Le mouvement des femmes révolutionnaires en Inde

Le mouvement des femmes révolutionnaires en Inde

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Inde

2004

Le mouvement des femmes révolutionnaires en Inde

– Avanti

[Tout ce qui est entre crochets a été rajouté par la traduction]

À l’approche du 8 mars, au début de ce nouveau siècle, des développements remarquables ont lieu sur le front des femmes en Inde. Dans les forêts et les plaines de l’Inde centrale, dans les villages reculés de l’Andhra Pradesh et dans les collines, parmi les tribus de l’État, dans les forêts et les plaines du Bihar et du Jharkhand [voir cartes], les femmes s’organisent activement pour briser les chaînes du patriarcat féodal et faire la nouvelle révolution démocratique. Il s’agit d’un mouvement de libération des femmes paysannes de l’Inde rurale, qui fait partie de la guerre populaire menée par la paysannerie opprimée sous la direction révolutionnaire.

Depuis quelques années, des milliers de femmes se rassemblent dans des centaines de villages pour célébrer le 8 mars. Les femmes se rassemblent pour marcher dans les rues d’une ville comme Narayanpur pour s’opposer au concours de beauté Miss Monde, elles marchent avec leurs enfants dans les tehsil [quartiers] et dans les marchés des villages reculés de Bastar pour exiger une scolarisation correcte de leurs enfants. Elles bloquent les routes pour protester contre les cas de viols, et confrontent la police pour demander l’interdiction de la vente d’alcool. Et des centaines de jeunes femmes deviennent des guérilleros dans l’armée des opprimés, se libérant des carcans de leur vie traditionnelle de corvées. Vêtues de treillis, une étoile rouge sur leur casquette vert olive, un fusil sur leurs épaules, ces jeunes femmes débordent de confiance dans le fait que la lutte contre le patriarcat est intégralement liée à la lutte contre les classes dominantes de cette Inde semi-féodale et semi-coloniale, et se dotent des connaissances militaires nécessaires pour affronter la troisième plus grande armée d’exploiteurs. C’est un réveil social et politique parmi les plus pauvres des femmes pauvres de l’Inde rurale. C’est un scénario qui a émergé loin des yeux invisibles des médias bourgeois, loin des flashes et des paillettes des caméras de télévision. Ce sont les signes d’une transformation qui s’opère dans la vie des pauvres des campagnes alors qu’elles participent à la grande lutte pour la révolution.

Mais ce mouvement révolutionnaire des femmes n’est pas apparu du jour au lendemain, et n’est pas non plus né spontanément de la simple propagande. Le mouvement des femmes s’est développé avec la croissance de la lutte armée. Contrairement à l’opinion générale, le lancement de la lutte armée au début des années 80 par les forces communistes-révolutionnaires dans différentes régions du pays, la lutte militante contre l’oppression féodale a donné aux femmes paysannes la confiance nécessaire pour participer aux luttes en grand nombre, et pour ensuite se lever et lutter pour leurs droits. Les femmes, qui constituent les plus opprimées parmi les opprimés, les paysannes pauvres et les paysannes sans terre qui n’ont pas seulement manqué d’une identité et d’une voix mais aussi d’un nom, sont devenues des militantes pour les organisations de femmes de leurs villages et des guérillas.  Ainsi, avec l’expansion et la croissance de la lutte armée, la mobilisation et l’organisation des femmes se sont également développées, conduisant à l’émergence de ce mouvement féminin révolutionnaire, l’un des plus forts et des plus puissants mouvements féminins dans le pays aujourd’hui. Mais il est méconnu et ignoré, un stratagème des classes dirigeantes qui tenteront de supprimer toute information et toute reconnaissance aussi longtemps qu’elles le pourront.

Le contexte

La grande majorité des femmes vivent dans des villages accablés par une oppression féodale qui prend de nombreuses formes. Une exploitation économique intense, une oppression sociale grossière et brutale, une culture qui non seulement nie son indépendance mais la dénigre aussi de toutes les manières possibles. C’est pourquoi les femmes des classes opprimées ont participé à la destruction de l’ordre rural féodal et se sont portées volontaires pour le faire. Dans les luttes paysannes anti-féodales du siècle dernier, les femmes ont joué un rôle très militant et actif. Dans la lutte de Tebhaga [mouvement paysan initié au Bengale par le Parti Communiste d’Inde] dans les années 1940, la participation des femmes était très élevée et les Nari Bahinis [troupes armées de femmes durant le Tebhaga] ont été formées pour l’autodéfense lorsque la répression de l’État a commencé. Dans le soulèvement paysan Telengana [région de l’Inde] de 1947 à 1951, les femmes ont également participé en grand nombre et les femmes paysannes et tribales sont devenues membres de l’escouade de guérilla. Il existe de nombreux témoignages de la bravoure et de la ténacité dont ces femmes ont fait preuve face à l’encerclement par l’armée indienne, à la torture et à la mort certaine. Ainsi, lorsque le soulèvement de Naxalbari a eu lieu en 1967 dans le nord du Bengale sous la direction de Charu Majumdar [révolutionnaire indien, 1918-1972], il n’est pas surprenant que les paysannes et les jeunes filles pauvres y aient participé avec un grand enthousiasme. Dans la lutte du Srikakulam [lutte armée des tribus de cette région dans les années 60], la participation des femmes a été remarquable. Les femmes sont devenues commandantes des escadrons armés et ont semé la terreur dans le cœur des prêteurs d’argent et des propriétaires de la région. La lutte armée a en fait commencé après une attaque des goondas [hommes de main] d’un propriétaire contre des femmes alors qu’elles allaient participer à une conférence de paysans. Les noms des femmes martyrs dans cette lutte, ces femmes qui ont préféré être abattues par les balles de l’armée et de la police plutôt que la reddition brillent encore haut dans les esprits – Nirmala, Ankamma, Saraswati. Ainsi, ces femmes ont défié leur famille et la société pour prendre des rôles qui ont remis en question leurs places traditionnellement acceptables dans la société. Elles ont fait preuve d’un héroïsme et d’une détermination extraordinaires pour faire de la lutte anti-féodale un succès. Mais le mouvement révolutionnaire à l’époque n’a pas pris la tâche consciente d’organiser les organisations de femmes et la lutte contre les manifestations du patriarcat. Face à la répression sévère, ces mouvements ont été supprimés.

