La lutte dans le Parti Socialiste Italien

La lutte dans le Parti Socialiste Italien

Lénine

4 novembre 1920

   Paru dans les numéros 47-48 du Bulletin communiste (première année), 9 décembre 1920, et numéro 13 (deuxième année), 31 mars 1921.1

   Le numéro 213 de la Pravda du 25 septembre 1920 a inséré une petite lettre de moi « aux ouvriers français et allemands » au sujet des débats du 2e Congrès de l’Internationale Communiste. L’Avanti, organe central du Parti Socialiste Italien du 5 octobre, a réimprimé cette lettre en l’accompagnant de commentaires sur lesquels il convient de s’arrêter, car ils montrent clairement l’incorrection de la position prise par le camarade Serrati, directeur de l’Avanti.

   « L’explication de Lénine, lisons-nous, atténue dans une certaine mesure les conditions draconiennes dictées par des camarades qui n’apprécient pas complètement et justement les gens et les obstacles à une si grande distance et dans des conditions si différentes. »

   …Lénine a fait grâce à l’une de ses victimes, Modigliani…

   …A présent, dit Lénine, — (nous ne savons pas si c’est en son propre nom ou au nom de l’Exécutif de l’Internationale Communiste), — l’on admet des exceptions à la règle générale et avec le consentement du Comité Exécutif. »

   La remarque ironique au sujet de la « victime » Modigliani, l’un des réformistes, manque complètement son but. En dépit de l’opinion de Serrati, le nom de Modigliani (et de Longuet) a été rappelé par moi sans aucune intention. Tel ou tel nom est pris par moi comme exemple pour caractériser la tendance et je laisse toujours de côté la question des personnalités, ne voulant rien décider là-dessus et la comptant comme secondaire et susceptible d’exception. En dépit de la déclaration de Serrati, il sait très bien, car il renvoie précisément à mon article de la Pravda, que je parle et que je peux parler seulement en mon nom et pas du tout au nom de l’Exécutif de l’Internationale.

   Par ses remarques, Serrati détourne le lecteur de l’Avanti de la question essentielle fondamentale, à savoir si l’on peut tolérer les réformistes dans les rangs du parti du prolétariat révolutionnaire italien. Serrati cache l’incorrection de la position prise par lui en s’efforçant d’attirer l’attention sur des questions secondaires et sans portée.

   C’est contre cela qu’il faut se battre. L’essentiel doit être mis en lumière.

   Serrati, aussi bien dans les remarques en question que dans d’autres articles, parle de l’insuffisance d’information du congrès de Moscou (2e Congrès de l’Internationale Communiste) relativement à la question italienne, comme si la question ne portait pas surtout sur deux tendances radicalement opposées, comme s’il ne s’agissait pas de décider la question essentielle de l’union avec les réformistes, mais seulement de divergences sur lesquelles « Moscou » n’est pas suffisamment éclairée !

   La fausseté révoltante de ce point de vue et cet essai de détourner l’attention des questions essentielles se trouvent surtout manifestés dans le compte rendu officiel des débats internes du Comité Central du Parti Socialiste Italien. Ces débats ont eu lieu quelques jours avant la publication du numéro en question de l’Avanti, à savoir le 28, le 29, le 30 septembre et le 1er octobre à Milan.

   Ils ont été terminés par le vote sur deux résolutions de l’une desquelles on peut dire qu’elle est communiste et de l’autre qu’elle est centriste, et qu’elle défend sous une forme indirecte l’alliance (« l’unité » ! ») avec les réformistes. La première l’emporta réunissant sept voix (Terracini, Gennari, Regent, Tuntar, Casucci, Marziali, et Bellone), la deuxième fut rejetée (5 voix : Baratono, Zannerini, Bacci, Giacomini et Serrati).

   La première se distingue par une remarquable clarté et précision. Elle commence par indiquer que « les conditions actuelles » de la lutte révolutionnaire en Italie exigent « la plus grande homogénéité » du parti. Plus loin, il est dit qu’il est permis à tous de rester dans le parti à la condition de se soummettre à sa discipline, et que cette condition n’a pas été remplie ; qu’il est absurde d’attendre la soumission à la discipline de la part de ceux dont les convictions sont opposées aux principes et à la tactique de la 3e Internationale : que pour cette raison, ayant accepté les 21 conditions de Moscou, il faut accepter une « épuration radicale » du Parti en éloignant les éléments réformistes et opportunistes.

