Lettre au Comité central du P.O.S.D.(b)R.

Lettre au Comité central du P.O.S.D.(b)R.

Lénine

   Ecrit le 19 octobre (1er novembre) 1917. Paru pour la première fois le 1er novembre 1927, dans la « Pravda » n° 250

   Chers camarades,

   Un parti qui se respecte ne peut pas tolérer dans son sein les briseurs de grève ni leur activité. Cela est évident. Et plus on réfléchit aux interventions de Zinoviev et de Kaménev dans la presse étrangère au parti, plus il apparaît incontestable que leur conduite est, dans toute l’acception du terme, une action de briseurs de grève. La dérobade de Kaménev à la séance du Soviet de Pétrograd est quelque chose de tout à fait bas ; il est, vous le voyez, pleinement d’accord avec Trotski. Mais, est-il difficile de comprendre que Trotski ne pouvait pas, ne devait pas en dire plus qu’il n’en a dit devant les ennemis, qu’il n’en avait pas le droit ? Est-il difficile de comprendre que le devoir du parti qui cachait à l’ennemi sa décision (sur la nécessité de l’insurrection armée, tout à fait mûre à ce moment, sur la préparation complète, etc.), que cette décision oblige, dans les déclarations publiques, à rejeter non seulement la «faute», mais aussi l’initiative sur l’adversaire. Seuls des enfants seraient incapables de le comprendre. La dérobade de Kaménev est une fourberie, purement et simplement. Il faut en dire autant de la dérobade de Zinoviev. A tout le moins, sa lettre «de justification» (adressée, semble-t-il, à l’organe central du parti) est la seule chose que j’aie vue (car, l’opinion personnelle, l’«opinion prétendument personnelle» autour de laquelle la presse bourgeoise fait tant de bruit, je ne l’ai pas vue jusqu’ici, moi, membre du Comité central). Voici l’un des «arguments» de Zinoviev : Lénine a envoyé ses lettres à différents camarades «avant qu’une décision quelconque n’ait été prise», et vous n’avez pas protesté. C’est ce qu’écrit littéralement Zinoviev, et il souligne lui-même de quatre traits le mot avant. Est-il difficile de comprendre qu’avant que l’organe central ait pris une décision sur la grève on peut faire de la propagande pour et contre la grève, mais qu’après la décision prise en faveur de la grève (après la décision supplémentaire de cacher cette décision à l’ennemi), faire après de la propagande contre la grève, c’est se conduire en briseur de grève ? Le premier ouvrier venu le comprendra. L’insurrection armée est débattue à la direction depuis septembre. Voilà le moment où Zinoviev et Kaménev pouvaient et devaient intervenir par écrit, afin que tous, en voyant leurs arguments, puissent mesurer leur complet désarroi. Cacher sa façon de voir au parti tout un mois avant que la décision soit prise et envoyer son opinion personnelle après cette décision, c’est se comporter en briseur de grève.

   Zinoviev feint de ne pas comprendre cette différence, de ne pas comprendre qu’après la décision de grève, décision émanant du centre, seuls les briseurs de grève peuvent faire de la propagande contre cette décision devant les instances inférieures. Le premier ouvrier venu le comprendra.

   Or, Zinoviev a précisément fait de la propagande et a saboté les décisions du centre aussi bien à l’assemblée de dimanche((Parlant de l’assemblée de dimanche. Lénine a en vue ici et plus bas la