Lorsque les révolutionnaires communistes se sont regroupés et ont commencé à mettre en place les luttes paysannes antiféodales à la fin des années 1970, on a assisté à une recrudescence de la participation des femmes aux luttes dans les plaines du Bihar central, dans les champs et les villages de Telengana (Andhra Pradesh), et le mouvement paysan s’est développé comme une tempête. Parmi les premiers problèmes auxquels le mouvement a été confronté, il y a eu les privilèges féodaux des propriétaires sur les femmes et les filles des ouvriers agricoles travaillant dans leurs champs, en particulier des castes dalits [Intouchables, hors-castes, catégories les plus pauvres d’indiens]. Soumises aux pires formes d’abus et de vulgarités des hommes de main des propriétaires, courbées par la famine et la pauvreté, ces femmes pauvres étaient des proies faciles pour les propriétaires et leurs hommes de main. Dans les années 70 et 80, la plupart des luttes violentes menées à Bihar et Telengana, dans la première partie du mouvement paysan, visaient à mettre fin à ces abus et à ces molestations, au nom de la “tradition”. Ces luttes ont servi de toile de fond à la croissance du mouvement des femmes.

Dans cet article, nous limitons notre rapport au mouvement de l’Andhra Pradesh et du Dandakaranya.

Le développement du mouvement rural en Andhra Pradesh

La région de Telengana, dans l’Andhra Pradesh, est restée un bastion de l’exploitation féodale, et de nombreuses formes d’oppression patriarcale qui y sont liées y ont perduré jusqu’au début des années 80, jusqu’à ce que les luttes antiféodales les frappent durement et de manière décisive. Les “droits sexuels” du propriétaire sur les épouses de ses ouvriers ne sont que l’une d’entre elles. Sous le régime du vetti [travail forcé], les ouvriers, hommes et femmes, devaient alors fournir des services gratuits au propriétaire et à sa famille. Les castes de service étaient elles aussi obligées de fournir un travail gratuit. Les mariages d’enfants étaient très répandus. De même que les pratiques religieuses comme le jogini ou le basavi. Variantes locales du culte devadasi, les jeunes filles des castes inférieures étaient mariées aux dieux, et une fille ainsi mariée ne pouvait épouser aucun homme. En fait, elle était forcée de se prostituer.  Lorsque les luttes anti-féodales ont éclaté dans les districts de Karimnagar et d’Adilabad en Telengana en 1977, une forme importante de lutte a été le boycott social des propriétaires. Les ouvriers refusaient d’aller travailler pour les propriétaires dans les maisons et les champs. Le succès du boycott social a été rendu possible grâce à la participation active des femmes. Dans de nombreux districts de Telengana, le vetti n’a pris fin que grâce à ces luttes. La lutte active des femmes a également contribué à la création de l’organisation paysanne Ryotu Coolie Sangam (RCS). Elles sont également devenues membres de l’organisation paysanne. Au fur et à mesure que la lutte se développait, de nombreux incidents remettant en cause les droits des propriétaires dans les aspects sociaux et culturels de leur vie se sont produits.  Après que cette lutte ait éclaté, le premier organisateur de RCS à être assassiné par les hommes de main du propriétaire a été Laxmirajam. Il a été assassiné parce que les femmes de son village ont décidé de célébrer la fête du batkamma [fête des fleurs] dans leur propre localité plutôt que de la célébrer dans la gadi (cour) de la maison du propriétaire.

Parmi les autres grandes questions abordées par le mouvement paysan révolutionnaire, il y a la question des salaires. Bien qu’au départ la question du salaire égal pour un travail égal n’ait pas été abordée, la lutte pour une augmentation des salaires pitoyablement bas a été âprement disputée. Le mouvement a demandé une augmentation des salaires pour tous les types de travail agricole, bien que les taux pour les hommes et les femmes restent différents, les femmes gagnant moins d’argent que les hommes. La lutte paysanne s’est développée au milieu d’une propagande intensive sur la nouvelle révolution démocratique pour mettre fin à l’exploitation féodale et impérialiste.

Parmi les premières organisations de femmes, le groupe CP Reddy du CPI(ML) [Communist Party of India (Marxist-Leninist)] de Telengana a été créé sous la bannière de l’Organisation progressiste des femmes (POW). Vers la fin des années 1970, des unités de la POW ont été formées dans les villages du district de Karimnagar et des conférences ont également été organisées. Plus tard, pendant que travail d’organisation des femmes qui roulent des beedis (cigarettes en feuilles) commençait, elles s’organisèrent également dans le POW, en plus de s’organiser en syndicats qui se formaient également. C’est ainsi que les revendications des femmes, en particulier des paysannes, ont commencé à s’articuler. Les femmes de la région de Telengana et de la région orientale de l’Andhra Pradesh sont également actives dans les luttes pour la terre entreprises par le CP(ML)(PW). Au début des années 1980, les femmes des classes pauvres des paysans et des sans-terres se sont heurtées aux propriétaires et à la police pour les terres qu’elles occupaient. Les femmes des tribus avaient commencé à manifester leur militantisme. En avril 1980, lorsque la police a soudainement interdit la conférence paysanne tribale d’Indervalli dans le district d’Adilabad et a commencé à chasser les gens qui s’étaient rassemblés sur le marché, c’est une femme tribale qui a tiré à l’arc contre un policier et l’a frappé avec sa flèche. Progressivement, des organisations de femmes au niveau des villages ont commencé à émerger et se sont répandues à partir de la fin des années 80. Ces groupes de femmes sont également devenus la cible de la répression policière et ont eu du mal à fonctionner.

