Renault Billancourt, 25 règles de travail

Renault Billancourt, 25 règles de travail

Gauche Prolétarienne

[Supplément à la Cause du Peuple n°11]

Préface

Nous sommes opposés au syndicalisme.

Il n’est pas question aujourd’hui de militer dans la CGT afin de «changer la direction capitularde» ; pas question de militer dans la CFDT plus « démocratique », afin de faire pression sur la CGT.

Pas question de militer dans un autre syndicat, plus enfoncé encore dans la collaboration avec le patron et le gouvernement. Nous sommes opposés à la pratique syndicaliste. Nous ne sommes pas opposés à la masse des syndicalistes.

Nous avons très souvent des divergences avec les syndicalistes, mais nous voulons nous unir dans la lutte avec ces syndicalistes, et de plus en plus souvent nous le faisons.

Nous distinguons nettement les syndicalistes, qui sont des ouvriers qui ont leurs idées, bonnes ou moins bonnes, et les flics syndicaux, qui eux sont chargés de réprimer les ouvriers pour que la « ligne confédérale » continue de dominer dans les usines, avec l’accord du gouvernement de Chaban-Delmas.

Avec les syndicalistes : unité ; avec la police syndicale : la lutte!

C’est par expérience que nous nous opposons au syndicalisme ; par expérience nous avons compris qu’il faut opposer à la pratique syndicaliste actuelle une pratique de masse nouvelle, autonome, conforme aux intérêts des ouvriers.

En 68, à un très grand moment de notre histoire, nous avons vu clair : le syndicalisme a refusé l’unité avec la jeunesse contestataire, a refusé l’affrontement avec le pouvoir ; il a divisé tant et plus, il a désarmé les ouvriers et leurs alliés dans la lutte.

Il a vendu le mouvement de masse pour presque rien ; ce qui est sûr, c’est que ça nous a rapporté des élections, et avec les élections, le pouvoir de la réaction a été consolidé.

Et, depuis, la pratique l’a confirmé ; depuis, nous voyons plus clair : parce qu’il refuse l’unité entre les ouvriers, l’unité entre les ouvriers et les autres couches populaires, le syndicalisme actuel sacrifie, liquide les luttes régulièrement et systématiquement.

IL N’EST MEME PAS CAPABLE DE REMPORTER DE VRAIES VICTOIRES REVENDICATIVES, dès que ces victoires remettraient en question les plans du patron ou de l’État.

Arracher une augmentation quand elle est prévue par le patron ou le gouvernement, quand elle est « concertée », ça va encore. Mais c’est tout : ce n’est rien.

Au printemps dernier, qu’ont gagné les métallos de Renault ou de Berliet, qu’ont gagné les cheminots ? Le contrôle syndicaliste leur a fait perdre l’essentiel.

Rien de plus instructif que la récente grève du métro : pour gagner, que fallait-il aux conducteurs ? l’unité avec les usagers, d’abord et avant tout.

Tout le monde voit bien que la principale faiblesse de départ du mouvement des conducteurs, c’est qu’il allait coûter aux travailleurs-usagers. Une organisation ouvrière responsable avait le devoir de s’attaquer à cette faiblesse.

Il fallait donc dire la vérité aux usagers sur le mouvement des conducteurs et il fallait associer les usagers, par ailleurs révoltés contre l’état actuel du métro : il fallait organiser l’unité entre agents de la RATP et usagers, en imposant le passage gratuit à certains moments.

La Régie perdait matériellement et plus encore, la Régie perdait « l’opinion » : car les usagers auraient alors soutenu de toutes leurs forces, qui sont immenses, le mouvement des conducteurs.

Une organisation ouvrière responsable aurait choisi l’unité populaire et aurait donc préparé dans les meilleures conditions, dans une vraie position de force, l’affrontement avec l’Etat-patron. Le syndicalisme refuse cet affrontement direct, refuse l’unité populaire consciemment ; résultat : il mène les conducteurs à la plus terrible des aventures : la défaite dans l’isolement et la honte.

Il s’est alors produit un très grand événement : une catégorie ouvrière très liée au syndicalisme» pas des O.S., les conducteurs de métro, ont massivement rejeté l’autorité du syndicalisme.

La grève du métro, en cette rentrée 71, c’est la faillite du syndicalisme.

Il faut autre chose : il faut que les ouvriers prennent eux-mêmes leurs luttes en main, il faut une union des comités de lutte d’ateliers.

Il faut une organisation ouvrière responsable devant les ouvriers, qui ne soit pas intégrée idéologiquement et matériellement au système social actuel.

L’union des comités de lutte d’atelier, voilà la force nouvelle, responsable devant la masse des ouvriers.

Il faut la construire méthodiquement, dans les grandes usines du pays d’abord.

L’expérience de Renault-Billancourt permet de dégager une méthode, qui sera utile ailleurs.

Introduction

I. Pourquoi publier ces règles ?

D’abord : à qui voulons-nous qu’elles servent ? A quoi sont-elles utiles ?