   Ici, il ne s’agit point de noms ni de détails, c’est la véritable et claire ligne politique. Les motifs de la décision sont ici indiqués avec précision : les faits concrets de l’histoire du parti italien, les particularités concrètes de la situation révolutionnaire.

   La deuxième résolution est un modèle de diplomatie mesquine et sans franchise : Nous acceptons les 21 points, mais nous considérons que « ces conditions permettent des interprétations différentes », qu’il est « indispensable d’adapter le critère politique de chaque section de la 3e Internationale Communiste aux conditions historiques et aux faits concrets particuliers aux pays en question, en les soumettant à la ratification de l’Internationale ». La résolution souligne « la nécessité de conserver l’unité du Parti Socialiste Italien sur la base des 21 points » ; les cas particuliers de violation de la discipline doivent être sévèrement réprimés par le Comité Central du Parti.

   La résolution communiste dit : la situation révolutionnaire exige la plus grande homogénéité du parti. Ceci est incontestable. La résolution des défenseurs de l’ « unité » avec les réformistes s’efforce d’ignorer cette vérité incontestable sains se décider à la discuter.

   La résolution communiste dit : la particularité de l’Italie consiste en ce que la condition de la soumission des réformistes aux décisions du Parti n’a pas été respectée. Là est le nœud de la question. S’il en est ainsi, le fait de permettre aux réformistes de rester dans le parti durant l’exacerbation de la situation révolutionnaire générale, peut-être même à la veille de batailles révolutionnaire décisives, ce fait n’est pas seulement une faute, mais un crime.

   Ce fait est-il vrai ou non ? Les réformistes ont-ils appliqué les décisions du parti, se sont-ils soumis, ont-ils mené la politique indiquée, oui ou non ? La résolution des défenseurs des réformistes ne peut pas répondre affirmativement, elle ne peut pas nier l’affirmation des communistes et elle se refuse de répondre elle-même, elle louvoie, se réfère d’une façon générale aux particularités concrètes des différents pays, surtout afin d’ignorer les « particularités concrètes » les plus importantes de l’Italie précisément, en ce moment précisément, et afin de présenter ces particularités sous un faux jour. Car précisément ces particularités concrètes de l’Italie consistent justement en ce que les réformistes se sont montrés en fait incapables d’appliquer réellement les décisions du parti et de suivre en fait sa politique. Ayant manifesté si peu de clarté sur cette question radicale, la résolution des défenseurs de l’union avec les réformistes se détruit d’elle-même en entier.

   Serrati, Baratono, Zannerini, Bacci et Giacomini ont déjà démontré par là complètement et évidemment qu’ils sont fondamentalement dans leur tort et que leur politique est fondamentalement fausse.

   Les débats du Comité Central du parti italien ont prouvé encore plus clairement la fausseté complète de la politique de Serrati. Les communistes déclarent que les réformistes restant ce qu’ils sont, ne peuvent pas ne point saboter la révolution de même qu’ils avaient saboté à une époque toute récente le mouvement révolutionnaire des ouvriers italiens s’emparant des usines.

   En vérité, c’est là qu’est le nœud de la question ! Comment peut-on donc se préparer à la révolution ? Comment peut-on aller au combat décisif quand on a dans son parti des gens sabotant la révolution ? Ceci n’est point seulement une faute, c’est un crime.

   Et si Serrati, ainsi qu’il le dit franchement dans sa lettre à l’Humanité du 14 octobre, compte seulement sur l’exclusion du seul Turati2, alors dans ce cas aussi Serrati a déjà été démenti par les faits. Car les réformistes italiens, non seulement ont réuni une conférence spéciale de leur fraction (à Reggio d’Emilia le 11 octobre 1920) ils ont non seulement répété au cours de cette conférence toutes leurs opinions essentiellement réformistes, ils ont non seulement fait une ovation triomphale à Filippo Turati, mais ils ont encore déclare par la bouche de Treves : « Ou nous resterons tous dans le parti, ou nous en sortirons tous ». Remarquons à ce propos que la presse bourgeoise et que les réformistes eux-mêmes ont tâché de grandir l’importance de la conférence de cette fraction, mais que l’Avanti du 13 octobre, édition de Milan, écrit franchement que les réformistes ont réuni des représentants de 200 sections du parti, lequel en compte des milliers !