Viplava Mahila Sanghim [Traduction littérale : Collectif de Soulèvement des Femmes]

Dans les régions où le mouvement révolutionnaire était fort, les femmes ont repris la lutte contre l’alcoolisme dans leurs localités. Cela est devenu une des principales sources d’agitation au début des années 1990, qui a englobé toute une série d’organisations de femmes. (Voir le rapport dans l’encadré). Ainsi, les organisations de femmes au niveau du village se sont formées dans les différents districts, tandis que les luttes paysannes se sont développées pour devenir le Viplava Mahila sangam (VMS) vers 1995. (Dans le nord de Telangana, on les appelait initialement MVS). Cette organisation féminine clandestine est le point culminant de nombreux efforts et d’expériences pour construire le mouvement des femmes dans l’Andhra Pradesh rurale face à la répression de l’État. Alors que la lutte des paysans s’est étendue du nord au sud de Telengana, de Guntur à Rayalseema, la mobilisation des femmes s’est également créée dans ces districts.

Nées et menées dans le cadre de la lutte révolutionnaire pour une nouvelle société démocratique dont le slogan principal est “La terre au cultivateur”, les luttes pour la terre ont occupé et occupent toujours une place importante dans la mobilisation des femmes. Par exemple, en décembre 1997, l’association paysanne RCS du village d’Ainool (district de Mehboobnagar) a décidé d’occuper 200 acres de terres contrôlées par Ramachandra Reddy et deux autres propriétaires. Sur les 300 personnes qui ont pris part à cette campagne, 100 étaient des femmes. Dans le village de Shalkarpeta, dans le même district, le VMS a soutenu l’appel du RCS à prendre plus de 100 acres sur les 200 acres appartenant à un propriétaire. Le VMS a mené une campagne auprès des femmes pour les préparer à participer à la lutte. Finalement, en juin 1999, lors d’une réunion publique, plus de 100 femmes ont participé. Elles ont pris part au rassemblement et ont planté les drapeaux rouges qu’elles détenaient sur les terres qu’elles occupaient. De même, en 1998, dans le village de Kovunoor, dans le district de Cuddapah, un comité de lutte pour la terre a été formé pour reprendre le contrôle de 120 acres de terre occupés illégalement par un propriétaire. Les terres appartenaient à la société SC et à la communauté villageoise. Le RCS et le VMS ont décidé que lorsque les terres sont reprises et distribuées, les femmes doivent également recevoir des titres de propriété indépendants, ce qui est appliqué partout où le mouvement révolutionnaire est en mesure de donner des titres de propriété.

Les luttes salariales occupent une autre activité importante pour le mouvement des femmes. Une campagne pour l’égalité des salaires pour le travail agricole a été lancée. Dans le village de Tandra (district de Mehboobnagar), le VMS a mené une campagne auprès des ouvrières pendant des jours pour leur faire prendre conscience de la nécessité et de l’importance de la lutte. Finalement, lorsque le RCS et le VMS ont lancé ensemble un appel à la grève pour obtenir des salaires plus élevés, ce fut un succès. Ils ont battu le tambour et ont commencé la grève. Deux jours plus tard, le propriétaire et les riches paysans se sont présentés devant les ouvriers et ont négocié en public pour décider de l’augmentation des taux. Inspirées par l’exemple de ce village, les femmes des villages environnants ont également mené des luttes similaires, même si dans tous ces villages, il n’y avait pas d’unités VMS. L’initiative des travailleuses s’est également accrue avec la croissance de l’organisation des femmes. En juin 1998, dans le village de Pallikonda, dans le district de Nizamabad, les travailleuses des beedis ont été confrontées au chômage parce que les propriétaires ont décidé de licencier leurs salariées locales et d’arrêter ainsi la production locale. 300 femmes se sont rendues au centre du mandal [quartier, autre appellation de tehsil] de Bhimgal et se sont assises pour une dharna [manifestation non-violente par sit-in] devant le bureau de la société de beedis. Les salariées locales ont été réembauchées et la production a repris.

Un compte rendu des questions abordées par le VMS dans les domaines donnera une idée de la variété des questions traitées par l’organisation des femmes de l’AP.

Dans la région d’Achampet, dans le village de Vakeshram, le mari d’une femme est décédé, mais ses frères ont refusé de lui donner une part des terres. Le VMS a organisé un panchayat [tribunal de village] et a obligé le frère à lui donner une parcelle de terrain de 5 acres.

Dans le village de Medak, à Warangal, 70 femmes ont organisé une morcha [mouvement populaire] pour protester contre le viol d’une femme dalit par le fils d’un propriétaire. Elles ont ainsi dénoncé l’incident. Dans le village de Dubbakka, un homme, Venkatagowd, a promis d’épouser Balamma. Mais finalement, il l’a abandonnée. Elle s’est suicidée. Les femmes ont organisé une manifestation pour exiger qu’il soit tenu responsable de sa mort. Le rassemblement a été attaqué par la police.  Dans un autre cas intéressant, à Erpedu, dans le village de Cinnanuru, un chef de village a attaqué et chassé une famille. La fille de 8 ans de la famille attaquée s’est perdue. Elle a été retrouvée par Ramaswamy, qui l’a prise et l’a transformée en domestique dans sa maison. Lorsque le VMS a eu vent de cette situation, il a mobilisé les villageois locaux et a sauvé la fille. Ils ont insisté pour qu’il paie les mois qu’elle avait passés à travailler pour lui. Il a dû payer 12 000 roupies à la jeune fille pour son travail. Les unités VMS de plusieurs régions ont contribué à l’organisation de petits symposiums sur des questions comme la dot, afin d’éduquer les gens contre cette pratique. Elles ont organisé des défilés pour sensibiliser les gens aux meurtres liés à la dot.