Pendant l’offensive ouvrière du printemps 71, Renault a beaucoup fait parler de lui. Parce que les usines étaient occupées, parce que la Régie est la plus grosse concentration industrielle de France, parce que Billancourt c’est toujours le phare du prolétariat, aussi bien du point de vue de la bourgeoisie que de celui des ouvriers ; mais aussi parce qu’à Renault, une force ouvrière autonome ‘s’était créée et qu’à l’occasion de l’occupation elle menait sa première lutte contre les saloperies syndicales à l’échelle de toute l’usine ; c’était une lutte dont dépendait l’avenir des luttes ouvrières sur toute la France : quand une force ouvrière autonome révolutionnaire arrivera dans une grosse usine à mettre en échec les syndicats, l’exemple risque de se répandre sur toute la France comme une traînée de poudre.

C’est pourquoi, beaucoup d’ouvriers révolutionnaires de beaucoup d’usines avaient les yeux tournés sur nous, c’est pourquoi nous en avons rencontré beaucoup, un peu partout en France.

Après l’occupation, nous avons tiré le bilan, nous avons vu que nous n’avons pas réussi à mettre les syndicats en déroute, à briser leur capitulation, malgré tout nous avons réussi à prendre quelques bonnes initiatives.

Nous savons que la lutte pour arriver à créer une organisation ouvrière capable de mette en échec les syndicats sera longue et qu’il ne suffit pas d’une occupation gagnée après un lock-out pour y arriver, mais nous avons pu aussi mesurer nos acquis.

Surtout, nous avons vu que grâce à notre pratique nous pouvions répondre à beaucoup de questions que se posaient les ouvriers d’autres usine? où la force autonome avait seulement commencé à s’organiser pendant l’offensive de Mai 71.

Par exemple :
Doit-on essayer de militer dans les syndicats ?
Comment organiser les gars dans l’atelier ?
Faut-il faire militer les gars à l’extérieur de l’usine ? etc.

C’est pour cette raison, pour faire bénéficier du bilan de notre pratique, tous les ouvriers, à commencer par nous, qui depuis Mai 68 et Mai 71 ressentent le besoin de créer une organisation ouvrièie de lutte autonome des syndicats, que nous avons décidé de réfléchir à ces règles et de les publier.

II. Où a-t-on trouvé tout ça ?

Bien sûr, dans notre pratique, pas dans les bouquins. Mais pour tirer des règles de sa pratique, il faut appliquer certaines méthodes de travail.

Tirer des règles de travail, ça devrait pouvoir être fait partout, quand le travail politique avance, quand notre implantation progresse, quand on obtient des victoires dans la lutte ; il faut en tirer le bilan et pas seulement pour être content ou pour se lamenter sur tout ce qui aurait pu être mieux ; aussi pour voir les méthodes de travail justes que l’on a appliquées et que l’on pourra reproduire.

Pour dégager des règles, on ne s’est pas enfermé dans une chambre, le jour où on a décidé de faire cette brochure, on a seulement appliqué deux méthodes.qui devraient être appliquées en permanence dans le travail politique.

Chercher le nouveau, l’expérience type.

Après chaque lutte, après chaque campagne, dans le travail d’atelier, quand on fait un bilan, il faut avoir le point de vue de chercher toujours si l’on n’a pas réussi une expérience nouvelle : soit pour les masses : une nouvelle forme de lutte, soit pour les militants une nouvelle méthode de travail” politique.

Si ces expériences nouvelles apparaissent, il faut se jeter dessus et avoir l’idée qu’elles doivent aider tout le monde.

[Nous l’expliquons d’ailleurs dans les règles à propos des expériences nouvelles faites par les masses.]

A force de trouver du nouveau, en l’ajoutant, on arrive à dégager 25 règles, et on continue à chercher.

La lutte de classe dans nos rangs.

Une bonne règle de travail politique, ce n’est pas un miracle qui nous arrive par hasard et qu’il suffit d’avoir la foi pour voir : c’est une idée juste qui triomphe sur une idée fausse.

Pour l’application de chacune de ces règles nous avons dû mener la lutte contre les idées fausses qui s’y opposaient, nous expliquons d’ailleurs pour presque toutes quelle est cette idée fausse. De plus, à chaque fois ce qui a permis fondamentalement de dégager du nouveau, ce n’est pas l’inspiration, c’est que les idées nouvelles déclenchaient la lutte de classe et que cela nous obligeait à les approfondir.

Dire que ces règles viennent de la lutte de classe dans nos rangs ça nous amène tout de suite à annoncer la couleur.

IL FAUT SE BATTRE POUR QU’ELLES SOIENT APPLIQUEES.

Il ne suffit pas de les avoir lues pour les connaître et les appliquer, l’application de chacune fera sûrement l’objet d’une lutte de classe pour les camarades des autres usines et on peut même dire que ces règles seront surtout un instrument pour mener la lutte de classe contre toutes les idées erronnées, contre toutes les questions qui viennent du découragement, d’un mépris des masses ouvrières.

III. Ces règles, c’est pas pour faire rêver

— Surtout, ça ne doit faire croire à personne qu’à Renault, tout ça c’est acquis pour nous. Ces règles, on les a accouchées dans la douleur de la lutte de classe, en essayant d’aller de défaites en vic- toires et c’est toujours une lutte de classe permanente pour les appliquer.

— 2ème thèse réactionnaire à éliminer : à Renault, c’est bon parce que là-bas y’a ceci ou cela et les ouvriers sont ceci ou cela.
L’argument « chez nous c’est pas pareil, c’est plus dur », c’est un argument faux ; bien entendu, il faut adapter les règles qui viennent de l’expérience concrète de Billancourt.
Mais dans chaque usine le travail doit pouvoir avancer, partout on a des points faibles mais partout on peut trouver des points forts sur lesquels s’appuyer.
De toute façon, les arguments du genre de «ici on peut rien faire» ne recouvrent la plupart du temps qu’un profond manque de confiance dans les ouvriers.

