Au sujet des compromis
Lénine
Rédigé du 14 au 16 (1er au 3) septembre 1917. Publié dans le n° 3 du « Rabotchi Pout » , le 19 (6) septembre 1917
On appelle compromis, en politique, l’abandon de certaines revendications, d’une partie de ces revendications, en vertu d’un accord avec un autre parti.
L’idée que la foule se fait habituellement des bolcheviks, idée entretenue par la presse qui nous calomnie, c’est que les bolcheviks n’acceptent jamais aucun compromis avec qui que ce soit.
Cette idée nous flatte en tant que parti du prolétariat révolutionnaire, car elle prouve que nos ennemis mêmes sont obligés de reconnaître notre fidélité aux principes fondamentaux du socialisme et de la révolution. Mais il faut cependant dire ce qui est vrai : cette idée ne correspond pas à la vérité. Engels avait raison lorsque, dans sa critique du manifeste des communards blanquistes1 (1873), il raillait leur déclaration : «Pas de compromis ! »2
- Les Blanquistes, partisans de l’éminent révolutionnaire français, représentant du communisme utopique, Louis Auguste Blanqui (1805-1881). Les blanquistes envisageaient «la délivrance de l’humanité de l’esclavage salarié non pas au moyeu de la lutte de classe du prolétariat, mais à la suite du complot d’une petite minorité, d’intellectuels » (Lénine, Œuvres, Paris-Moscou, t. 10, p. 411). A l’activité révolutionnaire du parti ils substituaient l’action d’une poignée de conspirateurs, sans tenir compte de la situation concrète nécessaire à la victoire de l’insurrection et dédaignant la liaison avec les masses. [↩]
- F. Engels : «Littérature des émigrés. II. Programme des émigrés blanquistes de la Commune ».[↩]