Postface aux thèses sur la conclusion immédiate d’une paix séparée et annexionniste

Postface aux thèses sur la conclusion immédiate d’une paix séparée et annexionniste

Lénine

   Ecrit entre le 8 et le 11 (le 21 et le 24) janvier 1918. Paru pour la première fois en 1929 dans le Recueil Lénine XI

   Les thèses précédentes ont été lues par moi, le 8 janvier 1918, à une réunion non officielle groupant un petit nombre de militants du parti. Leur mise en discussion a montré qu’il existe trois opinions dans le parti sur cette question : près de la moitié des participants se sont prononcés en faveur de la guerre révolutionnaire (on a parfois qualifié cette opinion de point de vue «de Moscou», car le bureau de la région de Moscou de notre parti a été la première organisation qui l’ait adopté) ; puis, un quart environ partageaient l’opinion de Trotski qu’il fallait «proclamer la fin de l’état de guerre, démobiliser l’armée et renvoyer les soldats dans leurs foyers, mais sans signer la paix» ; et enfin près d’un quart des participants étaient de mon avis.

   La situation qui s’est créée au sein du parti me rappelle tout à fait celle de l’été 1907, époque où l’énorme majorité des bolchéviks préconisait le boycott de la IIIe Douma, où je soutenais, avec Dan, que nous devions y participer et où cela me valait les attaques les plus acharnées pour mon opportunisme. Objectivement, la question se pose aujourd’hui d’une façon tout à fait identique : de même qu’à ce moment-là, la majorité des militants du parti, s’appuyant sur les meilleurs motifs révolutionnaires et sur les meilleures traditions du parti, se laisse entraîner par un mot d’ordre «à panache», sans saisir la nouvelle situation sociale, économique et politique, sans tenir compte du changement des conditions qui exige un changement rapide, brutal, de la tactique. Et, de même qu’alors, toute mon argumentation doit se concentrer sur cette explication : le marxisme exige qu’on tienne compte des conditions objectives et de leur modification ; il faut poser la question concrètement., en fonction de ces conditions ; le changement fondamental aujourd’hui consiste dans la création de la République des Soviets de Russie ; ce qui prime tout à la fois pour nous et du point de vue du socialisme international, c’est de sauvegarder cette république qui a déjà commencé la révolution socialiste ; à l’heure actuelle, le mot d’ordre de guerre révolutionnaire lancé par la Russie serait une phrase creuse et un geste vain, ou bien équivaudrait objectivement à tomber dans le piège que nous tendent les impérialistes ; ceux-ci veulent nous entraîner à poursuivre la guerre impérialiste, tant que nous sommes encore faibles, et écraser aux moindres frais la jeune République des Soviets.

   « Je suis partisan de l’ancienne position de Lénine», s’est écrié un des jeunes Moscovites (la jeunesse est un des plus grands mérites qui distingue ce groupe d’orateurs). Et le même orateur m’a reproché de répéter, comme il a dit, les vieux arguments des jusqu’auboutistes sur l’improbabilité d’une révolution en Allemagne.

   Le malheur, c’est précisément que les Moscovites veulent rester sur une vieille position tactique et refusent obstinément de voir qu’elle s’est modifiée et qu’il s’est créé une nouvelle position objective.

Dans leur ardeur à répéter les vieux mots d’ordre, les Moscovites n’ont même pas tenu compte du fait que nous, bolchéviks, sommes tous aujourd’hui partisans d’aller jusqu’au bout. Car, après avoir renversé la bourgeoisie, après avoir déchiré et dévoilé les traités secrets, après avoir proposé à tous les peuples une paix véritablement…1Le manuscrit s’interrompt ici.

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Notes   [ + ]

1. Le manuscrit s’interrompt ici.