— 3ème idée réactionnaire à dynamiter, c’est le mythe Renault. On a obtenu quelques victoires, mais on a toujours des faiblesses et on n’organise toujours pas les ouvriers sur l’ensemble de l’usine. On a progressé, mais on est loin d’avoir vaincu le syndicalisme et notre travail est encore très très loin d’être parfait du point de vue aussi bien idéologique que politique.

Les grandes étapes du travail a Renault

Mais, pour bien comprendre ces règles, il faut quand même avoir une petite idée de l’histoire de l’édification de la force autonome à Billancourt. Parce que la force dont on dispose maintenant, elle a évoluée, elle est passée par des tas de transformations, au fur et à mesure que l’on progressait et que l’on découvrait toutes ces règles.

En étudiant l’histoire de nos forces à Renault, on doit pouvoir comprendre une règle fondamentale du travail politique particulier en usine : IL NE FAUT PAS HESITER A CHANGER D’INSTRUMENT SI ON VEUT JOUER DE LA BONNE MUSIQUE. En clair, cela veut dire que l’instrument dont on dispose pour mener le travail sur une usine, avec son organisation, sa composition sociale, son éducation, peut avoir été adapté à une étape de la lutte et devenir un véritable boulet quand on a progressé.

Il faut donc savoir transformer nos forces subjectives, adapter leur organisation et leur éducation au fur et à mesure que l’on progresse.

Nous allons le voir à chaque grande étape du travail à Renault [nous nous contentons d’indiquer la caractéristique fondamentale de l’étape, le groupe dont on disposait, les grandes luttes que l’on a menées et la réforme que l’on a adoptée].

I. Le début

En octobre 69, on débarque. Les C.A. d’après-mai ont été détruits par les groupuscules, il n’existe plus rien d’autonome à Billancourt.

Nous disposons de deux intellectuels établis, puis de deux ouvriers qui s’embauchent.

Autour d’eux, localement, se constituent des petits groupes d’ateliers, surtout avec des jeunes qui font du travail de masse, très actifs sur la base des luttes d’ateliers. En rassemblant toutes ces forces, on arrive à mener notre première campagne centrale sur l’usine, la campagne sur les cinq morts d’Aubervilliers en janvier 70 qui développe nos contacts avec les travailleurs immigrés.

II. Le métro : la bande de jeunes ouvriers révoltés peut démarrer l’agitation systématique sur l’usine

En février 70, nous lançons nos quelques forces avec quelques étudiants pour aider dans la bataille du métro [voir en annexe].

Après que les flics aient fait les frais de deux raclées, le groupe s’étend largement.

D’abord au comité de lutte, composé par un établi qui avait quitté la G.P. et qui regroupait surtout des jeunes ouvriers gauchistes qui faisaient un travail « en marge » des syndicats dans les ateliers de l’Ile Seguin.

Pendant le métro, toute cette équipe est conquise par l’idée lutte directe-syndicat vendu.

Une véritable bande gauchiste de jeunes ouvriers surtout français se constitue sur l’usine, parallèlement nos liens avec les masses et l’écho de nos mots d’ordre se sont considérablement développés.

C’est ce qui nous permet de lancer une campagne d’agitation contre les chefs de toute l’Ile et de cogner le premier chef, Drouin.

C’est aussi ce qui nous permet d’avoir nos premiers affrontements violents avec la CGT, avec le soutien des masses soit dans les cantines, soit sur la liberté d’expression. Nous arrivons aux vacances avec une vaste bande de jeunes gauchistes-fout-la-merde sur toute l’usine.

III. La rentrée 70 : il nous faut des lutteurs d’ateliers, capables de prendre en main des luttes

A la rentrée, on voit bien que cette bande ne suffit pas pour répondre aux besoins des masses, que ce n’est plus adapté. Nos idées ont percé et pas mal commencent à lutter en dehors des syndicats.

Il faut développer la vie politique et pouvoir organiser des luttes.

Ce qu’il nous faut, c’est un groupe avec une vie politique sur l’usine et des cadres d’ateliers. Pour cela on fait un stage à la rentrée où on étudie les formes de lutte sur les cadences, sur les chefs, sur les salaires, etc.

Après une campagne contre les cadences et les salaires dans l’Ile Seguin qui développe le sabotage dans les masses, 5 copains sont vidés.

A l’occasion de leur rentrée dans l’usine, et des actions contre leur licenciement, on voit que beaucoup de gens s’intéressent à ce que l’on fait, sont plutôt d’accord mais que l’on ne représente encore que les petits noyaux de gauche dans les ateliers. Pour connaître son implantation dans les masses, une seule question à se poser, c’est : qui est prêt à nous défendre contre la répression et comment ?

Ce que l’on a vu c’est que l’on trouvait juste des idées pour riposter avec des actions, mais que l’on n’arrivait pas à y faire participer la large masse des ouvriers.