   Mais arrêtons-nous avec plus de détails sur le principal argument de Serrati sur la question fondamentale. Serrati craint la scission qui diviserait selon lui le Parti et en particulier le départ des syndicats, des coopératives et des municipalités. Ne point détruire ces institutions indispensables pour l’édification du socialisme, voilà la pensée fondamentale de Serrati. « Où prendrons-nous, dit Serrati (Avanti du 2 octobre 1920, édition de Turin), autant de « communistes », fût-ce même des communistes enflammés de la veille seulement, pour occuper toutes ces fonctions publiques dont nous aurons chassé les gens suivant la proposition de Terracini ? » Et nous retrouvons la même pensée dans le périodique publié par le camarade Serrati, Le Communisme, numéro 24, p. 1627, dans l’article de Serrati sur le IIe Congrès de la IIIe Internationale : « Figurez-vous la commune de Milan (c’est-à-dire l’administration de la ville de Milan) dirigée par des gens incompétents, par des novices, par des communistes ardents de la veille ! »

   Serrati craint la destruction des syndicats, des coopératives et des municipalités, le manque de savoir et les erreurs des novices.

   Les communistes craignent le sabotage de la révolution par les réformistes.

   Cette comparaison montre l’erreur de principe de Serrati. Il répète tout le temps la même idée : la nécessité d’une tactique souple. Cette idée est incontestable. Mais toute la question est que Serrati pousse vers la droite alors qu’il faut pousser vers la gauche dans les conditions actuelles de l’Italie. Afin de réussir complètement la révolution et de la défendre, le Parti italien doit faire encore un certain nombre de pas vers la gauche (sans se lier les bras et sans oublier que les circonstances peuvent très bien exiger quelques pas à droite).

   En comptant dans ses rangs des réformistes,des mencheviks, on ne peut pas vaincre dans la révolution prolétarienne et on ne peut pas la défendre. En principe, ceci est de toute évidence. Ceci a été confirmé de la manière la plus sûre par l’expérience de la Russie et de la Hongrie. C’est là une constatation décisive. Comparer ce danger avec le danger de « pertes » ou d’insuccès, d’erreurs, d’effondrement, des syndicats, des coopératives, des municipalités, etc., ce n’est pas seulement ridicule, mais encore criminel. Risquer le sort de la révolution en considération de ce fait que l’administration de la ville de Milan pourrait péricliter, etc., c’est ne point comprendre du tout la tâche fondamentale de la révolution c’est n’être point capable du tout de préparer la victoire.

   En Russie, nous avons commis des milliers de fautes, nous avons essuyé des milliers d’échecs, etc… en conséquence de l’incapacité de novices et de gens incompétents qui se trouvaient dans les coopératives, dans les communes, dans les syndicats, etc. Nous ne doutons point que les autres peuples plus civilisés commettront moins de fautes pareilles. Mais en dépit de toutes ces fautes, nous avons atteint l’essentiel : la conquête du pouvoir par le prolétariat. Et ce pouvoir s’est maintenu pendant trois ans.

   Les fautes indiquées par le camarade Serrati sont fondamentalement des détails, et beaucoup plus facilement corrigibles et des millions de fois moins nuisibles que le sabotage de la révolution par les mencheviks, et la perte même de la révolution. Ceci est de toute évidence. Ceci a été prouvé avec éclat par la Hongrie. L’expérience l’a aussi confirmé chez nous car pendant ces trois années de régime prolétarien, bien des fois, on s’est trouvé dans une situation pénible, lorsque le régime soviétique aurait pu être à coup sûr renversé si les mencheviks, les réformistes, les petits-bourgeois démocrates étaient restés dans notre parti ou même en nombre plus ou moins considérable dans les institutions centrales soviétiques telles que le Comité Central Exécutif.

   Serrati n’a pas compris la particularité de ce moment de transition, que traverse actuellement l’Italie, où de l’avis général, le combat décisif du prolétariat contre la bourgeoisie est proche pour la conquête du pouvoir politique. En un tel moment, il n’est point feulement indispensable d’écarter du parti les mencheviks, les réformistes, les turatistes, mais il serait même utile d’écarter d’excellents communistes susceptibles d’hésiter et enclins à défendre l’ « unité » avec les réformistes, de les éloigner de tous les postes à responsabilité.