En outre, les unités VMS ont été actives dans la mobilisation des femmes pour des actions contre la sécheresse, pour des installations comme les routes et l’électricité. En particulier au cours du printemps 1998, face à une grave sécheresse, les femmes ont été en première ligne des actions en faveur de l’eau et des secours. Elles ont été les premières à exposer le programme de réforme Janmabhoomi [programme visant à encourager le peuple à participer eux-mêmes au développement de l’Andhar Pradesh] de Chandrababu Naidu. Des centaines de femmes manifestant dans la ville de Regonda ont crié : “Nous voulons de l’eau, pas de l’alcool”. Elles ont mis en scène des rokos et des dhamas rasta [blocages de routes], organisé des réunions et des processions. Elles se sont maintes fois opposées aux atrocités commises par la police. Ils ont empêché la police d’arrêter masses en l’attaquant avec tout ce qu’elles avaient en main. Elles ont même essayé de leur arracher leurs fusils. Choqués, les policiers se sont enfuis en laissant Mahendra Reddy derrière eux. 20 policiers d’une unité spécialisée sont revenus un autre jour mais ont été à nouveau confrontés et chassés. De même, au mandal de Gurajala, 50 femmes ont arrêté un bus de police emmenant un leader paysan et ont forcé la police à le libérer. A Durgi Mandal, dans le village de Naramalapadu, la police a arrêté deux fois les dirigeants du RCS et, les deux fois, sous la direction du VMS, des femmes ont mis en scène des rokos rasta et les ont fait libérer.

De tels exemples peuvent être multipliés par centaines dans tout l’État. Les femmes elles-mêmes ont fait face à la répression pour avoir mené les luttes. Elles ont été battues par les hommes de main du propriétaire, elles ont été harcelées, menacées, battues et arrêtées par la police. Mais à travers tout cela, les femmes, sous l’influence de la politique révolutionnaire, s’organisent et construisent leurs propres organisations et luttent pour le droit à l’égalité et à la liberté de l’oppression. Pour elles, la lutte pour une nouvelle révolution démocratique et la lutte contre l’oppression sont intimement liées. D’où leurs sentiments et leur dévouement pour le mouvement révolutionnaire. Cela s’est manifesté de façon particulièrement nette lors d’une grande manifestation qui s’est développée contre la police du village de Manala, dans le district de Nizamabad, autour de la colonne des martyrs. En septembre 1997, 1800 hommes et femmes de Manala et des villages voisins ont travaillé pendant 18 jours pour construire une colonne de 45 pieds à la mémoire des femmes révolutionnaires martyres. Des milliers de personnes ont assisté à l’inauguration de la colonne commémorative. Ainsi, en juin 1998, lorsque la police est venue et a essayé de forcer les femmes et les hommes de Manala à briser le mémorial, ils ont dû faire face à une forte résistance. Lorsque la police a réalisé que les villageois étaient prêts à affronter la mort mais ne permettaient pas que la colonne soit brisée, ils ont été contraints de battre en retraite. Bien qu’ils aient essayé de harceler les femmes Manala par d’autres moyens, ils n’ont pas réussi.

PERSPECTIVE DU MOUVEMENT

Ce mouvement féminin révolutionnaire s’inspire de la théorie du marxisme-léninisme-maoïsme. C’est pourquoi l’analyse marxiste sur les origines de l’oppression des femmes régit sa perspective qui est : Les masses de femmes sont confrontées à une double oppression. Tout comme leurs camarades masculins, elles subissent une oppression de classe. Mais en même temps, elles subissent une oppression patriarcale. Le patriarcat est le système de domination masculine sur les femmes. Les classes dominantes de toutes les sociétés d’exploitation institutionnalisent l’oppression patriarcale. Mais en plus de cela, les hommes qui sont en même temps opprimés par les classes dominantes ont recours à la domination patriarcale. Tous les hommes pratiquent ainsi généralement le patriarcat, qui est institutionnalisé par les classes dominantes. C’est une caractéristique importante de l’oppression des femmes. Cette caractéristique contribue à l’omniprésence des préjugés patriarcaux. Ainsi, l’oppression de classe et le patriarcat sont interconnectés, et à tout moment cette interconnexion doit être saisie et est la pierre angulaire de la perspective marxiste sur la question des femmes. Dans le contexte indien, l’oppression à laquelle les femmes sont confrontées doit être considérée dans le cadre de la nature de la société indienne. Après le retrait des Britanniques en 1947, l’Inde est devenue une société semi-féodale, semi-coloniale, sous la coupe des grands propriétaires terriens et de la bourgeoisie bureaucratique compradore. Avec l’aide de l’impérialisme, ils oppriment la classe ouvrière, la paysannerie, la petite bourgeoisie et la bourgeoisie nationale. Même si le féodalisme reste le rapport social prédominant, les rapports capitalistes se sont également étendus et les deux coexistent. Ainsi, en Inde, les variétés féodales et capitalistes du patriarcat sont toutes deux visibles.

Toutefois, ils n’existent pas en tant qu’entités distinctes. Tout comme d’autres aspects de la structure semi-féodale semi-coloniale, le patriarcat existe sous une forme combinée. C’est avec l’aide de cette forme de patriarcat que les propriétaires, les compradores et les impérialistes oppriment les masses féminines de l’Inde. Mais en raison du développement inégal de la société indienne, l’oppression patriarcale a ses spécificités parmi les différentes classes, castes et tribus ; ses manifestations varient également dans les grandes villes, dans les bourgs et dans les vastes zones rurales. Alors que dans les grandes villes, et dans une certaine mesure, l’influence du patriarcat capitaliste-impérialiste est plus importante, dans les villages, les normes patriarcales féodales dominent davantage. Par conséquent, en Inde, la lutte concrète contre le patriarcat exige que la structure semi-féodale et semi-coloniale soit renversée et qu’une nouvelle société démocratique soit mise en place à sa place. Ainsi, sans une nouvelle révolution démocratique, toutes les luttes et les réformes peuvent apportent au mieux de légers changements partiels dans la vie d’une partie des femmes mais ne peuvent pas apporter de changements qualitatifs dans la vie des femmes, ne peuvent pas constituer une étape majeure pour éliminer le patriarcat et émanciper les femmes. Les cibles de la Nouvelle révolution démocratique indienne (NIDR), les grands propriétaires terriens, la bourgeoisie bureaucratique compradore et l’impérialisme sont également les auteurs de l’oppression patriarcale sur les femmes indiennes. Ainsi, la lutte contre ces classes et leur État englobe également la lutte de libération des femmes contre le patriarcat. Il existe une relation dialectique continue et vivante entre les deux. L’un ne peut être conçu sans l’autre. La lutte pour la NRP ouvre de nouvelles perspectives pour l’émancipation des femmes du patriarcat, et la lutte contre le patriarcat dynamise la NRP – La NRP, annonciatrice de la libération des masses indiennes, est la voie sûre vers l’émancipation des femmes.