IV. De Robert à l’occupation, il faut s’attacher à conquérir la la large masse des ouvriers, plus seulement les petits noyaux de « casseurs »

Robert, ça a été la réponse à nos questions. Une enquête faite contre un chef dans les masses et par les masses, qui aboutit à la formation d’un groupe ouvrier capable de prendre en main l’organisation d’une action contre ce chef [voir en annexe].

On voit que l’on peut faire des actions militaires faisant participer tous les ouvriers d’un atelier. Ensuite, la grève du 22 janvier où nous avons un rôle actif et la grève-bidon ratée des syndicats, nous montrent que l’on doit s’efforcer d’organiser les ouvriers pour lutter ; on pense au comité de lutte, on cherche à trouver des méthodes d’organisation dans l’atelier, soit pour des actions de partisans comme la casse du bureau d’un chef au 38, soit organiser des grèves sans les syndicats.

V. L’occupation : l’assemblée générale des gauchistes de l’usine se trouve confrontée à des responsabilités nou- velles devant l’ensemble de l’usine

L’occupation vient tout balayer. Quand on voit la grève des O.S. du Mans, on voit que ça va barder et on se rend compte que notre esquisse de système d’organisation sur les ateliers ne va pas suffire, qu’il va falloir prendre de grandes décisions.

Alors on convoque une assemblée générale quotidienne de tous les gauchistes [anti-syndicaux] de l’usine et on sort des tracts signés Comité de lutte Renault.

Cette A.G. va durer toute l’occupation, surtout que les syndicats avaient quand même réussi à vider une grande partie des masses de l’usine. Alors, pour pouvoir prendre des initiatives, pour pouvoir tenir tête à la CGT, tous les gauchistes vont fonctionner en A.G., et petit à petit en grande bande.

VI. De l’occupation aux vacances, la bande de gauchistes politisée

Après l’occupation, l’A.G. gauchiste est cassée, et le travail d’atelier reprend, mais, avec les tentatives pour former une organisation de masse implantée sur l’usine, avec les habitudes prises pendant l’occupation et, du point de vue des Maos, la participation aux actions de milice à Citroën ou à des patrouilles anti-racistes, l’esprit de bande gauchiste politisée se développe.

Beaucoup d’acquis ont été obtenus ; le programme des comités de lutte, une plus grande liaison aux masses, une plus grande responsabilité devant les masses de l’ensemble de l’usine vu nos initiatives et la faillite du syndicalisme pendant l’occupation], la naissance de la milice ouvrière comme force et comme idée de masse à Renault, mais la bande gauchiste créait de mauvaises habitudes.

On se voyait entre éléments politisés, la mentalité casseur-milice se développait et on arrivait mal à intégrer à la vie politique tous les éléments des masses qui avaient été actifs, soit dans l’occupation, soit dans les luttes d’atelier, soit dans les actions de milice.

A la rentrée, il allait falloir encore une fois casser tout ça.

VII. La rentrée 71 : enraciner les maos dans les ateliers, créer l’union des Comités de lutte d’ateliers.

L’enjeu est important : nous sommes apparus aux yeux des larges masses, soit dans les ateliers, soit pendant l’occupation, soit avant, comme pouvant apporter une solution de rechange à la faillite du syndicalisme qui soit adaptée aux nouvelles conditions de la lutte en France. [Exemple : nous avons l’initiative de la lutte anti-raciste.]

A côté de ça, nous piétinons pour répondre à ce besoin, pour devenir crédibles ; ce qui voudrait dire créer une organisation de masse sur toute l’usine représentant bien le point de vue des ateliers ; pour ça, construire une organisation maoïste profondément implantée et enracinée dans les ateliers.

La campagne sur le licenciement de Christian Riss nous a permis une bonne rentrée, qui consistait d’une part à rassembler toutes les forces gauchistes issues de l’occupation dans une large action de milice pour faire rentrer Christian dans l’usine, et d’autre part à se servir de la dénonciation du terrorisme des flics et de la direction contre Christian pour démarrer une campagne générale contre le terrorisme de la direction [répression et cadences].

Maintenant nous en sommes au stade où des luttes d’ateliers contre les cadences et la répression se développent partout.

Nous devons y être présents sans arrêt, créer partout des comités de lutte ou des embryons de milice d’atelier.

Mais surtout, si nous voulons répondre à l’attente des ouvriers, aux questions qu’ils nous posent, il faut former des cadres maoïstes d’atelier, savoir métaboliser les éléments actifs des masses dans le parti, développer l’éducation politique générale. On pense que l’instrument indispensable pour créer l’union des C.D.L. à Renault, c’est d’avoir un embryon de parti dans l’usine, c’est ce qu’on va s’attacher à créer.

I. – ACTION DIRECTE ! SYNDICAT VENDU !

1) II faut soutenir toutes les actions directes des masses et les élever à un niveau supérieur.

Toute attitude consistant à mépriser ces actions sous prétexte qu’elles sont « arriérées » ou tactiquement inopportunes doit être bannie.

Exemple 1 : LE METRO.

L’idée de la forme de lutte à employer dans la campagne du métro de février-mars 70 n’est pas tombée du ciel.

Des petits groupes de travailleurs passaient déjà régulièrement sans payer à la sortie de l’équipe du soir. Un soir, en mai 69, des flics avaient essayé de piquer l’un de ces resquilleurs.

Il s’était accroché à la rampe en appelant au secours ! La masse des gars sur le quai avait commencé à gueuler et à avancer sur les flics qui s’étaient rapidement esquivés en lâchant le gars.

