Notre étude et la situation actuelle1
Mao Zedong
12 avril 1944
I
Depuis l’hiver dernier, les cadres supérieurs de notre Parti étudient le problème des deux lignes dans l’histoire du Parti, ce qui leur a permis d’élever considérablement leur niveau politique. Beaucoup de questions ont été soulevées par nos camarades au cours de cette étude; sur quelques-unes des questions importantes, le Bureau politique du Comité central est arrivé aux conclusions suivantes:
1) L’attitude à adopter dans l’étude de notre expérience historique. Le Comité central estime que nous devons aider les cadres à acquérir, du point de vue idéologique, une compréhension parfaite des questions touchant à l’histoire du Parti et que nous devons en même temps adopter une politique d’indulgence dans les décisions que nous prenons à l’égard des camarades qui ont commis autrefois des erreurs, afin que, d’une part, les cadres comprennent à fond l’expérience historique de notre Parti et ne retombent pas dans les erreurs du passé, et que, d’autre part, nous puissions unir tous les camarades en vue de l’œuvre commune. Notre Parti a mené, au cours de son histoire, de grandes luttes contre les lignes erronées de Tchen Tou-sieou et de Li Li-san; ces luttes étaient absolument nécessaires. Mais il y avait des défauts dans les méthodes employées. D’abord, les cadres du Parti n’ont pas été amenés à comprendre à fond, du point de vue idéologique, les causes de ces erreurs, les circonstances dans lesquelles elles avaient été commises et les mesures précises pour les corriger, de sorte que des erreurs de même nature ont pu se répéter. Ensuite, on a par trop insisté sur les responsabilités personnelles de chacun; aussi n’avons-nous pas réussi à unir autant de camarades que nous aurions pu en vue de l’œuvre commune. Que ces deux défauts nous servent d’avertissement. Cette fois-ci, dans l’examen des questions touchant à l’histoire du Parti, nous devons mettre l’accent, non sur les responsabilités personnelles de certains camarades, mais sur l’analyse des circonstances dans lesquelles les erreurs ont été commises, sur ce qu’étaient ces erreurs, sur leurs origines sociale, historique et idéologique; il faut procéder suivant le principe: “tirer la leçon des erreurs passées pour en éviter le retour et guérir la maladie pour sauver l’homme”, afin d’atteindre le double but d’éclaircir les idées et d’unir les camarades. La circonspection avec laquelle nous réglons les cas des camarades intéressés, sans glisser sur leurs fautes et sans leur faire tort, est une preuve de la vitalité et de l’épanouissement de notre Parti.
2) Une question, quelle qu’elle soit, doit être traitée d’une manière analytique, et il faut se garder de tout rejeter en bloc. Par exemple, la ligne suivie par la direction centrale, durant la période qui s’étend de la quatrième session plénière2 à la réunion de Tsouenyi, doit être analysée sous deux aspects. Il faut relever d’une part que la tactique politique et militaire et la politique des cadres adoptées par l’organe dirigeant central durant cette période étaient erronées dans leurs aspects principaux, et faire remarquer d’autre part que les camarades qui avaient commis des erreurs n’avaient pas de divergences avec nous sur des questions aussi fondamentales que la lutte contre Tchiang Kaïchek, la poursuite de la révolution agraire et la lutte de l’Armée rouge. L’aspect tactique lui-même demande d’ailleurs à être analysé. Sur la question agraire, par exemple, l’erreur de ces camarades a été d’adopter une politique gauchiste en vertu de laquelle on n’attribuait aucune terre aux propriétaires fonciers et on laissait les mauvaises terres pour les paysans riches; mais ils étaient d’accord avec nous sur la confiscation des terres des propriétaires fonciers en vue de les partager entre les paysans qui avaient peu de terre ou qui n’en avaient point. L’analyse concrète d’une situation concrète, a dit Lénine, est “la substance même, l’âme vivante du marxisme”((Voir “
- De 1942 à 1944, l’organe dirigeant central et les cadres supérieurs du Parti communiste chinois ont tenu des discussions sur l’histoire du Parti, et plus particulièrement sur la période qui s’étend du début de 1931 à la fin de 1934; ces discussions ont beaucoup contribué à réaliser l’unité idéologique du Parti sur la base du marxisme-léninisme. La réunion élargie du Bureau politique du Comité central, tenue à Tsouenyi dans la province du Koueitcheou, en janvier 1935, avait corrigé la ligne erronée “de gauche” suivie du début de 1931 à la fin de 1934; elle avait modifié la composition de l’organe dirigeant central, établi une nouvelle direction, ayant à sa tête le camarade Mao Zedong, et ramené la ligne du Parti sur une voie juste, marxiste-léniniste. Toutefois, de nombreux cadres du Parti ne connaissaient pas à fond la nature des lignes erronées du passé. Afin d’élever davantage le niveau idéologique marxiste-léniniste des cadres du Parti, le Bureau politique discuta à plusieurs reprises, en 1942-1943, de l’histoire du Parti, puis dirigea en 1943-1944 des discussions de même nature parmi les cadres supérieurs de tout le Parti. Toutes ces discussions constituèrent une importante préparation en vue du VIIe Congrès du Parti, qui se tint en 1945; elles lui permirent de réaliser une unité idéologique et politique sans précédent dans l’histoire du Parti communiste chinois. “Notre étude et la situation actuelle” est le discours que prononça le camarade Mao Tsé-toung, à une conférence des cadres supérieurs à Yenan, sur le thème de ces discussions.[↩]
- Il s’agit de la quatrième session plénière du Comité central issu du VIe Congrès du Parti communiste chinois; elle se tint en janvier 1931.[↩]