Sur le désarmement des “milices ou gardes patriotiques”

Sur le désarmement des “Milices ou Gardes Patriotiques”

Déclaration du Bureau Politique du Parti Communiste Français

Le Bureau Politique du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS, réuni le 2 novembre, ayant procédé à l’examen des décisions prises par le Gouvernement, concernant les Milices ou Gardes Patriotiques a fait les constatations ci-après :

  1. La décision relative au désarmement des Milices Patriotiques, annoncés dans le communiqué du 28 octobre a été prise par le Gouvernement, sans consultation préalable de la Résistance, ce qui constitue une marque incontestable de dédain et de méfiance à l’égard des patriotes qui ont lutté sur le sol de la Patrie pour la libération nationale.
  2. Le lendemain, 29 octobre, le Conseil National de la Résistance adoptait à l’unanimité une résolution dans laquelle il était rappelé que les Milices Patriotiques avaient été créées au début de  l’année 1944, par le C.N.R. Et cette résolution ajoutait : “Le Conseil National de la Résistance déclare que toutes mesures visant nos Milices ou Gardes Patriotiques ne devraient être prises en vertu des droits républicains et démocratiques reconquis par le peuple de FRANCE, sans que le C.N.R. ait eu a en connaitre”.
  3. Après avoir pris connaissance de cette réduction du C.N.R., le Président du Gouvernement exprime “fortement le désir d’être aidé dans sa tache par le C.N.R. et par tous les citoyens”.

Tenant compte du désir de collaboration exprimé par le Président du Gouvernement, le C.N.R. adoptait le 30 octobre la résolution suivante:

“Le CONSEIL NATIONAL DE LA RÉSISTANCE, soucieux au premier chef du maintien de l’ordre républicain, prend acte avec satisfaction de la note émise par la présidence du Gouvernement, le 29 octobre, qui demande la collaboration du C.N.R. pour le règlement rapide des problèmes posés,

“Il affirme sa volonté constante de collaborer avec le Gouvernement. Il rappelle que cette collaboration implique normalement des échanges de vue préalables entre le Gouvernement et le Conseil National de la Résistance sur toutes les grandes questions intéressant la Résistance.

“Il a invité sa commission compétente a déposer dans le plus bref délai, le projet en cours d’étude concernant le statut des forces patriotiques. Ce projet de status sera transmis immédiatement au Gouvernement.

Ainsi le Conseil National de la Résistance, en invitant sa commission compétente à déposer rapidement un projet de status des Milices ou Gardes Patriotiques, montrait sa volonté de collaboration, mais le Gouvernement n’en a tenu aucun compte, et le Conseil des Ministres, réuni le 31 octobre, a pris contre les Milices Patriotiques des décisions aggravant celles qui étaient annoncées dans le communiqué publié, le 26 octobre.

Une fois de plus, le Président du Gouvernement a pris la responsabilité de traiter comme quantité négligeable la Résistance française, ce qui sera cruellement ressenti non seulement par le Conseil National de la Résistance, mais aussi par les Commités Départementaux et locaux de la Libération, ainsi que par tous les français qui, parce qu’ils se sont battus en FRANCE contre l’envahisseur, ont conscience d’avoir quelques droits.

Le Bureau Politique du PARTI COMMUNISTE FRANÇAIS marque son étonnement de voir, deux mois à peine après la libération de la FRANCE, la Résistance française traitée de façon si cavalière et il voit dans cette façon d’agir un inquiétant mépris de la souveraineté populaire et des formes démocratiques de Gouvernement.

Mais en plus des questions de procédure, qui dans ce cas précis, revêtent une importance politique incontestable, le Bureau Politique constate que les mesures prises contre les Gardes Patriotiques rappellent celles qu’on voulait prendre contre les F.F.I. et qui finalement ont du être reportées parce que contraires à l’intérêt national.

Le 28 aout, une décision prononçait la dissolution des F.F.I., mais, devant la réaction de la Résistance unanime, cette décision ne fut pas appliqués et, finalement, un status intégrant les F.F.I. dans l’Armée Française a été établi, mais auparavant la Résistance avait du faire échec à des plans de dislocation des unités F.F.I.

Les décisions concernant les Gardes Patriotiques sont aussi contraires à l’intérêt national que l’étaient les décisions dissolvant les F.F.I. et elles procèdent d’une indiscutable méfiance envers le peuple, méfiance qui, si elle persistait, ne manquerait pas d’alarmer le peuple.