C’est en partant de cette expérience des masses qu’on a discuté dans les ateliers et qu’on a décidé la forme de lutte à employer contre la hausse des prix du métro : se grouper en masse à la sortie de l’usine pour passer sans payer, se préparer à chasser les flics éventuels.

Exemple 2 : L’IDEE PREMIERE DU GROUPE OUVRIER ANTI-FLIC.

Au Département 49, un travailleur avait foutu sur la gueule devant la porte de l’usine à un régleur particulièrement fayot et flic, et avait été sanctionné.

Comme il avait opéré seul, sans mobiliser son atelier, personne ne l’avait soutenu, mais tout le monde était d’accord que le régleur était un salaud.

Les copains n’ont pas dit : « C’est une con-nerie, il aura’it fallu faire ceci ou cela ! » Au contraire, ils ont fait un tract où ils disaient : « C’était bien, mais ça pourrait être encore mieux, en frappant plus fort, en s’organisant avec des copains pour le faire sans risque de sanctions, en mobilisant les travail leurs’dans l’atelier » et lançaient une campagne contre les régleurs fayots.

Ce tract, pour montrer son sérieux, a été diffusé clandestinement. Pour faire passer l’idée que n’importe quel groupe de copains pouvait s’organiser contre les chefs et régleurs flics, il était signé GOAF. C’est de ce petit rien qu’est née l’idée de la milice ouvrière à Renault.

Il faut donc toujours être attentif à toutes les actions que font les masses; c’est là que l’on doit puiser nos idées.

C’est dans les grèves sauvages que l’on peut comprendre comment se débrouiller sans les syndicats et que l’on voit ce que les gars pensent réellement.

Mais il faut même prêter attention aux actions individuelles de révolte. Elles reflètent le plus souvent l’état d’esprit général, par exemple les sabotages, mais surtout les actions de gars qui cassent tout seul la gueule à leur chef, à un gardien ou à un délégué.

C’est en appliquant cette règle dans notre travail que l’on peut inventer de nouvelles idées, de nouvelles formes de lutte et d’organisation qui servent la Révolution dans les conditions actuelles.

C’est cela qui permet de rejeter radicalement ce qui est dépassé ou entaché de révisionnisme.

Le premier noyau Mao à Billancourt s’est créé en juillet 69, en opposant l’idée « généraliser et élever à un niveau supérieur les sabotages individuels » à l’idée « le sabotage individuel est une forme de lutte arriérée. Il faut par notre travail politique, créer un nouveau syndicat révolutionnaire».

«Action directe»! et «Syndicat vendu»! c’est les deux idées des masses, à partir d’elles, on a fait la percée sur l’usine.

2) II ne suffit pas de dire : « Syndicat vendu », il faut y conformer tous nos actes. Pour cela, il faut répudier dans nos rangs toute idée, toute pratique syndicalistes.

« Syndicat vendu », au départ, ça ne regroupe pas tout le monde, mais ça veut dire une chose : on n’est pas d’accord avec les syndicats et on le montre clairement.

a] Il n’est pas question de militer à l’intérieur des syndicats.

— La protection offerte par le syndicat, même par un mandat de délégué est illusoire. La participation à des actions directes enlève toute protection légale ; ça n’a le soutien d’aucune confédération syn- dicale. La seule protection, c’est les masses.
Pour que les masses protègent les participants à des actions directes, il faut qu’elles sou- tiennent ces actions, aient le plus clairement distingué ces actions des actions légales syndicales, aient le plus clairement compris le caractère réactionnaire des syndicats. Participer à la fois au syndicat et à des actions directes, c’est semer te confusion dans les masses, c’est se priver de leur soutien.

— Militer en appartenant à un syndicat, en ayant un mandat de délégué peut donner pendant un certain temps l’illusion d§ bons résultats.
Mais quand il y a un mouvement de masse qui egt brisé par les syndicats, si l’on n’a pas constitué auparavant par des luttes autonomes une organisation autonome par rapport aux syndicats capables de proposer une issue aux masses, c’est foutu : les masses sont désarmées, n’ont qu’une issue : l’écoeurement.

b) II faut être clair par rapport aux élections syndicales.

Celles-ci sont la base de la tromperie électorale de tout le pays. Pas question d’appeler à voter tel syndicat au lieu de tel autre.

Machin au lieu de truc, même si tel syndicat ou Machin nous font les yeux doux. Avec cela, les abstentions et bulletins nuls augmentent d’année en année, l’idée élections = farce progresse régulièrement à Billancourt.

c) On n’hésite pas à dire crûment ce qu’on pense du syndicat et de ses chefs. Quand il trahit, on le dit et on propose autre chose.

Quand la police syndicale provoque, on se bat avec elle.

Si on se contentait de pleurer après le syndicat sans s’affronter avec lui quand il fait des crimes contre les masses, jamais les travailleurs ne nous prendraient au sérieux et il ne nous resterait plus qu’à rentrer bien sagement dans les syndicats comme le dernier des groupuscules trotskystes.

Armés de ce principe, les Maos de Renault ont toujours eu l’insulte à la bouche face aux pontes syndicaux à la grande joie des masses qui n’aiment pas les discussions politiques académiques.

Ils se sont plusieurs fois battus contre la police syndicale. Mais ce principe ne peut être considéré comme définitivement acquis.

