La débâcle économique et la façon prolétarienne de la combattre

La débâcle économique et la façon prolétarienne de la combattre

Lénine

   La « Pravda » n° 73, 17 (4) juin 1917

   Nous publions dans ce numéro une résolution adoptée par la Conférence des comités d’usine1 sur les mesures à prendre contre la débâcle économique.

   L’idée maîtresse de cette résolution est d’opposer à la phrase bourgeoise, bureaucratique et petite-bourgeoise, sur le contrôle, les conditions d’un contrôle effectif sur les capitalistes et la production. Les bourgeois mentent en faisant passer pour le « contrôle » des mesures de réglementation par l’Etat assurant aux capitalistes des bénéfices triplés, sinon décuplés. A la fois naïfs et cupides, les petits bourgeois se fient aux capitalistes et à l’Etat capitaliste, se contentant, pour le contrôle, des projets bureaucratiques les plus creux. La résolution adoptée par les ouvriers fait ressortir l’essentiel : comment faire en sorte : 1° de ne point « sauvegarder » en réalité les bénéfices des capitalistes ; 2° d’arracher les voiles du secret commercial ; 3° de donner aux ouvriers la majorité dans les organismes de contrôle ; 4° de confier l’organisation (du contrôle et de la direction) aux Soviets des députés ouvriers, soldats et paysans, et non aux capitalistes, étant donné qu’elle est conçue « à l’échelle de l’Etat tout entier ».

   Sans cela, toutes les conversations sur le contrôle et la réglementation ne sont que mots en l’air ou même tromperie pure et simple du peuple.

   Et c’est contre cette vérité, immédiatement saisie par tout ouvrier conscient et réfléchi, que se sont dressés les chefs de notre petite bourgeoisie, les populistes et les menchéviks (Izvestia, Rabotchaïa Gazéta). Les écrivains de la Novaïa Jizn qui avaient cette fois hésité à maintes reprises entre eux et nous, sont malheureusement tombés au niveau des populistes et des menchéviks.

   Les camarades Avilov et Bazarov justifient à l’aide d’arguments d’apparence marxiste leur « chute » dans le bourbier de la confiance petite-bourgeoise, de l’esprit de conciliation et de la ponte des projets bureaucratiques. Voyons ces arguments.

   Militants de la Pravda défendant la résolution du Bureau d’organisation (adoptée par la conférence), nous rétrograderions du marxisme au syndicalisme ! ! Rougissez, camarades Avilov et Bazarov, d’une telle inattention (ou d’une telle entorse à la vérité), digne seulement de la Retch2

  1. Les Comités d’usine et de fabrique, organisations de classe prolétariennes fondées en mars 1917, tout de suite après la victoire de la révolution de Février. Ils succédèrent aux anciens conseils de syndicats de fabrique et autres organismes élus et créés sur la base des comités de grève aux moments d’essor révolutionnaire.[↩]
  2. La « Retch » [la Parole], quotidien, organe central du parti cadet, parut à Pétersbourg à partir de février 1906 ; interdit par le Comité militaire révolutionnaire auprès du Soviet de Pétrograd le 26 octobre (8 novembre) 1917 ; parut sous d’autres titres jusqu’en août 1918. [↩]