5. Suite. La décomposition de la paysannerie dans la région de l’industrie laitière

Le développement du capitalisme en Russie

Lénine

Chapitre IV : LE PROGRÈS DE L’AGRICULTURE COMMERCIALE

V. SUITE. LA DÉCOMPOSITION DE LA PAYSANNERIE DANS LA RÉGION D’INDUSTRIE LAITIÈRE

   Quand on lit les textes consacrés à l’influence de l’industrie laitière sur la situation de la paysannerie, on se heurte à chaque instant à des contradictions: d’une part, ces textes nous parlent du progrès économique, de l’augmentation des revenus, de l’amélioration de la technique agricole, des achats d’instruments perfectionnés et, d’autre part, ils nous disent que l’alimentation est de plus en plus mauvaise, qu’on voit apparaître de nouvelles formes de servitude et qu’on assiste à la ruine de la paysannerie. Connaissant les faits que nous avons exposés au chapitre II, ces contradictions ne doivent pas nous étonner: si ces avis sont contradictoires, c’est parce qu’ils portent sur des groupes opposés de la paysannerie. Pour mieux juger de ce problème, examinons les données qui classent les foyers paysans d’après le nombre de vaches qu’ils possèdent12

  1. Chiffres de la statistique des zemstvos d’après le Recueil récapitulatif de M. Blagovéchtchenski. Le nombre total des foyers de ces 18 districts est de 303262 et non de 289079: il y en a donc près de 14 000 qui n’ont pas été classés d’après le nombre de vaches. M. Blagovéchtchenski fournit des renseignements analogues pour deux autres districts de provinces à tchernoziom, mais ces districts ne semblent pas typiques. Pour onze districts de la province de Tver (Recueil des renseignements statistiques, t. XIII, 2), le pourcentage des foyers qui n’ont pas de vache par rapport à ceux qui possèdent un lot concédé n’est pas élevé (9,8 %). Mais, 48,4% des vaches appartiennent à 21,9% des foyers qui en possèdent chacun au moins trois. Il y a 12,2% des foyers qui n’ont pas de cheval et il n’y en a que 5,1% qui possèdent 3 chevaux et plus et ils ne détiennent que 13,9 % de la totalité des chevaux. On voit donc que pour les chevaux, la concentration est moins poussée que pour les vaches. C’est là un phénomène que l’on retrouve dans les autres provinces sans tchernoziom. (voir note suivante).[↩]
  2. Voir N. A. Blagovéchtchenski: L’exploitation paysanne – Relevé statistique des renseignements économiques fournis par les recensements par foyer des zemstvos. Tome I. Moscou. 1893.[↩]