Pour la parution de la revue Le Communiste

Pour la parution de la revue Le Communiste

Mao Zedong

4 octobre 1939

Le Comité central projetait depuis longtemps de publier un organe intérieur du Parti; c’est maintenant chose faite. Un tel organe est nécessaire pour édifier un Parti communiste chinois bolchévisé, qui soit à l’échelle de la nation et qui ait le caractère d’un parti de larges masses, un parti tout à fait solide au point de vue de l’idéologie, de la politique et de l’organisation. Cette nécessité est devenue plus évidente encore dans la situation présente, caractérisée par le danger croissant de capitulation, de rupture et de régression au sein du front uni national antijaponais, mais aussi par le fait que notre Parti est sorti de ses étroites limites pour devenir un grand parti à l’échelle du pays. Ainsi, la tâche du Parti est de mobiliser les masses pour conjurer le danger de capitulation, de rupture et de régression, et de se préparer à faire face à un brusque changement de la situation, afin d’épargner au Parti lui-même et à la révolution des pertes imprévues. En un tel moment, la publication d’un organe comme celui-ci est en effet indispensable.

Notre revue a pour nom Le Communiste. Quelle est sa tâche? De quoi traitera-t-elle? En quoi se distinguera-t-elle des autres publications du Parti?

Sa tâche est de contribuer à l’édification d’un Parti communiste chinois bolchévisé, qui soit à l’échelle de la nation, un parti de larges masses, tout à fait solide idéologiquement, politiquement et dans le domaine de l’organisation. Pour le triomphe de la révolution chinoise, un tel parti est une nécessité impérieuse; les conditions subjectives et objectives de son édification sont dans l’ensemble réunies; cette grande entreprise est en cours. Cependant, elle réclame une contribution qui dépasse les possibilités d’une publication ordinaire du Parti; il faut donc un organe spécial, et voilà pourquoi paraît Le Communiste.

Dans une certaine mesure, notre Parti est déjà un parti à l’échelle du pays, un parti de larges masses; et si l’on considère son noyau dirigeant, une partie de ses membres, sa ligne générale et son activité révolutionnaire, il est déjà un parti bolchévisé, assez solide sur le plan idéologique et politique comme sur celui de l’organisation.

Alors, pourquoi une tâche nouvelle se pose-t-elle à nous aujourd’hui?

Les raisons en sont les suivantes: Nous avons maintenant beaucoup de nouvelles organisations qui comptent un grand nombre de nouveaux membres; cependant, on ne peut pas encore les considérer comme des organisations à caractère de masse, elles ne sont pas assez solides sur le plan de l’idéologie, de la politique et de l’organisation, elles ne sont pas encore bolchévisées. D’autre part, il s’agit d’élever le niveau politique des vieux militants du Parti et de faire davantage pour consolider et bolchéviser les vieilles organisations dans les trois domaines déjà mentionnés. Les circonstances dans lesquelles se trouve le Parti et les tâches qui lui incombent aujourd’hui diffèrent beaucoup de celles qui se présentaient dans les périodes de guerres civiles révolutionnaires; les circonstances sont maintenant bien plus complexes, les tâches bien plus ardues.

La période actuelle est celle du front uni national — nous avons formé un front uni avec la bourgeoisie; c’est également celle de la Guerre de Résistance contre le Japon, où les forces armées de notre Parti mènent sur le front une guerre acharnée en coordination avec les armées amies; c’est enfin la période où notre Parti est devenu un grand parti à l’échelle nationale, et n’est donc plus ce qu’il était auparavant. En examinant l’ensemble de ces facteurs, nous comprendrons quelle tâche glorieuse et ardue nous nous sommes assignée: édifier un Parti communiste chinois bolchévisé, qui soit à l’échelle de la nation, un parti de larges masses, tout à fait solide idéologiquement, politiquement et par son organisation.

Comment devons-nous procéder? Nous ne pouvons résoudre ce problème sans considérer l’histoire de notre Parti, l’histoire de ses dix-huit années de lutte.