Agitation anti-alcool

Au début des années 1990, l’agitation anti-alcool menée par les femmes a balayé tout l’Andhra Pradesh et des milliers de femmes rurales se sont mobilisées pour demander l’interdiction de l’arrack [alcool fermenté]. Cette agitation trouve ses racines dans les luttes anti-arrack lancées spontanément par des organisations locales de femmes. L’agitation a commencé dans la région des mines de charbon de Singareni lorsque les femmes ont spontanément entrepris une campagne pour la fermeture des magasins d’arrack. La question a été reprise dans d’autres villages où le mouvement révolutionnaire était fort. Ainsi, lorsque la lutte contre l’arrack a éclaté en octobre 1994 dans le district de Nellore, elle a balayé l’État. Le gouvernement a été forcé d’interdire l’arrack, mais deux ans plus tard, le gouvernement de Chandrababu Naidu a levé l’interdiction. Cela a de nouveau provoqué une agitation générale. Un organe de 42 organisations au niveau de l’État a été créé pour s’opposer à la levée de l’interdiction et à la réduction des subventions pour le bien-être social. Depuis lors, des unités de VMS ont essayé de fermer les magasins d’arrack dans leurs villages. Des luttes militantes ont également eu lieu.  Les femmes d’Anantapur qui ont fait de l’agitation devant le bureau du collecteur le 1er et le 15 avril 1997 ont fait un roko rasta parce qu’il a refusé de sortir et de prendre leur mémorandum [note écrite pour exposer leur point de vue]. Elles ont été lathichargées [attaquées avec des bâtons] et arrêtées, mais cela n’a pas dissuadé les femmes. Elles ont fait des piquets de grève, cassé des pots, détruit des centaines de litres d’arrack et d’autres alcools.

De même, les femmes tribales de la région orientale ont pris l’initiative, dans leur région, de demander l’application d’une interdiction de la brasserie et de la vente d’alcool. À partir de 1990, elles ont fait de la propagande sur l’impact destructeur de l’alcool et ont fait promettre aux hommes qu’ils renonceraient à boire. Des milliers d’entre eux ont participé à la lutte. Ils ont détruit des litres d’arrack, la liqueur extraite des palmiers. Ils détruisaient l’arrack brassé à partir de jaggery [sucre non raffiné]. En fait, au début de l’année 1990, alors qu’ils faisaient campagne contre l’alcool, ils avaient réussi à arrêter l’approvisionnement en jaggery des brasseurs pendant près de six mois. C’est pourquoi, à partir de 1995, ce problème est devenu un problème de masse. Les femmes ont cassé les distilleries villageoises des brasseurs. Dans plus de 50 villages, des centaines de femmes ont poursuivi cette lutte pendant près de trois ans. En 1991, lorsque le ministre en chef Chandrababu Naidu a levé l’interdiction de l’alcool, plus de 4000 femmes ont créé une morcha. Elles ont également organisé un grand rassemblement la même année pour couper les downjee lugu (palmiers dont on extrait la liqueur).

L’impact de la politique révolutionnaire sur les femmes gondoles

L’impact du mouvement révolutionnaire sur la société tribale tant à Dandakaranya que dans les Ghâts orientaux [chaine de montagnes] (districts de Vishakapatnam, Srikakulam, Vijayanagaram) a été encore plus profond. La majorité des tribus des districts de Gadhchiroli, les Gondia du Maharashtra, dans la division Bastar du Chattisgarh, les Balaghat dans le MP et les Malakangiri de l’Orissa appartiennent à une sous-tribu des Gonds – Madia, Muria, pardhan, Dorla ou RojGond – bien que d’autres tribus comme les Raut, Halbi habitent également ces forêts.

Il y a des particularités dans les coutumes mais leur société est patriarcale. Les femmes jouent un rôle important dans la production, elles travaillent dur et longtemps dans les champs et à la maison, mais traditionnellement elles n’ont aucun droit sur la terre. Elles n’ont pas non plus de droits sociaux. Leur participation aux véritables rituels est interdite par la coutume, leur rôle dans les décisions et les arbitrages communautaires est également marginal. Dans de nombreuses situations, via des coutumes et des croyances, petites et grandes, leur subordination est renforcée. Ainsi, par exemple, bien que les femmes puissent labourer la terre et même couper la récolte, elles ne doivent pas battre le grain, ou alors, elles ne doivent pas marcher sur l’aire de battage lorsque cela se passe. Les filles ne sont pas autorisées à entrer dans le grenier à grains principal de la famille. Pendant les règles, elles doivent rester à l’extérieur du village et ne pas être vues, surtout par un prêtre.