Il faut pour le maintenir une lutte de classe constante. En particulier, durant la dernière occupation, les Maos et le Comité de lutte ont failli à deux occasions à leur devoir qui était d’entrer dans le lard de la police syndicale :

— au milieu de la première semaine d’occupation de mai 71, quand un cordon de flics syndicaux protégeait au département 53 la maîtrise et les jaunes qu’une centaine d’ouvriers voulaient vider ;

— le dernier jour de l’occupation, où la haine antisyndicale était à son comble et où il fallait impulser une expulsion « active » des flics syndicaux.

d) On n’hésite pas plus à attaquer les patrons du Comité d’Entreprise que les patrons de l’usine.

Il faut clairement montrer que le C.E., c’est des nouveaux patrons auxquels Dreyfus a donné le droit d’exploiter ses ouvriers en échange de leurs services pour briser les grèves.

On l’a fait en février 70 dans la campagne contre l’augmentation du prix des cantines du C.E. Une semaine après l’augmentation des prix du métro, c’était mal tomber pour les révisos. Les travailleurs mobilisés au métro ont vu alors clairement pourquoi la CGT essayait de briser la campagne du métro : c’était parce qu’elle se préparait à augmenter les cantines.

La campagne des cantines a donné lieu à plusieurs bagarres avec la police syndicale dans les cantines où les travailleurs protégeaient les militants qui diffusaient des tracts ou collaient des affiches antihausse appelant à ne pas payer.

Il y a eu aussi beaucoup de repas non payés. Mais la campagne a dû être abandonnée avant une victoire décisive : les travailleurs des différents ateliers sont dispersés dans les cantines et il était difficile d’organiser la campagne à partir des ateliers ; et surtout, à l’époque, les petits noyaux de contestataires n’étaient pas capables de proposer aux larges masses une forme d’action susceptible de les mobiliser.

Le principal résultat, c’est que la haine antiréviso s’est considérablement renforcée.

e) Face aux manoeuvres syndicales, il peut être juste de sanc- tionner pour un temps la division des masses.

Cette question a donné lieu chez les Maos à d’intenses luttes de classe. En particulier, le lendemain du mouvement de masse du vendredi 22 janvier 1971, dans l’Ile, une idée est apparue chez les Maos à propos du tract à sortir le lundi : « II faut unir les casseurs et les non casseurs, les syndicalistes et les non syndicalistes.

Il ne faut pas parler de la casse qui a été faite vendredi, ni du travail de sape des délégués surtout qu’il a été minable. »

Cette idée a été combattue, mais pas entièrement : le tract du lundi glorifiait la casse, mais n’armait pas assez contre le sabotage syndical, se contentait de dire que le mouvement avait eu lieu en dehors des syndicats sans montrer comment les syndicats avaient été paralysés.

Le lundi, toute la propagande de la CGT consistait à dire que le vendredi, il n’y avait pas eu de casse pour faire croire aux travailleurs en dehors de l’Ile que c’était un mouvement encadré par les syndicats, qu’il n’y avait rien de nouveau, rien d’enthousiasmant. En même temps, les délégués CGT étaient tous à pied d’oeuvre pour noyer de leurs pancartes toute manifestation autonome des ouvriers, afin de faire croire que c’était un défilé syndical et d’écoeurer les travailleurs.

Avoir peur de diviser, c’était préférer courir le risque de briser le mouvement de masse. Deux jours après la CGT, pour noyer le mouvement du 22 janvier, lance une grève-bidon de 4 heures, avec en plus des mots d’ordre bidons classiques le mot d’ordre de « réintégration des 2 licenciés » (Maos) pour essayer d’attirer les travailleurs.

Une idée apparaît ohez les Maos : « il faut appeler comme la CFDT à faire la grève et à déborder les 4 heures. »

Cette idée reposait sur l’habilqté tactique du mot d’ordre de réintégration des licenciés et sur l’existence de l’idée «déborder les 4 heures » chez une partie des masses, principalement dans les ateliers en dehors de l’Ile.

Nous avons combattu cette idée et nous nous sommes alignés sur l’idée des masses de l’Ile : « on ne veut pas de votre grève pourrie », en proposant un programme de lutte guérilla parlant de l’expérience du 22 janvier. Résultat : personne n’a débrayé dans l’Ile et ceux qui ont débrayé ont été tellement écoeurés qu’ils se sont trouvés après plus unis qu’avant avec les Maos.

Nous avons « divisé » pour mieux unir les travailleurs et isoler les pontes syndicaux.

f) II faut répudier dans nos rangs toute idée, toute pratique syndicalistes.

Il faut en particulier avoir en tête :

— de ne jamais jouer au délégué Mao, d’appliquer systémati- quement le mot d’ordre « nous sommes tous des délégués » ;

— de développer toujours dans les actions que l’on impulse l’idée de prise de pouvoir, partielle, momentanée des travail- leurs, de montrer que toute amélioration partielle, momentanée du sort des travailleurs naît de la force, du pouvoir partiel, momentané des travailleurs.

Là aussi, rien ne peut être considéré comme acquis. Plus s’élargit notre influence de masse, plus il faut prêter attention aux idées syndicalistes qui peuvent se développer dans nos rangs.