Depuis que notre Parti a tenu son Ier Congrès en 1921, dix-huit années se sont écoulées. Au cours de cette période, il a mené beaucoup de grandes luttes. Ses membres, ses cadres et ses organisations s’y sont aguerris. Ils ont connu dans la révolution de belles victoires, mais aussi de graves défaites. Le Parti a formé un front uni national avec la bourgeoisie, puis, par suite de la rupture de ce front, il a engagé une âpre lutte armée contre la grande bourgeoisie et ses alliés. Depuis trois ans, il se retrouve dans une période de front uni national avec la bourgeoisie. C’est à travers les relations complexes avec cette dernière que se sont développés en Chine la révolution et le Parti communiste; cette particularité historique, propre à la révolution en pays colonial ou semi-colonial, on ne peut la trouver dans l’histoire de la révolution d’aucun pays capitaliste. D’autre part, la Chine est un pays semi-colonial et semi-féodal, dont le développement politique, économique et culturel est inégal, un pays au territoire immense où prédomine une économie de type semi-féodal. Il en résulte que le caractère de la révolution chinoise, à son stade actuel, est celui d’une révolution démocratique bourgeoise dirigée principalement contre l’impérialisme et le féodalisme, d’une révolution dont les forces motrices fondamentales sont le prolétariat, la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine, et à laquelle participe, au cours de certaines périodes et dans une certaine mesure, la bourgeoisie nationale; il en résulte aussi que la forme principale de lutte dans notre révolution est la lutte armée. Nous pouvons bien dire que l’histoire de notre Parti est celle de la lutte armée. “En Chine, disait le camarade Staline, la révolution armée lutte contre la contre-révolution armée, c’est là l’une des particularités et l’un des avantages de la révolution chinoise1J. Staline: “Des perspectives de la révolution chinoise”..” La remarque est parfaitement juste. Cette particularité, propre à la Chine semi-coloniale, n’existe pas ou se présente autrement dans l’histoire des révolutions dirigées par les partis communistes des pays capitalistes. Ainsi, la révolution démocratique bourgeoise en Chine a deux caractéristiques fondamentales: 1) le prolétariat établit un front uni national révolutionnaire avec la bourgeoisie, et il le rompt s’il y est contraint, et 2) la lutte armée est la forme principale de la révolution. Si nous n’avons pas considéré ici comme caractéristique fondamentale les relations du Parti avec la paysannerie et la petite bourgeoisie urbaine, c’est que, d’une part, ces relations sont, en principe, les mêmes pour tous les partis communistes du monde, et que, d’autre part, la lutte armée en Chine, c’est au fond la guerre paysanne, de sorte que les rapports étroits du Parti avec celle-ci ne sont autres que ses rapports avec la paysannerie.

C’est précisément en raison de ces deux caractéristiques fondamentales que l’édification de notre Parti et sa bolchévisation s’effectuent dans des circonstances particulières. Les échecs ou les succès du Parti, ses reculs ou ses progrès, la diminution ou l’accroissement de ses effectifs, son développement et sa consolidation sont nécessairement liés à ses rapports avec la bourgeoisie et avec la lutte armée. Lorsque notre Parti adopte une ligne politique juste dans la question de l’établissement du front uni avec la bourgeoisie ou de la rupture de ce front quand il est forcé de le rompre, il progresse d’un pas dans son développement, sa consolidation et sa bolchévisation; au contraire, il recule d’un pas dans ces mêmes domaines lorsqu’il adopte une ligne incorrecte dans ses relations avec la bourgeoisie. De même, quand notre Parti donne une solution juste à la question de la lutte armée révolutionnaire, il fait un pas en avant dans son développement, sa consolidation et sa bolchévisation, mais il fait un pas en arrière lorsque cette question est résolue de façon incorrecte. Ainsi, pendant dix-huit ans, l’édification et la bolchévisation du Parti ont été étroitement liées à sa ligne politique, à sa façon, juste ou erronée, de résoudre les questions du front uni et de la lutte armée. Les dix-huit années de l’histoire du Parti en sont une confirmation éclatante. Inversement, plus le Parti se bolchévise, mieux il est à même d’élaborer correctement sa ligne politique et de résoudre les questions du front uni et de la lutte armée, ce qu’il ne peut d’ailleurs faire qu’à cette condition. Les dix-huit années de son existence le confirment avec non moins d’évidence.