La famille a le droit de décider du mariage d’une fille et d’un garçon. Si une fille n’est pas d’accord avec leur décision, elle est obligée de se rendre chez ses beaux-parents par la loi. En cas de résistance, il était courant de la battre de façon inhumaine, de l’attacher à un poteau et de l’emporter, comme une carcasse d’animal transportée après une chasse. Dans certaines régions, les garçons kidnappaient une fille qui leur plaisait et la forçaient à l’épouser. La polygamie est courante, le travail d’une femme étant valorisé. Bien que leur société n’interdise pas les relations sexuelles avant le mariage et que, dans certaines régions, elles soient acceptables dans le cadre de certains arrangements institutionnels comme le ghotul [dortoir collectif pour les adolescents filles et garçons], la promiscuité n’est ni une pratique ni acceptable. Une fille enceinte avant le mariage est méprisée. Dans certaines régions, comme à Gadhchiroli, la coutume de renoncer à porter le chemisier une fois qu’une fille est mariée est strictement appliquée chez les Madias. Mais il n’est pas rare que dans d’autres régions, les femmes renoncent à porter le chemisier une fois qu’elles ont un ou deux enfants. L’oppression que ces femmes subissent de la part d'”étrangers” – entrepreneurs, commerçants, colons, policiers et autres employés du gouvernement – qui viennent dans la forêt, dans les villages tribaux et profitent de la simplicité et de l’innocence de ces filles pour les exploiter sexuellement et les abandonner ensuite, est mieux connue. Pour eux, les coutumes tribales sont synonymes de promiscuité, ce qui leur donne le droit de les traiter comme des prostituées. Lorsque les escouades de la guerre populaire sont entrées dans la forêt de Dandakaranya à partir de 1980, elles ont affronté ces coutumes et pratiques patriarcales. En gagnant la confiance du peuple et en se battant pour les droits sur la forêt et pour l’augmentation des tarifs pour la cueillette des feuilles de tendu, ils ont gagné la confiance des femmes aussi. Les femmes sont en première ligne pour la cueillette des feuilles de tendu [arbre tropical dont les feuilles sont utilisées pour les beedis], donc elles ont participé à la lutte en grand nombre. Les femmes ont participé activement aux grèves lorsque les entrepreneurs et le gouvernement étaient intransigeants sur leurs demandes.

Les femmes participent à de nombreux types de travaux dans la forêt. Elles vont couper des bambous pour les usines de papier, elles travaillent dans les pépinières du département forestier, dans la construction de routes et dans d’autres travaux de ce type. Dans tous ces domaines de travail, des luttes ont éclaté pour améliorer les taux de salaire et les conditions de travail et les femmes ont été très actives dans ces luttes. Des jeunes filles se sont présentées pour faire campagne dans les villages, pour mettre en place des affiches propageant les problèmes et les revendications. Des femmes avec des bébés dans les bras ont marché pendant des jours pour assister à des réunions et des conférences. Dans de nombreux cas, des étrangers qui exploitaient les filles des tribus ou les maltraitaient étaient amenés par les escouades avant que les gens ne soient obligés de s’excuser et de quitter la région ou de modifier leur comportement. En conséquence, l’incidence de l’exploitation sexuelle dans les zones de combat est devenue une grande épreuve. Et lorsque la répression policière a commencé à écraser les forces révolutionnaires et leurs luttes, les femmes ont appris à faire face à la police et à aider à maintenir le mouvement et l’organisation en vie. De toutes ces expériences est né le Krantikari Adivasi Mahila Sangathana (KAMS) [Traduction littérale : Organisation des Femmes Adivasi Révolutionnaires]. Si les premières unités ont été formées dans le district de Gadhchiroli, elles se sont progressivement étendues à toutes les parties du district et aux districts voisins. Depuis 1995, le KAMS s’est étendu à pas de géant dans le district de Bastar – Dantewada, dans certaines parties du district de Bastar et du district de Kanker, à Gondia, Rajnandgaon et Balaghat. Il s’est ensuite étendu au district de Malkangiri et, là aussi, l’organisation a connu une croissance rapide.

La première conférence de district du KAMS s’est tenue à Gadhchiroli en 1991, mais le gouvernement du Maharashtra a lancé sa campagne de répression quelques mois plus tard et toutes les membres des comités de district du KAMS ont été contraints de quitter leur domicile et de travailler dans les forêts, ou de devenir des organisatrices à plein temps travaillant dans la clandestinité. Le KAMS s’est donné pour tâche de faire de la propagande contre les coutumes tribales qui sont oppressives pour les femmes. Elles ont touché une corde sensible chez les jeunes femmes et ont obtenu leur soutien actif. Les unités du KAMS ont commencé à s’installer dans les villages les uns après les autres. Mais à cause de la répression, les unités ont eu du mal à fonctionner ouvertement. Pour la police, le simple fait d’être membre du KAMS est un crime. Dans l’acte d’accusation d’une femme d’âge moyen arrêtée dans le district de Gondia, il est écrit qu’elle est la présidente de l’unité villageoise du KAMS ! Ainsi, à partir de 1993, le KAMS s’est développé au milieu d’une répression sévère. Des unités du KAMS ont été installées dans les collines d’Abujmadh, dans les régions autour de Keskal, dans les collines de Byramgadh et dans les plaines des parcs nationaux d’Avapalli, d’Indravati et de Pamed, jusqu’aux rives de la rivière Shabari. Aujourd’hui, il y a plus de 500 villages avec des unités du KAMS, le nombre de membres variant de 5 à 20 dans chaque village. Dans les zones où il y a plus d’unités, des comités de zone ont été formés, qui supervisent 25 à 40 villages. Depuis 1997, des conférences du KAMS ont été organisées dans plusieurs régions et les comités de zone ont été élus.

