Radio-message à tous

Radio-message à tous

Lénine

   Ecrit le 9 (22) novembre 1917. Paru le 9 (22) novembre 1917 dans le journal « Rabotchi i Soldat » n° 20

A tous les comités de régiment, de division, de corps d’armée, d’armée et autres.

A tous les soldats de l’armée révolutionnaire et à tous les marins de la flotte révolutionnaire1Le message du gouvernement soviétique appelant les soldats à prendre l’initiative des pourparlers d’armistice trouva un vaste écho dans l’armée. Des divisions, des corps d’armée, des armées et même des fronts entiers (par exemple, le Front de l’Ouest) envoyaient des parlementaires chez les troupes ennemies et concluaient des accords d’armistice qui prévoyaient le cessez-le-feu, l’arrêt du transfert des troupes, de la construction des ouvrages d’art, etc. Ces accords, appelés les « paix des soldats» restèrent en vigueur jusqu’à la conclusion de l’armistice général.

   La nuit du 7 novembre, le Conseil des Commissaires du peuple a envoyé un radio-message au commandant en chef Doukhonine, lui prescrivant de proposer immédiatement et formellement un armistice à tous les pays belligérants, tant aux pays alliés qu’aux pays qui sont en état d’hostilité avec nous.

   Ce radiotélégramme est parvenu au Quartier Général le 8 novembre, à 5 heures 5 du matin. I1 enjoignait à Doukhonine de tenir constamment le Conseil des Commissaires du peuple au courant de la marche des pourparlers et de ne signer l’acte d’armistice qu’après sa confirmation par le Conseil des Commissaires du peuple. Simultanément, une proposition semblable pour la conclusion d’un armistice était officiellement remise aux plénipotentiaires des pays alliés à Pétrograd.

   Dans la soirée du 8 novembre, on n’avait pas encore reçu de réponse de Doukhonine ; aussi, le Conseil des Commissaires du peuple chargea-t-il Lénine, Staline et Krylenko d’interroger Doukhonine par fil direct sur les raisons de ce retard.

   L’entretien se poursuivit le 9 novembre de 2 heures à 4 heures et demie du matin. Doukhonine fit de multiples tentatives pour se dérober aux explications sur sa conduite et pour éviter de donner une réponse précise aux instructions du gouvernement, mais quand on lui signifia l’ordre catégorique d’entamer des pourparlers immédiats et formols d’armistice, il répondit par un refus. Alors, au nom du gouvernement de la République de Russie et sur mandat du Conseil des Commissaires du peuple, Doukhonine fut informé qu’il était relevé de ses fonctions pour désobéissance aux ordres du gouvernement et pour sa conduite qui apporte aux masses laborieuses de tous les pays et en particulier aux armées des souffrances inouïes. En même temps, Doukhonine recevait l’ordre d’expédier les affaires courantes, jusqu’à l’arrivée du nouveau commandant en chef ou de la personne à qui il donnerait pleins pouvoirs. Le sous-lieutenant Krylenko est nommé commandant en chef.

   Soldats ! La cause de la paix est entre vos mains. Vous ne laisserez pas les généraux contre-révolutionnaires saper la noble cause de la paix, soyez vigilants afin d’éviter des exécutions sommaires indignes d’une armée révolutionnaire et pour empêcher ces généraux d’échapper au jugement qui les attend. Vous maintiendrez l’ordre révolutionnaire et militaire le plus strict.

   Que les régiments qui se trouvent sur les lignes élisent sur-le-champ des plénipotentiaires pour entamer des pourparlers d’armistice avec l’adversaire.

   Le Conseil des Commissaires du peuple vous en donne le droit.

   Informez-nous par tous les moyens possibles de chaque progrès des pourparlers. Seul le Conseil des Commissaires du peuple est en droit de signer le traité définitif d’armistice.

   Soldats ! La cause de la paix est entre vos mains. Soyez vigilants, maîtres de vous, énergiques, et la cause de la paix triomphera !

   Au nom du gouvernement de la République de Russie,

V. Oulianov (Lénine)

Président du Conseil des Commissaires du peuple

N. Krylenko

Commissaire du peuple à la guerre et commandant suprême

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Notes   [ + ]

1. Le message du gouvernement soviétique appelant les soldats à prendre l’initiative des pourparlers d’armistice trouva un vaste écho dans l’armée. Des divisions, des corps d’armée, des armées et même des fronts entiers (par exemple, le Front de l’Ouest) envoyaient des parlementaires chez les troupes ennemies et concluaient des accords d’armistice qui prévoyaient le cessez-le-feu, l’arrêt du transfert des troupes, de la construction des ouvrages d’art, etc. Ces accords, appelés les « paix des soldats» restèrent en vigueur jusqu’à la conclusion de l’armistice général.