Le front uni, la lutte armée et l’édification du Parti constituent donc les trois questions fondamentales qui se posent à notre Parti dans la révolution chinoise. Bien comprendre ces trois questions et leurs relations mutuelles, c’est pouvoir donner une direction juste à toute la révolution chinoise. L’expérience accumulée pendant les dix-huit années d’existence de notre Parti, profonde et riche expérience des échecs et des succès, des reculs et des progrès, de la diminution et de l’accroissement de nos effectifs, nous a permis de tirer de justes conclusions sur ces trois questions. Cela signifie que nous sommes maintenant capables de régler correctement les questions du front uni, de la lutte armée et de l’édification du Parti. Cela signifie aussi que ces dix-huit années nous ont enseigné que le front uni, la lutte armée et l’édification du Parti sont nos trois “armes magiques”, les trois armes principales pour vaincre l’ennemi dans la révolution chinoise. Et c’est là un grand succès du Parti communiste, un grand succès de la révolution chinoise.

Arrêtons-nous brièvement sur chacune de ces trois armes magiques, sur chacune de ces trois questions.

En Chine, le front uni du prolétariat avec la bourgeoisie et d’autres classes s’est développé pendant ces dix-huit années dans trois situations différentes qui en constituent les trois étapes: la Première Grande Révolution qui va de 1924 à 1927, la Guerre révolutionnaire agraire de 1927 à 1937 et l’actuelle Guerre de Résistance contre le Japon. L’histoire de ces trois étapes a confirmé les lois suivantes:

1) L’oppression la plus cruelle subie par la Chine étant l’oppression étrangère, la bourgeoisie nationale chinoise peut, au cours de certaines périodes et dans une certaine mesure, participer à la lutte contre l’impérialisme et les seigneurs de guerre féodaux. Le prolétariat doit donc, à de tels moments, établir un front uni avec la bourgeoisie nationale et le maintenir aussi longtemps que possible.

2) Dans d’autres circonstances historiques, la bourgeoisie nationale chinoise, en raison de sa faiblesse économique et politique, se montrera hésitante et fera défection. Ainsi, la composition du front uni révolutionnaire en Chine n’est pas immuable, elle est sujette à se modifier. La bourgeoisie nationale, à certains moments, participe au front; à d’autres moments, elle n’en fait pas partie.

3) La grande bourgeoisie chinoise, de caractère comprador, est une classe directement au service de l’impérialisme qui l’entretient. Aussi a-t-elle toujours été une des cibles de la révolution. Toutefois, ses divers groupes sont soutenus par différentes puissances impérialistes; par conséquent, lorsque les contradictions s’aggravent entre ces dernières et que la révolution est principalement dirigée contre l’une d’entre elles, il se peut que les groupes dépendant des autres puissances participent jusqu’à un certain point et pendant un certain temps à la lutte contre cette puissance. Alors, pour affaiblir l’ennemi et accroître ses propres forces de réserve, le prolétariat chinois peut établir un front uni avec ces groupes, et il le maintiendra dans la mesure du possible, à condition qu’il soit utile à la révolution.

4) La grande bourgeoisie compradore demeure très réactionnaire même quand elle participe au front uni et lutte aux côtés du prolétariat contre l’ennemi commun; elle s’oppose obstinément à tout développement du prolétariat et du parti prolétarien sur le plan idéologique et politique comme sur celui de l’organisation, elle cherche à limiter leur activité, pratique une politique de sape en recourant à des moyens comme la tromperie, la séduction, la “désintégration”, les attaques, et se prépare ainsi à capituler devant l’ennemi et à rompre le front uni.

5) L’allié le plus solide du prolétariat est la paysannerie.

6) La petite bourgeoisie urbaine est un allié sûr.