Portrait d’une militante du KAMS martyr

 Pauribai Salami, à l’âge de 25 ans, était déjà mère de 3 enfants lorsque la politique révolutionnaire est entrée dans son village en 1992-93. Née à Deori tehsil, village de Bonde, elle s’est mariée très jeune au village de Sukdi. Elle s’est engagée dans les activités de l’organisation paysanne de son village et est devenue plus tard présidente du KAMS de son village. Elle a participé activement à la lutte pour le prix des feuilles de tendu et n’a pas hésité à négocier avec les entrepreneurs. Elle s’est chargée d’aider les travailleurs des burads (bambous) à s’organiser et à faire valoir leurs revendications contre les agents forestiers et les entrepreneurs. Elle a résolu les problèmes auxquels les femmes de son village étaient confrontées. Elle a dirigé une morcha à Deori contre les atrocités commises par la police. Il n’a pas fallu longtemps pour que Pauribai soit remarquée par la police. Une fois, lorsque la police est venue arrêter Pauribai, elle est venue à bord de 12 véhicules, mais toutes les femmes de son village se sont rassemblées et ont affronté la police et l’ont fait battre en retraite.  Mais en 1993, dans une atmosphère de peur et de terreur, la police réussit à arrêter Pauribai. Elle a été torturée et violée pendant sa garde à vue. Mais elle est restée inflexible. Elle a été inculpée au titre de la TADA et envoyée à la prison de Nagpur, à plus de 100 km de son domicile. Elle a été forcée de rester en prison pendant trois ans, dans des conditions totalement folles et hostiles à son égard. Sa santé en a été affectée. Lorsqu’elle a finalement réussi à obtenir une libération sous caution, celle-ci était conditionnelle. Chaque semaine, elle devait se présenter au poste de police de Deori. Elle devait se rendre chaque mois à Nagpur pour se présenter au tribunal, un coût difficile à supporter pour sa pauvre famille de paysans. Malgré le reflux du mouvement dû à la terreur policière, elle est restée ferme. La police continuait à la harceler. Elle a été arrêtée chaque année le 28 juillet, jour de la fête des Martyrs. Malgré le harcèlement continu, elle rejeta les incitations offertes par la police lors des réunions de village qu’elle organisait pour gagner la confiance de la population. Malgré toutes ces difficultés, Pauribai a su garder l’esprit des femmes autour d’elle. Mais en août 1998, après une longue maladie pour laquelle elle ne pouvait pas se payer de traitement, Pauribai est morte. Elle avait à peine dépassé l’âge de 30 ans.

Enjeux et luttes :

Le KAMS s’est activement engagé dans la lutte contre les coutumes les plus oppressives qui sont ressenties par les femmes et a aidé les femmes et les filles qui ont résisté. Par exemple, grâce à la campagne active contre les mariages forcés, on trouve rarement un cas où la force physique est utilisée pour forcer une fille à se marier contre sa volonté. Si une fille porte un tel cas devant l’unité villageoise du KAMS ou l’organisation paysanne, les membres du KAMS et/ou l’équipe parlent à la famille pour la convaincre de renoncer à imposer sa volonté à la fille. En fait, il existe de nombreux cas où des filles ont quitté leur famille et sont devenues des guérilleros de la PGA pour éviter un mariage qui ne les intéressait pas. Les femmes perçoivent le parti révolutionnaire comme leur propre parti parce qu’elles le voient comme une force qui les aide à prendre conscience de leur oppression et à la combattre. Elles viennent dans les escouades avec leurs problèmes et attendent de l’aide.  Les filles de la région de Kondagaon ont approché le parti pour mettre fin au système du Ghotul parce qu’elles se sentaient opprimées d’être obligées d’aller danser dans le Ghotul tous les soirs même si cela ne les intéressait pas. Le KAMS de la région a repris cette campagne pour mettre fin à la danse obligatoire. Des réunions et des rassemblements ont été organisés sur cette question. Dans de nombreux villages, les Ghotuls ont été fermés ou au moins ne sont plus une activité obligatoire pour les femmes non mariées. Mais profitant de la répression accrue de la police et le fait qu’il n’est pas facile de fonctionner à la fois pour le parti et l’organisation de masse, les anciens du clan et de la communauté ont à nouveau forcé la reprise de l’activité des Ghotuls.

Dans le cas de Gadhchiroli, les anciens du clan ont fortement résisté à la campagne en faveur du port du chemisier après le mariage et il a fallu quelques années pour vaincre cette résistance, de sorte que cette pratique n’est plus aussi répandue qu’auparavant. Au départ, elle ne pouvait être appliquée que dans les familles des membres de l’organisation paysanne. Depuis 4 à 5 ans, le KAMS organise régulièrement des programmes du 8 mars autour de thèmes spécifiques. Alors que parfois, de grands programmes réunissant des femmes de nombreux villages ont été organisés, dans certaines régions, des réunions plus petites de femmes de 5 à 10 villages ont été organisées dans tous les domaines. Les membres de l’équipe de femmes ont présenté des sketches lors de ces réunions, en chantant des chansons.

Une réunion du 8 mars organisée dans la région du parc national d’Indravati en 1999 a été interrompue par la police spéciale de l’ANNED lorsqu’un rapport de la réunion leur a été transmis d’une manière ou d’une autre. Près de 1000 personnes, dont la moitié étaient des femmes, s’étaient rassemblées pour la réunion dans la forêt. Un pamphlet avait été publié pour l’occasion. Les gens ont dû rentrer très déçus, car ils n’ont pas pu assister à la réunion. Le KAMS s’est également organisé sur des questions d’importance pour toute l’Inde, comme les 400 à 500 fortes morchas réalisées par des femmes à Narayanpur pour protester contre le concours de Miss Monde à Bangalore en 1997.  Le KAMS a participé activement aux morchas anti-famine, aux campagnes de boycott électoral, et aux activités de développement dans les villages entreprises par le village lui-même.

Des représentantes du KAMS siègent également au sein du comité populaire révolutionnaire, quel que soit l’endroit où elles sont formées. Le KAMS a conduit des tribunaux populaires dans des affaires telles que le passage à tabac de la femme ou le remariage des hommes tout en abandonnant la première femme. Dans un cas de tribunal populaire, le KAMS local a fait valoir le cas d’une fille mise enceinte par un garçon. L’unité du KAMS a découvert l’identité du garçon. Il a été contraint de se séparer d’une partie de sa terre et du bétail pour la fille et son futur enfant. Grâce à l’organisation et aux campagnes des femmes, la conscience politique et sociale des femmes s’est développée. Les femmes soutiennent activement la lutte armée et la guérilla populaire. Chaque année, elles se rassemblent en grand nombre devant la colonne des martyrs dans leur village pour rendre hommage aux révolutionnaires qui sont mort.e.s en combattant pour faire de la nouvelle révolution démocratique un succès. Elles prennent d’énormes risques pour aider la guérilla lors de l’encerclement policier. Lorsque la police a arrêté des hommes du village de Bellum Nendra, les femmes ont suivi la police et les hommes jusqu’au poste de police situé à plus de 5 km et n’ont pas bougé parce qu’ils refusaient de libérer les hommes. La police a également arrêté ces femmes et les a envoyées en prison, à plus de 150 km de là. Elles participent en grand nombre à des rassemblements et des réunions politiques. Les jeunes filles, qui défient souvent leurs parents, rejoignent en grand nombre l’armée de guérilla populaire et leur nombre a remarquablement augmenté au cours des cinq dernières années. Aujourd’hui, près de 40% des combattants de l’armée de guérilla populaire à Dandakaranya sont des femmes. Les femmes, qui ont été des femmes au foyer, ont elles aussi laissé leurs enfants avec de la famille et ont rejoint leurs maris guérilleros pour servir les pauvres.