Il est étrange, en effet, qu’au moment où il faudrait, conformément au programme d’action de la Résistance, développer l’effort de guerre de la FRANCE dans tous les domaines, poursuivre implacablement le châtiment des traitres, au moment où il faudrait épurer la police et l’administration avec une extrême rigueur, au moment où il faudrait sévir, avec constance et fermeté, contre le marché noir et contre les saboteurs de la reprise économique, au moment où il faudrait mettre de l’ordre dans l’anarchie de ravitaillement, au moment où il faudrait faire appel à l’enthousiasme des masses populaires, le Gouvernement n’ait pas d’autres préoccupation que de désarmer et de liquider les Gardes Patriotiques, qui après avoir lutté pour libérer la Patrie, assurent la sauvegarde de l’ordre républicain et la préparation militaire des masses populaires.

Cela équivaut à décourager et a désarmer le peuple, cela équivaut à encourager les traitres de la 5ème colonne a perpétrer des crimes puisqu’ils courront désormais moins de risques, cela équivaut à favoriser le désordre et on peut se demander si on ne veut pas, dans certains milieux, provoquer le désordre pour pouvoir déconsidérer la démocratie au bénéfice des conceptions du pouvoir personnel.

L’argument relatif a la nécessité de rassembler toutes les armes pour les soldats n’est qu’un simple prétexte, car chacun sait que ce qui manque à nos soldats ce ne sont pas les armes légères des Gardes Patriotiques mais des armes lourdes qu’on pourrait leur procurer si on consacrait à cette tache autant de ténacité qu’on en consacre au désarmement des Gardes Patriotiques.

Et pour ce qui est du volontariat auquel on fait appel, il est certain que l’attitude prise par le Gouvernement contre les Gardes Patriotiques ne pourra manquer de créer un climat peu propice au rassemblement des masses populaires autour des autorités publiques, d’autant plus que ces autorités ont trop souvent à leur tête d’anciens collaborateurs de l’ennemi, pour qui l’on fait preuve d’une indulgence inquiétante, ce qui indigne les policiers et les gendarmes patriotes.

Conscient de la gravité de la situation créée par les décisions gouvernementales, le Bureau Politique appelle tous les patriotes a se montrer extrêmement vigilants, à déjouer toutes les provocations dont il pourraient être l’objet de la part des cagoulards qui peuplent la Direction Générale des Services de Securité (D.G.S.S.).

En outre, le Bureau Politique charge son représentant au C.N.R. de défendre les droits de la Résistance mis en cause par les décisions gouvernementales et de demander que le C.N.R. fasse auprès du Gouvernement les interventions qu’exige la situation, en vue de surseoir à l’application des décisions prises jusqu’à ce qu’un accord soit intervenu entre le Gouvernement et le C.N.R. sur le statu des Gardes Patriotiques.

Il invite les communistes membres des Commités Départementaux de la Libération à alerter ces organismes pour qu’ils fassent les interventions nécessaire afin de ne pas laisser porter atteinte aux droit de la Résistance représentant la souveraineté populaire et la seule base légale du Gouvernement Provisoire.

Il charge ses représentants à l’Assemblée Consultative, qui va se réunir le 7 novembre, d’intervenir énergiquement à la tribune de l’Assemblée pour exprimer les inquiétudes du peuple qui ne veut pas être livré sans défense aux coups des traitres de la 5ème colonne et afin de demander qu’on en finisse avec une politique de clémence pour les traitres et de rigueur pour les patriotes, politique, dont seuls peuvent bénéficier les ennemis de la FRANCE et de la République.

EN CONCLUSION, après avoir entendu les ministres communistes, les camarades TILLON et BILLOUX, le Bureau Politique déclare que le PARTI COMMUNISTE ne saurait s’associer en aucune manière à des décisions tendant a désarmer le peuple en face de la 5ème colonne hitlérienne que la mollesse dans la répression laisse intacte et puissamment armée.

Tous les communistes, a quelque poste qu’ils se trouvent, agiront dans le sens indiqué par le Bureau Politique et ils mettront tout en œuvre pour élargir et consolider l’union de la Résistance Française, gage de la Renaissance de la Patrie.

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