Confirmée pendant la Première Grande Révolution et la Révolution agraire, la justesse de ces lois l’est à nouveau en ce moment, dans la Guerre de Résistance. C’est pourquoi, sur la question du front uni avec la bourgeoisie (surtout avec la grande bourgeoisie), le parti du prolétariat doit engager une lutte résolue, rigoureuse, sur deux fronts. D’une part, il combattra l’erreur de ceux qui méconnaissent la possibilité de voir la bourgeoisie, au cours de certaines périodes et dans une certaine mesure, participer à la lutte révolutionnaire, erreur gauchiste de la “porte close”, qui confond la bourgeoisie chinoise avec celle des pays capitalistes et néglige de ce fait la politique d’un front uni avec la bourgeoisie, front à maintenir aussi longtemps que possible. D’autre part, il doit lutter contre l’erreur de confondre le programme, la politique, l’idéologie, la pratique, etc. du prolétariat avec ceux de la bourgeoisie et de négliger les différences de principe qui les séparent. Cette erreur revient à ne pas voir que la bourgeoisie (surtout la grande bourgeoisie) s’efforce d’influencer non seulement la petite bourgeoisie et la paysannerie, mais aussi le prolétariat et le Parti communiste, dont elle cherche à supprimer l’indépendance sur le plan idéologique, politiquè comme sur celui de l’organisation, pour faire d’eux un appendice de sa propre classe et de son parti politique, et accaparer les fruits de la révolution à son seul profit ou au profit de son parti politique; c’est aussi oublier que la bourgeoisie (surtout la grande bourgeoisie) trahit la révolution dès que celle-ci va à l’encontre de ses intérêts égoïstes ou de ceux de son parti. Négliger cet aspect de la question, c’est tomber dans l’opportunisme de droite. Celui de Tchen Tou-sieou avait précisément pour caractéristique d’amener le prolétariat à se conformer aux intérêts égoïstes de la bourgeoisie et de son parti politique, ce qui fut la cause subjective de l’échec de la Première Grande Révolution. Ce double caractère de la bourgeoisie chinoise dans la révolution démocratique bourgeoise exerce une forte influence sur la ligne politique et l’édification du Parti communiste chinois. Il est impossible de comprendre ces dernières, si l’on ne saisit pas ce double caractère. S’allier avec la bourgeoisie tout en luttant contre elle, c’est là un élément important de la ligne politique du Parti. Et un élément important de son édification, c’est qu’il se développe et s’aguerrit dans cette alliance et cette lutte. Alliance veut dire ici front uni avec la bourgeoisie. Lutte signifie lutte “pacifique”, sans effusion de sang, sur le plan de l’idéologie, de la politique et de l’organisation, tant que dure l’alliance avec la bourgeoisie, mais qui devient lutte armée quand le Parti est contraint de rompre avec elle. Si notre Parti ne sait pas s’allier avec la bourgeoisie dans certaines périodes, il ne peut progresser, et la révolution se développer. Si notre Parti ne sait pas mener sérieusement une lutte “pacifique” résolue contre la bourgeoisie durant son alliance avec elle, il se désagrégera idéologiquement, politiquement et dans son organisation, et la révolution échouera. De même, si le Parti, au moment où il est contraint de rompre avec la bourgeoisie, ne conduit pas sérieusement une lutte armée résolue contre elle, il se désagrégera, et la révolution échouera également. Tout cela a été confirmé par l’histoire des dix-huit dernières années.