Juste après le 22 janvier 71, face à un bond dans notre influencé de masse, est réapparue chez nous l’idée de faire un nouveau syndicat qu’on pouvait croire définitivement enterrée.

3) A Renault-Billancourt, sans lutte violente partant des idées des masses contre les flics, chefs flics, mouchards, police syndicale, il n’y aurait pas de place pour la force autonome.

L’accumulation pacifique des forces en attendant le grand coup, c’est du crétinisme.

C’est simple : comment fait-on la percée sur une usine ?
Ce n’est pas à cause de ses bonnes idées, de ses beaux tracts ou de sa bonne mine ; c’est parce qu’on montre l’exemple dans l’action direte.

En plus, on n’organise pas d’un seul coup toutes les masses de l’usine.

Au départ, on ne recrute que les gars les plus durs, ceux qui en ont marre du baratin et veulent se battre, et on les recrute en se battant. La force autonome à Billancourt, on peut dire qu’elle s’est organisée la première fois au métro en tapant sur les flics.

C’est à partir de là que se sont faits les groupes de sortie d’atelier pour aller ensemble au métro. Ces groupes de sortie, c’est l’embryon de l’organisation des gars les plus actifs dans les ateliers.

C’est à partir de là que les gars actifs dans la campagne du métro ont commencé à s’unir sur une base claire.

Chaque fois que nous nous sommes battus, nous avons progressé. Chaque fois que nous avons hésité à nous battre quand il le fallait, nous avons stagné ou régressé.

Il faut toujours avoir cela en tête.

L’expérience de l’occupation nous montre que c’est facile à oublier : nous n’avons pas mené de guérilla contre la maîtrise qui restait dans l’usine sous protection de la CGT, nous ne sommes pas rentrés dans le lard de la police syndicale à des moments où il le fallait.

C’est cela tout le négatif de notre travail durant l’occupation. La lutte de classe dans les stages des Maos après l’occupation a permis d’en faire le bilan et de faire un bond dans l’édification de la milice.

C’est dans la lutte que l’on avance, et dans la lutte on peut avoir des pertes. Mais une lutte qui a fait passer des idées dans les masses, c’est plus important que 2 ou 3 militants qui se planquent pour ne pas se faire virer et qui attendent d’avoir recruté la moitié de l’usine pour déclencher une lutte.

Des idées passées dans les masses, c’est un capital plus important pour la Révolution que 3 militants clandestins qui diffusent 6 journaux sous leur manteau.

Dans une lutte, qui part des idées des masses, même si on a des pertes, des idées seront passées et on pourra reconstruire si on travaille avec un plan.

C’est pourquoi, il ne faut pas avoir sans arrêt l’idée : « il faut conserver nos forces ».

Cela reviendrait à tenter une accumulation pacifique des forces qui ne serait qu’un pas vers le révisionnisme.

4) II faut bien distinguer les amis et les ennemis, il faut unir le plus possible pour attaquer la cible la plus restreinte possible.

La question des syndiqués est importante : il faut riposter énergiquement à la police syndicale, mais traiter fraternellement les autres syndiqués.

Deux idées doivent toujours être liées dans notre travail :

— l’affrontement avec nos ennemis,
— l’unité la plus large.

Il faut bien savoir que chaque action violente déclenche la lutte de classe parmi les ouvriers. Certains sont d’accord, d’autres ne le sont pas, et c’est l’affrontement de ces deux idées qui fait progresser la mobilisation des masses. Seulement il faut penser à unir le plus largement possible. Par exemple, c’est pour ça qu’il faut que la milice parte bien des idées des larges masses quand elle choisit une cible. Même quand on frappe un chef, il faut bien expliquer, comme on l’a fait pour Robert, que les chefs sont payés pour faire les flics, mais que l’on ne frappe que ceux qui font leur boulot avec zèle, que ceux qui essayent de n’emmerder personne n’ont rien à craindre.

Comme ça, les ouvriers qui pensent : « les chefs y’en a des bons et des mauvais, le mien est sympa » ne seront pas contre nous. Et même, les petits chefs qui n’étaient pas fascistes, ne le deviendront pas pour sauver leur gueule

La question des syndiqués est importante. Il faut riposter énergiquement à la police syndicale, mais traiter fraternellement les autres syndiqués.

Si on veut lutter efficacement contre les idées syndicalistes, il faut partir des idées des ouvriers.

La première, c’est quand le syndicat trahit une lutte ou empêche de diffuser un tract traduisant les idées des masses, il se montre clairement comme un ennemi des masses, il faut alors lui rentrer, dedans et violemment.

Quand la police syndicale se manifeste, il ne faut pas avoir peur et il faut la traiter comme on traite les flics, c’est ça que les ouvriers attendent. Mais une autre idée des ouvriers c’est : « on est tous des ouvriers, il faudrait s’unir. » Ça aussi c’est juste. Si on a une attitude ferme face à la police syndicale, il ne faut pas avoir peur de discuter avec les syndicalistes démocrates, de respecter la démocratie dans la lutte. Une attitude fraternelle avec les gars qui ne sont pas d’accord avec nous, liée avec l’opposition violente contre les ennemis des masses, voilà l’attitude que les ouvriers attendent de nous. C’est dans les ateliers, en partant des idées des ouvriers que l’on peut voir quels sont les syndicalistes flics et les syndicalistes proches des masses.

