Pages du journal d’un publiciste

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Lénine

   Paru dans le «Rabotchi» n° 10, 14 (1er) septembre 1917

1. La racine du mal

   Prenons, par exemple, l’écrivain N. Soukhanov de la Novaïa Jizn : tout le monde conviendra à coup sûr que ce n’est pas le pire, mais l’un des meilleurs représentants de la démocratie petite-bourgeoise. Son penchant sincère pour l’internationalisme s’est manifesté dans les moments les plus difficiles, au plus fort de la réaction tsariste et du chauvinisme. Il a des connaissances et le désir de voir clair par lui-même dans les questions sérieuses ; sa longue évolution du socialisme révolutionnaire vers le marxisme révolutionnaire l’a démontré.

   Il n’en est que plus caractéristique que même de tels hommes puissent, aux heures décisives de la révolution, en traiter les questions essentielles en offrant au lecteur des réflexions aussi superficielles que celles-ci :

   « … Si grand que soit le nombre des conquêtes révolutionnaires que nous avons perdues au cours des dernières semaines, il en demeure une, la plus importante peut-être : le gouvernement et sa politique ne peuvent tenir que par la volonté de la majorité des Soviets. Toute l’influence qu’elle a abandonnée, la démocratie révolutionnaire l’a cédée de son plein gré ; ses organes démocratiques pourraient encore la recouvrer très facilement, comprenant comme il sied les exigences du moment, ils pourraient encore diriger sans peine dans la bonne voie la politique du Gouvernement provisoire. » (Novaïa Jizn n° 106, du 20 août.)

   Ces lignes renferment sur la question la plus importante de la révolution la contre-vérité la plus superficielle et la plus monstrueuse, celle qui a d’ailleurs été répandue le plus souvent, dans différents pays, au sein de la démocratie petite-bourgeoise, et qui a perdu le plus de révolutions.

   Quand on songe à la somme des illusions petites-bourgeoises soutenues dans le raisonnement que nous venons de citer, l’idée vous vient malgré vous à l’esprit que les citoyens de la Novaïa Jizn ne siègent point par hasard au congrès d’«unification»1

  1. Le congrès d’unification menchevique, qui se tint à Petrograd du 19 an 26 août (1-8 septembre) 1917, avait pour but de réunir en un seul parti les multiples formations mencheviques. Y assistèrent les mencheviks «jusqu’auboutistes» (partisans de Plékhanov et de Potressov), les mencheviks internationalistes (partisans de Martov) et les représentants du journal Novaïa Jizn, qui avaient pris une part active à sa convocation. A la majorité des voix, le Congrès opta pour la poursuite de la guerre «jusqu’à la victoire», approuva la participation des socialistes au Gouvernement provisoire bourgeois et lui exprima sa confiance. Le Congrès élut un comité central composé de P. Axelrod, F. Dan, Martov, I. Tsérétéli, N. Tchkhéidzé et autres. En cours de travaux, des divergences se manifestèrent et l’unification des mencheviks ne fut pas réalisée. [↩]