La lutte armée du Parti communiste chinois est une guerre paysanne menée sous la direction du prolétariat. Son histoire comporte trois étapes. La première est marquée par notre participation à l’Expédition du Nord. Certes, notre Parti commençait déjà à saisir l’importance de la lutte armée, mais il ne l’avait pas encore parfaitement comprise, il ne se rendait pas compte que c’était la forme de lutte principale dans la révolution chinoise. La deuxième étape est la Guerre révolutionnaire agraire. A l’époque, le Parti avait organisé ses propres forces armées, il avait appris l’art de faire la guerre d’une façon indépendante, il avait établi le pouvoir populaire et des bases d’appui. Il était déjà capable de réaliser à l’échelle nationale la coordination directe ou indirecte de la lutte armée, forme de lutte principale, avec beaucoup d’autres formes de lutte indispensables, avec la lutte des ouvriers, la lutte des paysans — ce qui est essentiel —, la lutte des jeunes, des femmes et d’autres luttes populaires, la lutte pour l’établissement des organes du pouvoir, la lutte sur le front économique, sur le front pour la liquidation des agents ennemis, sur le front idéologique, etc. Et cette lutte armée, ce fut la révolution agraire menée par les paysans sous la direction du prolétariat. La troisième étape est l’actuelle Guerre de Résistance. Nous profitons de l’expérience de la lutte armée acquise dans la première et surtout dans la deuxième étape, et aussi de l’expérience dans la coordination de la lutte armée avec les autres formes de lutte indispensables. D’une manière générale, la lutte armée peut être définie à l’heure actuelle comme une guerre de partisans2En disant que, d’une manière générale, la lutte armée adoptée dans la révolution chinoise peut être définie comme une guerre de partisans, le camarade Mao Tsé-toung fait le bilan de l’expérience de la guerre révolutionnaire menée en Chine depuis la Deuxième guerre civile révolutionnaire jusqu’au début de la Guerre de Résistance contre le Japon. Dans la longue période de la Deuxième guerre civile révolutionnaire, toutes les luttes armées dirigées par le Parti communiste chinois avaient pris la forme d’une guerre de partisans. Celle-ci devint, dans la dernière phase de cette période, et par suite du développement de l’Armée rouge, une guerre de mouvement ayant des caractéristiques de la guerre de partisans (ce qui est la forme supérieure de la guerre de partisans, selon la définition du camarade Mao Tsé-toung). Mais pendant la Guerre de Résistance, comme on combattait un ennemi différent, dans des circonstances différentes, on revint à la guerre de partisans. Au début de la Guerre de Résistance, les camarades du Parti qui avaient commis l’erreur de l’opportunisme de droite sous-estimèrent l’importance de la guerre de partisans conduite par le Parti et placèrent leurs espoirs dans les opérations des armées du Kuomintang. Le camarade Mao Tsé-toung réfuta leurs points de vue dans “Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon”, “De la guerre prolongée” et “Problèmes de la guerre et de la stratégie”; dans le présent article, il fait une synthèse théorique de l’expérience acquise au cours de la longue lutte armée qui avait pris dans la révolution chinoise la forme de la guerre de partisans. A l’étape finale de la Guerre de Résistance, et spécialement dans la période de la Troisième guerre civile révolutionnaire, la forme principale de la lutte armée dirigée par le Parti communiste chinois cessa d’être la guerre de partisans et devint la guerre régulière, du fait d’un nouvel essor des forces révolutionnaires et de nouveaux changements intervenus dans le camp ennemi. Elle fut, à l’étape finale de la Troisième guerre civile révolutionnaire, une guerre menée par de grosses formations utilisant une grande quantité d’armes lourdes et capables d’enlever d’assaut les positions puissamment fortifiées de l’ennemi.. Qu’est-ce que la guerre de partisans? C’est la forme de lutte indispensable, donc la meilleure, celle que les forces armées populaires doivent adopter pour une longue période dans un pays arriéré, dans une vaste semi-colonie, afin de vaincre un ennemi armé et de créer leurs propres bases. La ligne politique et l’édification de notre Parti ont toujours été étroitement liées à cette forme de lutte. En dehors du contexte de la lutte armée, de la guerre de partisans, on ne saurait avoir une bonne compréhension de notre ligne politique et, par conséquent, de l’édification de notre Parti. Une composante importante de notre ligne politique est précisément la lutte armée. Pendant dix-huit ans, notre Parti a peu à peu appris à la mener et y a toujours persévéré. Nous savons qu’en Chine, sans lutte armée, il n’y aurait de place ni pour le prolétariat, ni pour le peuple, ni pour le Parti communiste, et aucune possibilité de victoire pour la révolution. C’est à travers les guerres révolutionnaires de ces dix-huit années que notre Parti s’est développé, consolidé et bolchévisé, et sans la lutte armée, le Parti communiste ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Les camarades du Parti ne doivent jamais oublier cette expérience payée de notre sang.