Adivasi Viplava Mahila Sangham

Dans les montagnes des districts de East Godavari et Vishakapatnam de l’Andhra Pradesh, une majorité écrasante de la population est tribale. Ils appartiennent aux Kondlu, Gadaballu, Kondareddy, Bhagata et autres tribus apparentées. La vie dure dans les collines rend le travail des femmes encore plus ardu et fastidieux. Même pour aller chercher de l’eau, il faut grimper et descendre avec des marmites sur de longues distances. Les traditions patriarcales la rendent socialement dépendante et politiquement impuissante. En outre, l’exploitation des gens des plaines qui sont venus dans les collines et ont commencé les plantations est un autre problème.

Plus près des plaines, comme dans le district de Malakangiri, les femmes sont confrontées à de nouvelles formes d’exploitation. Les colons épousent des femmes tribales pour avoir accès aux terres tribales. La femme perd sa place dans la communauté tribale pour être utilisée et abandonnée par le mari avare. Les femmes sont au premier rang de la lutte pour les feuilles de tendu qui a commencé dans cette région à partir de 1983. Elles ont négocié avec les entrepreneurs avant tout le village. Lorsqu’un entrepreneur a refusé de négocier avec Sanyasamma, elle lui a dit : “Donne-moi les clés de ta jeep, je la conduirai, pendant que tu porteras ce sac de feuilles de tendu et que tu me montreras à quel point c’est facile”. Les femmes ont participé aux luttes pour occuper les terres excédentaires des propriétaires. Grâce à des luttes prolongées, elles sont devenues des leaders de masse. A partir de 1985, des organisations de femmes ont commencé à se former dans les villages, mais elles ont pris un caractère de district en 1989, lorsque le Krantikari Adivasi Viplava Mahila sangham a été créé. En 1995, le nom a été changé en Adivasi Viplava Mahila Sangham.

Au début des années 1990, le principal combat mené par le AVMS a porté sur la question de l’alcool. (Voir encadré page 9) En dehors de cela, l’organisation a mené des campagnes, organisé des réunions, des rassemblements, des tribunaux populaires sur de nombreuses questions. Par exemple, en 1996, une affaire de décès liés à la dot dans le Ramavaram a mobilisé des centaines de femmes qui ont manifesté pour donner une leçon au mari tueur.

Depuis 1997, le 8 mars est célébré partout, même dans les villages les plus reculés. Depuis 1988, la lutte pour un salaire égal pour un travail égal a été reprise et remportée dans le secteur de la coupe du bambou et d’autres activités connexes. Ainsi, un énorme changement est en train de se produire dans la région grâce à l’éveil des femmes et à l’organisation croissante entre elles. En mars 2000, des centaines de réunions ont été organisées dans tous les districts et les femmes sont venues attendre avec impatience ce jour “qui leur est propre”, le jour où elles pourront parler et planifier leur lutte pour leurs droits. Les femmes se rendent dans des villes éloignées de leur région, comme Vishakapatnam et Guntur, pour participer à des programmes au niveau de l’État. En 1998, il y avait 200 unités de l’AVMS avec 6700 membres. Mais l’organisation fonctionne face à une répression sévère et de nombreuses unités sont détruites lors des raids et des campagnes d’arrestation lancés à intervalles réguliers par la police armée. En mars 2000, une campagne contre la polygamie a été lancée dans le mandal de Koyyur. Des tribunaux populaires ont été conduits sur de nombreux cas de polygamie, sur des mariages forcés. La justice a également été rendue pour hommes qui ont exploité sexuellement des femmes et les ont ensuite abandonnées. Lors de grandes réunions où les villageois voisins sont mobilisés, les hommes ont été contraints d’épouser la femme en question et de lui donner une part de leurs biens.

Ainsi, le mouvement des femmes révolutionnaires se développe en pleine lutte. Il se développe également dans le Bihar, le Jharkhand et le Bengale occidental. Comme les femmes se mobilisent et s’organisent en nombre de plus en plus important, une partie d’entre elles s’avance également pour rejoindre la lutte armée en tant que combattantes. Elles sont prêtes à braver les difficultés de la vie de guérilla avec ses mouvements et sa vigilance constants, à assumer des tâches et des devoirs égaux à ceux des hommes, dans le but de changer cette société d’exploitation, car il n’y a pas d’autre moyen de sortir du système existant, aussi long et ardu que soit le chemin. Le mouvement crée une nouvelle femme, audacieuse et courageuse, qui est prête à sacrifier sa vie pour la cause sociale – les noms des femmes qui se sont sacrifiées sont donc bien visibles dans le ciel. Il y a eu Rathakka (Nirmala), la femme au foyer de l’Andhra Pradesh, qui est morte au poste de garde en défendant ses camarades, Emeshwari (Kamala), la jeune fille éduquée par Oraon, de Jagdalpur, qui est morte à son poste lors d’un raid sur un poste de police, la jeune Raje qui est morte d’une morsure de serpent, Swaroopa qui est morte en livrant un combat héroïque lors d’une rencontre … Cette liste peut être plus longue. Mais elles se battent pour que les femmes puissent être libérées et atteindre l’égalité, pour que les pauvres puissent obtenir justice et pour que l’Inde devienne un pays indépendant, libre de toute exploitation impérialiste.

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