   Je vais vous donner un exemple saisissant : peu de temps avant la révolution d’Octobre et peu de temps après, une série d’excellents communistes ont commis une faute dont on ne se souvient pas volontiers en ce moment. Pourquoi ? Parce que s’il n’y a pas de nécessité particulière, il n’est pas correct de rappeler de telles fautes, qui ont été entièrement corrigées. Mais pour les ouvriers italiens il peut être utile de les rappeler. Des bolcheviks et des communistes aussi en vue que Zinoviev, Kamenev, Rykov, Noguine, Milioutine, manifestèrent quelque hésitation à l’époque indiquée ci-dessus, en faisant valoir le danger couru par les bolcheviks de s’isoler, d’entreprendre la révolution avec trop de risques et de se montrer trop intransigeants à l’égard des partis menchévjk et « socialiste-révolutionnaire ». Le conflit arriva au point que les camarades en question quittèrent tous les postes responsables du Parti et des organisations soviétiques, à la plus grande joie des ennemis de la révolution soviétique. On en vint aux plus cruelles polémiques dans la presse de la part du Comité Central de notre Parti contre les démissionnaires. Mais quelques semaines plus tard, quelques mois au plus, tous ces camarades se rendirent compte de leur erreur et revinrent dans les postes les plus responsables du Parti et des institutions soviétiques.

   Il n’est point difficile de comprendre pourquoi ceci est arrivé. La veille de la révolution et au moment le plus cruel de la lutte pour la victoire, la plus petite hésitation au sein du parti pouvait perdre, détruire la révolution, faire échapper le pouvoir des mains du prolétariat, car ce pouvoir n’était pas encore ferme et les coups dirigés contre ses détenteurs étaient très puissants. Si les dirigeants hésitants avaient quitté le parti à un tel moment, cela n’aurait pas affaibli, mais renforcé le parti, et le mouvement ouvrier et la révolution en même temps que lui.

   Et voici que précisément, en Italie, on se trouve à un moment où tout le monde voit et reconnaît que la crise révolutionnaire a pris une extension nationale, générale. Le prolétariat a montré en fait sa capacité de se soulever, de soulever les masses en un mouvement révolutionnaire puissant. Les plus pauvres paysans et le demi-prolétariat (en vain le camarade Serrati s’est-il approprié l’habitude stupide de poser un point d’interrogation après ce mot, car c’est là un terme correctement marxiste, il exprime une pensée juste, confirmant le fait existant en Russie et en Italie, à savoir que les paysans les plus pauvres apparaissent comme des mi-propriétaires, mi-prolétaires), les paysans les plus pauvres en Italie ont montré en fait qu’ils sont capables de se soulever et de s’élever à la hauteur du combat révolutionnaire à la suite du prolétariat. Maintenant, la nécessité la plus absolue pour la victoire de la révolution en Italie consiste en ce que le Parti devienne réellement l’avant-garde du prolétariat révolutionnaire en Italie, un parti complètement communiste, incapable d’hésitation et de faiblesse au moment décisif, un parti qui réunirait en soi le plus grand fanatisme, le plus absolu dévouement à la révolution, l’énergie, l’audace et la décision. Il faut vaincre dans un combat extrêmement difficile, exigeant un grand nombre de victimes, il faut défendre le pouvoir conquis dans des conditions invraisemblablement dures et semées d’attentats, d’intrigues, de racontars, de calomnies, de violences de la part de la bourgeoisie du monde entier, dans les conditions les plus dangereuses, sous la séduction de toute la petite-bourgeoisie démocratique, de tous les turatistes, de tous les « centristes », de tous les social-démocrates, socialistes, anarchistes. Dans de telles conditions, le parti doit être cent fois plus solide, plus décidé, plus audacieux, plus dévoué et plus impitoyable que dans des circonstances ordinaires et dans des moments moins difficiles. En de tels moments et dans de telles conditions, le Parti sera renforcé cent fois et non pas affaibli si de ses rangs s’en vont les mencheviks de l’espèce de ceux qui se sont réunis à Reggio d’Emilia le 11 octobre 1920, et si de sa direction s’en vont même d’excellents communistes, qui actuellement sont membres du Comité Central du Parti, tels que Baratono, Zannerini, Bacci, Giacomini et Serrati. La plupart des gens de cette dernière catégorie, s’ils démissionnent en un moment comme celui-ci, reviendront sans doute très rapidement à leurs postes, ayant reconnu leurs erreurs après la victoire du prolétariat, après l’affermissement de ses conquêtes. Et même parmi les mencheviks italiens, les turatistes, probablement une partie reviendra et sera acceptée dans les rangs du Parti après la période des plus grandes difficultés, de même que sont revenus maintenant (après 3 ans de vie difficile), une partie des mencheviks et des S. R. se trouvant en 1917-1918 de l’autre côté de la barricade, en Russie.