De même, l’édification du Parti, c’est-à-dire son développement, sa consolidation et sa bolchévisation, a connu trois étapes.

La première, c’est l’enfance du Parti. Au début et jusque vers le milieu de cette étape, le Parti avait une ligne juste, et ses membres et ses cadres débordaient d’enthousiasme révolutionnaire, d’où les victoires dans la Première Grande Révolution. Mais le Parti n’en était pas moins dans l’enfance, dépourvu d’expérience face aux trois questions fondamentales du front uni, de la lutte armée et de l’édification du Parti, peu éclairé sur les conditions historiques et sociales de la Chine, sur les particularités et les lois de la révolution chinoise, et il lui manquait encore la compréhension intégrale de l’union de la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise. C’est pourquoi, dans la dernière phase et à un moment critique de cette étape, ceux qui occupaient des positions dominantes à la direction du Parti ne surent pas le guider de façon à ce qu’il consolide les victoires de la révolution et, trompés par la bourgeoisie, ils la firent échouer. Au cours de cette étape, le Parti développa ses organisations, mais sans les consolider, sans réussir à affermir ses membres et ses cadres du point de vue idéologique et politique. Il recruta énormément de nouveaux membres, mais il ne leur donna pas l’éducation marxiste-léniniste nécessaire. Les expériences abondaient dans son travail, mais il ne sut pas les généraliser convenablement. De nombreux arrivistes s’étaient infiltrés dans ses rangs et n’en avaient pas été éliminés. Le Parti était pris dans le dédale des plans et des intrigues de ses ennemis comme de ses alliés, mais la vigilance lui faisait défaut. Beaucoup de militants actifs s’étaient affirmés dans ses rangs, mais il n’avait pas eu le temps d’en faire son ossature. Il avait sous son commandement quelques unités armées révolutionnaires, mais il ne sut pas les garder bien en main. Tout cela provenait de son inexpérience, de sa connaissance peu approfondie de la révolution et de son incapacité d’unir la théorie marxiste-léniniste à la pratique de la révolution chinoise. Telle fut la première étape de l’édification du Parti.

La deuxième étape fut celle de la Guerre révolutionnaire agraire. Grâce à l’expérience acquise pendant la première étape, grâce à une meilleure compréhension des conditions historiques et sociales de la Chine ainsi que des particularités et des lois de la révolution chinoise, grâce au fait que nos cadres avaient mieux assimilé la théorie marxiste-léniniste et savaient mieux l’unir à la pratique de la révolution chinoise, notre Parti fut en mesure de mener avec succès, pendant dix ans, la révolution agraire. La bourgeoisie avait trahi, mais le Parti sut s’appuyer fermement sur la paysannerie. Ses organisations se développèrent à nouveau et se consolidèrent. L’ennemi cherchait constamment à saper notre Parti, qui parvint toutefois à expulser les saboteurs. Un grand nombre de nouveaux cadres apparurent et devinrent l’ossature du Parti. Celui-ci ouvrit la voie au pouvoir populaire et s’initia à l’art de gouverner. Il créa de puissantes forces armées et apprit l’art de la guerre. Ce furent pour lui des progrès et des succès importants. Mais, au cours de cette grande lutte, des camarades tombèrent définitivement, ou pour un certain temps, dans le bourbier de l’opportunisme. C’est qu’ils ne savaient pas tirer en toute modestie les leçons de l’expérience du passé, connaissaient mal les conditions historiques et sociales de la Chine ainsi que les particularités et les lois de sa révolution et ne comprenaient pas l’union de la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise. Ainsi, certains membres de la direction du Parti furent incapables, tout au long de cette étape, de maintenir une ligne juste en matière de politique et d’organisation. A un certain moment, des dommages furent causés au Parti et à la révolution par l’opportunisme “de gauche” du camarade Li Li-san et, à un autre moment, par l’opportunisme “de gauche” pratiqué dans la guerre révolutionnaire et dans le travail en territoire blanc. Et ce ne fut qu’après la réunion de Tsouenyi (réunion du Bureau politique du Comité central tenue en janvier 1935 à Tsouenyi, province du Koueitcheou) que le Parti s’engagea définitivement dans la voie de la bolchévisation et jeta les bases pour sa victoire sur l’opportunisme de droite de Tchang Kouo-tao et pour l’établissement d’un front uni national antijaponais. Telle fut la deuxième étape de son développement.

