Deux mondes

Deux mondes

Lénine

   Paru dans la  « Pravda » n° 25, 6 avril 1917

   Les journaux des capitalistes, tels que la Retch et le Novoïé Vrémia1«Novoïé Vrémia» [Temps Nouveaux], quotidien des milieux réactionnaires de la noblesse et des hauts fonctionnaires, paraissant à Pétersbourg depuis 1868 ; devint en 1905 l’un des organes des Cent-Noirs. Lénine le considérait comme le pire des journaux vénaux. Après la révolution de février, le Novoïé Vrémia appuya sans réserve la politique contre-révolutionnaire du Gouvernement provisoire bourgeois et mena une campagne d’excitation contre les bolchéviks. Interdit par le Comité révolutionnaire militaire près le Soviet de Pétrograd le 26 octobre (8 novembre) 1917, ont publié des articles blâmant notre passage à travers l’Allemagne et suggérant par d’obscures allusions que les nouveaux arrivés pourraient bien être au service des impérialistes allemands4La fameuse – tristement fameuse – Rousskaïa Volia donne dans son article contre nous de la «copie» tout à fait dans l’esprit de la Retch. MM. Milioukov et Cie n’auront-ils pas honte d’un tel voisinage ? (Note de Lénine).
Les Izvestia du Soviet des députés ouvriers et soldats2Les «Izvestia du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd», quotidien qui parut à partir du 28 février (13 mars) 1917. Après la formation, au 1er Congrès des Soviets de Russie, du Comité exécutif central des Soviets des députés ouvriers et soldats, le journal devint l’organe du Comité et, à partir du 1er (14) août 1917 (n° 132), il prit le nom d’Izvestia du Comité exécutif central et du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd. Durant toute cette période, il se trouva aux mains des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires et combattit avec acharnement le Parti bolchévique. Le 27 octobre (9 novembre) 1917, après le IIe Congrès des Soviets de Russie, les Izvestia deviennent l’organe officiel du pouvoir soviétique. En mars 1918, le transfert à Moscou du Comité exécutif central de Russie et du Conseil des Commissaires du peuple entraîne celui du journal. publient in extenso le rapport paru hier dans la Pravda3La Retch se décidera-t-elle à le publier ? [ Note de l’auteur] et présenté dès le lendemain de notre arrivée au Comité exécutif du Soviet des députés ouvriers et soldats ; outre ce rapport, les Izvestia publient une décision du Comité exécutif. Cette décision, la rédaction des Izvestia du Soviet des députés ouvriers et soldats la reproduit en ces termes :

   « Le Comité exécutif, après avoir entendu le rapport des camarades Zourabov et Zinoviev, décide de s’adresser sur-le-champ au Gouvernement provisoire et de prendre des mesures afin que tous les émigrés, quelles que soient leurs opinions politiques et leur attitude envers la guerre, puissent immédiatement rentrer en Russie. Nous ferons connaître sous peu le résultat des négociations avec le gouvernement. La réd. »

   C’est là un petit tableau, – tout petit mais combien caractéristique – de deux mondes. D’une part, le monde des capitalistes, de la Retch, de la Rousskaïa Volia et du Novoïé Vrémia, des allusions malpropres et d’odieuses insinuations contre les socialistes ; de l’autre, le monde de la démocratie révolutionnaire, des députés ouvriers et soldats, qui décide calmement, fermement et avec dignité «de prendre des mesures». Quelles mesures ? Des mesures pour suppléer à ce que le Gouvernement provisoire n’a pas fait !

   Cela n’équivaut-il pas à un blâme infligé au Gouvernement provisoire ?

   Et ce blâme n’est-il pas mérité ?

   Notez bien que le Comité exécutif a adopté sa résolution tout en sachant que des divergences politiques le séparent des bolchéviks. C’eût été pour les capitalistes prétexte à insinuations. Il ne faut pas chercher la dignité humaine dans le monde des capitalistes.

flechesommaire2

Notes   [ + ]

1. «Novoïé Vrémia» [Temps Nouveaux], quotidien des milieux réactionnaires de la noblesse et des hauts fonctionnaires, paraissant à Pétersbourg depuis 1868 ; devint en 1905 l’un des organes des Cent-Noirs. Lénine le considérait comme le pire des journaux vénaux. Après la révolution de février, le Novoïé Vrémia appuya sans réserve la politique contre-révolutionnaire du Gouvernement provisoire bourgeois et mena une campagne d’excitation contre les bolchéviks. Interdit par le Comité révolutionnaire militaire près le Soviet de Pétrograd le 26 octobre (8 novembre) 1917
2. Les «Izvestia du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd», quotidien qui parut à partir du 28 février (13 mars) 1917. Après la formation, au 1er Congrès des Soviets de Russie, du Comité exécutif central des Soviets des députés ouvriers et soldats, le journal devint l’organe du Comité et, à partir du 1er (14) août 1917 (n° 132), il prit le nom d’Izvestia du Comité exécutif central et du Soviet des députés ouvriers et soldats de Pétrograd. Durant toute cette période, il se trouva aux mains des menchéviks et des socialistes-révolutionnaires et combattit avec acharnement le Parti bolchévique. Le 27 octobre (9 novembre) 1917, après le IIe Congrès des Soviets de Russie, les Izvestia deviennent l’organe officiel du pouvoir soviétique. En mars 1918, le transfert à Moscou du Comité exécutif central de Russie et du Conseil des Commissaires du peuple entraîne celui du journal.
3. La Retch se décidera-t-elle à le publier ? [ Note de l’auteur]
4. La fameuse – tristement fameuse – Rousskaïa Volia donne dans son article contre nous de la «copie» tout à fait dans l’esprit de la Retch. MM. Milioukov et Cie n’auront-ils pas honte d’un tel voisinage ? (Note de Lénine)