La classe laborieuse dans l’histoire irlandaise
James Connolly
VII. Les Irlandais Unis
« Notre liberté, nous la gagnerons à nos risques et périls. Si les possédants refusent de nous aider, ce sera leur perte ; nous nous libérerons nous-mêmes grâce à l’appui de cette classe immense et respectable de la communauté : les hommes qui ne possèdent rien. »
Theobald Wolfe Tone.
Dans le temps où les Volontaires étaient trahis et vaincus, l’Irlande assista à la naissance et à l’essor de l’Association des Irlandais Unis. C’était à ses débuts une organisation publique et pacifique, qui s’en tenait aux moyens ordinaires de l’agitation politique pour propager ses idées dans les masses et les préparer ainsi à réaliser son objectif principal : édifier en Irlande une république sur le modèle de celle qui fut instaurée en France pendant la Révolution.
Par la suite, l’organisation ne put maintenir son activité publique face à la dure persécution du gouvernement britannique, qui n’appréciait pas du tout sa nature démocratique. Elle dut adopter le masque et les méthodes de la clandestinité, et elle acquit sous cette forme une telle influence qu’elle fut à même d’entamer des négociations avec le Directoire révolutionnaire de la France, comme un authentique pouvoir national signant des traités d’égal à égal. A la suite de cet accord secret entre la France révolutionnaire et l’Irlande révolutionnaire contre leur ennemi commun, l’Angleterre aristocratique, plusieurs flottes et armées furent envoyées depuis le continent pour soutenir les Républicains irlandais, mais toutes ces expéditions se terminèrent par un désastre.
La première, placée sous les ordres de Grouchy et Hoche, fut dispersée par une tempête, et plusieurs bâtiments durent rentrer en France pour réparer. Le reste, avec la majeure partie de l’armée, put atteindre Bantry Bay sur la côte irlandaise. Mais le commandant français fut tout aussi hésitant, indécis, timoré, qu’il le sera à la veille de la bataille de Waterloo, dont l’issue sera tout aussi désastreuse pour Napoléon. En définitive, malgré les protestations désespérées des révolutionnaires irlandais qui se trouvaient à bord, il leva l’ancre et rentra en France sans avoir fait tirer un seul coup de canon ni débarquer le moindre détachement. S’il avait été à la hauteur des circonstances, il aurait débarqué, et il est presque certain que l’Irlande aurait pu se séparer de l’Angleterre et prendre en mains son destin national.