La troisième étape est celle du front uni national antijaponais. Elle dure depuis trois ans déjà, et la lutte poursuivie pendant cette période est d’une signification exceptionnelle. Fort de l’expérience des deux étapes précédentes de la révolution, et s’appuyant sur sa solide organisation et ses forces armées, sur son immense prestige politique au sein de tout le peuple, et sur une compréhension encore plus profonde de l’union de la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise, le Parti a non seulement établi le front uni national antijaponais, mais a aussi entrepris la grande Guerre de Résistance. Au point de vue de l’organisation, il est sorti de ses étroites limites pour devenir un grand parti à l’échelle nationale. Ses forces armées se sont de nouveau accrues et affermies dans la lutte contre l’envahisseur japonais. Son influence a grandi au sein du peuple. Ce sont là de magnifiques succès. Cependant, un bon nombre de nouveaux membres n’ont pas encore reçu l’éducation nécessaire et beaucoup de nouvelles organisations n’ont pas été consolidées; un large écart les sépare des vieux membres et des vieilles organisations du Parti. De nombreux membres et cadres nouveaux ne possèdent pas une expérience révolutionnaire suffisante. Ils ne connaissent pas ou connaissent mal les conditions historiques et sociales de la Chine, les particularités et les lois de la révolution chinoise. Ils sont encore loin d’avoir une compréhension intégrale de l’union de la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise. Au cours de l’extension des organisations du Parti, le Comité central avait insisté sur le mot d’ordre: “Elargir hardiment les rangs de notre Parti, sans y laisser pénétrer un seul indésirable”; en fait, beaucoup d’arrivistes et de saboteurs envoyés par l’ennemi ont réussi à s’y infiltrer. Voilà trois ans que le front uni a été établi et qu’il se maintient; cependant, la bourgeoisie, et tout particulièrement la grande bourgeoisie, cherche constamment à saper notre Parti; les clameurs anticommunistes n’en finissent pas, de graves “frictions” sont suscitées dans le pays par les capitulards et les irréductibles de la grande bourgeoisie, qui pensent pouvoir ainsi préparer la capitulation devant l’impérialisme japonais, la rupture du front uni et la régression de la Chine. La grande bourgeoisie cherche à “désintégrer” idéologiquement le communisme et à supprimer politiquement et sur le plan de l’organisation le Parti communiste, notre Région frontière et les forces armées du Parti. Il va sans dire que notre tâche, dans ces conditions, est de surmonter le danger de capitulation, de rupture et de régression, de maintenir dans la mesure du possible le front uni national et la coopération entre le Kuomintang et le Parti communiste, tout en luttant pour la poursuite de la Résistance, pour le maintien de l’union et pour un progrès continu. En même temps, nous devons être prêts à faire face à un brusque changement de la situation, afin d’épargner au Parti et à la révolution des pertes imprévues. Pour cela, nous devons consolider les organisations et les forces armées du Parti et mobiliser le peuple tout entier dans une lutte résolue contre la capitulation, la rupture et la régression. L’accomplissement de cette tâche dépend des efforts de tout le Parti, de la lutte inflexible et soutenue des membres, des cadres et des organisations partout et à tous les échelons. Nous sommes convaincus que le Parti communiste chinois, avec ses dix-huit années d’expérience, parviendra à atteindre ces objectifs, grâce aux efforts conjugués de ses vieux membres et cadres expérimentés unis aux nouveaux, jeunes et dynamiques, grâce aux efforts communs de son Comité central, bolchévisé et bien trempé, et de ses organisations locales, ainsi que de ses indomptables forces armées et des masses progressistes.