   Une période de lutte non pas seulement extrêmement difficile, ainsi que je l’ai dit, mais des plus difficiles, s’ouvre à présent pour le prolétariat révolutionnaire italien. Le plus dur est encore a faire pour lui. Il me semblerait superficiel et criminel de fermer les yeux devant ces difficultés et je suis étonné que le camarade Serrati puisse insérer sans objection dans son périodique Le Communisme (N° 24, 15-30 septembre 1920) un article aussi superficiel que celui signé G. C. intitulé : « Serons-nous l’objet d’un blocus ? ». Personnellement je pense, contrairement à l’avis de l’auteur de cet article, que le blocus de l’Italie, si le prolétariat y emporte la victoire, est non seulement possible mais même vraisemblable de la part de l’Angleterre, de la France et de l’Amérique. A mon avis, le camarade Graziadei a posé bien plus justement la question du blocus dans son discours à la séance du comité central du Parti italien (voir Avanti, 1er octobre 1920, édition milanaise). Il a reconnu que la question du blocus possible est très grave («problema gravissimo»). Il indiqua que « la Russie a pu subsister malgré le blocus en partie à cause de la rareté de la population et de l’étendue du territoire, — que la révolution en Italie ne pourrait pas résister longtemps si elle ne se coordonnait point avec la révolution de quelque autre pays de l’Europe Centrale », qu’« une telle coordination sera difficile, mais non point impossible » car toute l’Europe continentale est en train de vivre une période de révolution.

   Ceci a été dit très prudemment, mais très justement. J’ajouterai seulement qu’une certaine coordination, quoique encore insuffisante, quoique incomplète, serait assurée à l’Italie et que pour obtenir une coordination complète il faudra combattre. Les réformistes rappellent la possibilité du blocus afin de saboter la révolution, afin d’écarter de la révolution par l’effroi de ses conséquences, afin de communiquer aux masses leur état d’esprit de panique, leur terreur, leur indécision, leur hésitation, leurs tergiversations. Les révolutionnaires communistes ne doivent point nier le danger et les difficultés de la lutte pour inspirer à la masse plus de fermeté et de courage, et afin de nettoyer le Parti des faibles, des hésitants et des froussards, afin d’insuffler à tout le mouvement plus d’enthousiasme, plus d’internationalisme et plus de promptitude au sacrifice pour un grand but : hâtez la révolution en Angleterre, en France, en Amérique au cas où ces pays se décideraient à bloquer le prolétariat de la république soviétique italienne.

   La question du remplacement des réformistes ou des « centristes » expérimentés par des novices n’est point une question particulière concernant un seul des pays quelconques. C’est une question générale, relative à toute la révolution prolétarienne et c’est comme telle qu’elle a été posée et décidée complètement et précisément par les résolutions du 2e Congrès de l’Internationale Communiste : « 

  1. Première partie suivie de la « note de la rédaction » suivante : « L’article du camarade Lénine avait été écrit avant la réception des renseignements sur la conduite infâme de Daragona et des membres syndicalistes du Parti, menant leur politique contre le Comité Central de leur propre Parti et faisant échouer l’énorme mouvement de la classe ouvrière. Ces faits, sur lesquels nous reviendrons dans nos prochains numéros, confirment la justesse des vues du camarade Lénine. »
    Ainsi qu’indiqué en note dans le tome 41 de la cinquième édition en russe des Œuvres de Lénine, celui-ci a noté sur le manuscrit de la partie « Boniments sur la liberté (en guise de postface) » l’indication suivante « Si on le met, le placer en postface de l’article sur la lutte interne au parti socialiste italien ».
    Une traduction différente figure dans le tome 31 des Œuvres (quatrième édition en langue française). Corrections d’après celle-ci, le texte russe, et le texte français de la lettre de Serrati parue dans l’Humanité.[↩]
  2. Voici la partie essentielle de cette lettre : « Nous sommes tous pour tous les points de Moscou. Il s’agit de leur application. Je soutiens qu’on doit épurer le Parti des éléments nuisibles – et j’ai proposé l’expulsion de Turati – mais qu’il nous faut ne pas perdre les masses des syndicats et des coopératives. Les autres veulent une scission radicale. Voilà le différend. » — (L’Humanité, 14 octobre. Italiques de Serrati).[↩]