable à toutes les éventualités et à tous les moments de la lutte – il ne serait qu’un vil chiffon de papier. Formulation globale de l’évolution historique du capitalisme, notre programme doit également décrire dans leurs traits fondamentaux toutes les phases transitoires de ce développement, et donc orienter à chaque instant l’attitude du prolétariat dans le sens d’une marche vers le socialisme. On peut donc conclure qu’il n’existe aucune circonstance où le prolétariat serait contraint d’abandonner son programme, ou d’être abandonné par lui.

   Concrètement, cela veut dire qu’il n’y a aucun moment où le prolétariat, porté au pouvoir par les circonstances, ne puisse, ou ne soit tenu de prendre certaines mesures en vue de réaliser son programme, des mesures de transition vers le socialisme. Affirmer que le programme socialiste pourrait se révéler impuissant à une phase quelconque de la prise du pouvoir et incapable de donner des directives en vue de sa réalisation, revient à affirmer que le programme socialiste est, d’une manière générale et de tout temps, irréalisable.

   Mais si les mesures transitoires sont prématurées ?

   Cette objection révèle une série de malentendus quant à la nature réelle et au déroulement de la révolution sociale. Premier malentendu : la prise du pouvoir politique par le prolétariat, c’est-à-dire par une grande classe populaire, ne se fait pas artificiellement. Sauf en certains cas exceptionnels – tels que la Commune de Paris, où le prolétariat n’a pas obtenu le pouvoir au terme d’une lutte consciente, mais où le pouvoir lui est échu comme un bien dont personne ne veut plus – la prise du pouvoir politique implique une situation politique et économique parvenue à un certain degré de maturité. C’est là toute la différence entre des coups d’Etat de style blanquiste, accomplis par  » une minorité agissante « , déclenchés à n’importe quel moment, et en fait, toujours inopportunément, et la conquête du pouvoir politique par la grande masse populaire consciente ; une telle conquête ne peut être que le produit de la décomposition de la société bourgeoise ; elle porte donc en elle-même la justification économique et politique de son opportunité.

   Si l’on considère les conditions sociales de la conquête du pouvoir, la révolution ne peut donc se produire prématurément ; si elle est prématurée, c’est du point de vue des conséquences politiques lorsqu’il s’agit de conserver le pouvoir.

   La révolution prématurée, dont le spectre hante les nuits de Bernstein, menaçante comme une épée de Damoclès, ne peut être conjurée par aucune prière, aucune supplication, toutes les transes et toutes les angoisses sont impuissantes à cet égard. Et cela pour deux raisons très simples.

   Tout d’abord un bouleversement aussi formidable que le passage de la société capitaliste à la société socialiste ne peut se produire d’un bond, par un coup de main heureux du prolétariat. L’imaginer, c’est faire preuve encore une fois de conceptions résolument blanquistes. La révolution socialiste implique une lutte longue et opiniâtre au cours de laquelle, selon toute probabilité, le prolétariat aura le dessous plus d’une fois ; si l’on regarde le résultat final de la lutte globale, sa première attaque aura donc été prématurée : il sera parvenu trop tôt au pouvoir.

   Or – et c’est là le deuxième point – cette conquête  » prématurée  » du pouvoir politique est inévitable, parce que ces attaques prématurées du prolétariat constituent un facteur, et même un facteur très important, créant les conditions politiques de la victoire définitive : en effet, ce n’est qu’au cours de la crise politique qui accompagnera la prise du pouvoir, au cours de longues luttes opiniâtres, que le prolétariat acquerra le degré de maturité politique lui permettant d’obtenir la victoire définitive de la révolution. Ainsi ces assauts  » prématurés  » du prolétariat contre le pouvoir d’Etat sont eux-mêmes des facteurs historiques importants, contribuant à provoquer et à déterminer le moment de la victoire définitive. De ce point de vue l’idée d’une conquête  » prématurée  » du pouvoir politique par les travailleurs apparaît comme un contre-sens politique, contre-sens dû à une conception mécanique de l’évolution de la société ; une telle conception suppose pour la victoire de la lutte des classes un moment fixé en dehors et indépendamment de la lutte des classes.

   Or, nous avons vu que le prolétariat ne peut faire autrement que de s’emparer  » prématurément  » du pouvoir politique, ou, en d’autres termes, il ne peut que le conquérir une ou plusieurs fois trop tôt pour parvenir enfin à sa conquête définitive ; de ce fait, s’opposer à une conquête  » prématurée  » du pouvoir, revient à s’opposer, en général, à l’aspiration du prolétariat à s’emparer du pouvoir d’Etat.

   Tous les chemins mènent à Rome : nous aboutissons logiquement, ici encore, à cette conclusion que le conseil révisionniste d’abandonner le but final socialiste revient à abandonner le mouvement socialiste tout entier.

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Notes   [ + ]

1. Ouspenski, écrivain russe (1843-1902) célèbre par un recueil de nouvelles Les mœurs de la rue du désordre. Représentant du populisme en littérature.
2. Droit en vertu duquel les seigneurs, après la mort d’un vassal, prenaient à leur choix le meilleur des meubles du défunt