Voilà, pour l’essentiel, le chemin parcouru par notre Parti et les questions qui se sont posées à lui, au cours des dix-huit années écoulées.

Ces dix-huit années d’expérience nous montrent que le front uni et la lutte armée sont les deux principaux moyens de combat pour vaincre l’ennemi. Le front uni, c’est un front pour mener la lutte armée. Quant au Parti, il est le vaillant combattant qui utilise ces deux armes pour monter à l’assaut des positions de l’ennemi. Tels sont les rapports mutuels entre le Parti, le front uni et la lutte armée.

Comment allons-nous édifier aujourd’hui notre Parti? Comment pouvons-nous édifier “un Parti communiste chinois bolchévisé, qui soit à l’échelle de la nation et qui ait le caractère d’un parti de larges masses, un parti tout à fait solide au point de vue de l’idéologie, de la politique et de l’organisation”? Pour répondre, il suffit d’étudier l’histoire de notre Parti, d’examiner la question de l’édification du Parti en relation avec celles du front uni et de la lutte armée, avec celle de l’alliance avec la bourgeoisie et de la lutte contre elle, et avec celle de la poursuite de la guerre de partisans contre le Japon et de l’établissement de bases antijaponaises par la VIIIe Armée de Route et la Nouvelle IVe Armée.

Faire le bilan des dix-huit dernières années et de l’expérience toute fraîche de la période actuelle en partant de notre compréhension de l’union de la théorie marxiste-léniniste avec la pratique de la révolution chinoise, puis en diffuser le résultat dans tout le Parti, afin que celui-ci devienne solide comme l’airain et ne répète pas les erreurs du passé, c’est cela notre tâche.

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Notes

1 J. Staline: “Des perspectives de la révolution chinoise”.
2 En disant que, d’une manière générale, la lutte armée adoptée dans la révolution chinoise peut être définie comme une guerre de partisans, le camarade Mao Tsé-toung fait le bilan de l’expérience de la guerre révolutionnaire menée en Chine depuis la Deuxième guerre civile révolutionnaire jusqu’au début de la Guerre de Résistance contre le Japon. Dans la longue période de la Deuxième guerre civile révolutionnaire, toutes les luttes armées dirigées par le Parti communiste chinois avaient pris la forme d’une guerre de partisans. Celle-ci devint, dans la dernière phase de cette période, et par suite du développement de l’Armée rouge, une guerre de mouvement ayant des caractéristiques de la guerre de partisans (ce qui est la forme supérieure de la guerre de partisans, selon la définition du camarade Mao Tsé-toung). Mais pendant la Guerre de Résistance, comme on combattait un ennemi différent, dans des circonstances différentes, on revint à la guerre de partisans. Au début de la Guerre de Résistance, les camarades du Parti qui avaient commis l’erreur de l’opportunisme de droite sous-estimèrent l’importance de la guerre de partisans conduite par le Parti et placèrent leurs espoirs dans les opérations des armées du Kuomintang. Le camarade Mao Tsé-toung réfuta leurs points de vue dans “Problèmes stratégiques de la guerre de partisans contre le Japon”, “De la guerre prolongée” et “Problèmes de la guerre et de la stratégie”; dans le présent article, il fait une synthèse théorique de l’expérience acquise au cours de la longue lutte armée qui avait pris dans la révolution chinoise la forme de la guerre de partisans. A l’étape finale de la Guerre de Résistance, et spécialement dans la période de la Troisième guerre civile révolutionnaire, la forme principale de la lutte armée dirigée par le Parti communiste chinois cessa d’être la guerre de partisans et devint la guerre régulière, du fait d’un nouvel essor des forces révolutionnaires et de nouveaux changements intervenus dans le camp ennemi. Elle fut, à l’étape finale de la Troisième guerre civile révolutionnaire, une guerre menée par de grosses formations utilisant une grande quantité d’armes lourdes et capables d’enlever d’assaut les positions puissamment fortifiées de l’ennemi.