En plus, si les syndicats se font des ennemis, c’est souvent parce qu’ils ne respectent pas la démocratie, que ce soit à la porte de l’usine ou dans les ateliers ; il n’est pas question de les remplacer.

Nous devons être les meilleurs démocrates.

A Renault, nous avons toujours essayé de combiner ces deux attitudes, à chaque fois que les syndicalistes nous ont provoqué, par exemple au moment de la dissolution de la G.P. après le 27 mai où ils faisaient le travail des flics en nous empêchant de diffuser à la porte, nous leur avons foutu sur la gueule.

A côté de ça, nous avons toujours fait attention à ne pas avoir une attitude sectaire et nous avons pas mal d’amis chez les syndicalistes, même ceux qui ne sont pas d’accord avec nous.

C’est cela qui a permis par exemple qu’au moment où se préparait l’occupation de mai 71 et pendant l’occupation, les Maos ont pu s’unir à de nombreux, syndicalistes honnêtes pour des initiatives décisives : les manifestations pour imposer l’occupation préparatoire du département 38, etc., et pour imposer la démocratie dans l’usine occupée malgré les fîics CGT.

Par contre, à la fin de l’occupation, alors que les syndicats venaient en sabotant la riposte au lock-out, de faire perdre du fric à tous les ouvriers et qu’ils apparaissaient comme de vrais flics, en jouant les nouveaux patrons de l’usine, bien que nous en ayons les forces, nous ne les avons pas affrontés violemment devant les masses ; alors que, si par exemple à la fin de l’occupation, on avait gueulé dans un meeting : « CGT pourrie », il y aurait eu bagarre et c’est ce que la plupart des gars attendaient.

Beaucoup n’ont pas compris que le Comité de lutte qui s’était manifesté comme une nouvelle force opposée aux trahisons des syndicats, se soit dégonflé et ait critiqué seulement, au lieu de se battre.

Il faut remarquer qu’à Renault-Billancourt, quand nous parlons de syndicalistes honnêtes, cela ne veut jamais dire, à quelques exceptions près, délégués honnêtes.

Cela tient aux conditions particulières de l’usine : collaboration patrons-syndicats systématique depuis des dizaines d’années, comité d’entreprise brassant près de deux milliards d’anciens francs par an font que l’aspect nouveau patron, flic du patron des délégués est très accentué.

II. – ZONE-USINE-ATELIERS : TRAVAIL DE MASSE PROLONGE

5) Il faut mener le travail politique sur la base d’une zone et pas seulement de l’usine. Le contenu du travail politique doit être large (l’usine, les autres usines, les luttes des autres couches sociales contestatriçes, les luttes démocratiques générales, les luttes du peuple du monde, etc.).

Il faut répudier tout ouvriérisme étroit.

a) Les campagnes populaires, c’est important pour faire la percée sur une usine.

Exemple : le métro à Billancourt.

En février 70, une campagne populaire avait débutée contre l’augmentation des transports, elle était conçue comme une campagne d’agitation et de résistance contre la hausse, elle devait se dérouler surtout dans les endroits où il y avait de grosses concentrations de voyageurs, et viser la consolidation de bases d’appui d’usines.

A Renault, on avait vu que la hausse du métro révoltait beaucoup les gars et que tout le monde en causait dans les ateliers.

L’idée c’était : « faudrait passer gratuit à Billancourt. »

Alors nous, on s’est dit : « On n’a pas beaucoup de forces sur l’usine, mais on peut regrouper 50 gars, des jeunes et des immigrés (sur 30000 c’est pas beaucoup), on va partir en manif de la porte de l’usine, avec à peu près que des gars de l’intérieur, même si on n’est pas beaucoup ça va développer au maximum l’initiative des masses, et on va faire un gros coup de propagande pour l’action directe, en entraînant les gars à passer sans payer et en cognant les flics qui se pointeraient si l’on est en force. »

Le résultat a dépassé nos prévisions, les gars nous ont forcé à continuer : on a vidé les premiers flics qui ont voulu nous emmerder avec nos solides drapeaux rouges ; les seconds se sont faits ratatiner par les travailleurs eux-mêmes que la première bataille avait encouragés à s’armer dans les ateliers avec ce qu’ils trouvaient et, vu la puissance de la mobilisation et qu’ils ne voulaient pas d’une bagarre générale à la porte de Renault, ils nous ont laissé faire pendant deux mois et demi.

Pendant deux mois on a pu imposer le « pouvoir » des ouvriers contre la vie chère.

Ce qu’on a vu, c’est que l’usine, est le point fort quand on veut lutter contre la vie chère, et que les campagnes populaires ça mobilise les gars, ça peut permettre de faire la percée sur une usine.

Pour les ouvriers de Renault, les Maos, ça a commencé au métro Billancourt.

A chaque campagne populaire (emprisonnés politiques, vie chère, etc.), il faut mener à fond le travail politique sur les usines, soit pour organiser des gars qui font des actions ou de la propagande à l’extérieur pour la campagne et qui le répercutent ensuite sur l’usine, soit comme pour le métro, obtenir des victoires, libérer un coin, sur la base d’une mobilisation de masse,

b) L’usine est la base d’appui la plus importante des campagnes populaires.

Le métro Billancourt a été la base d’appui de toute la campagne du printemps 70 contre l’augmentation des prix des transports parisiens.

C’est à partir de là qu’on a pu faire la même chose à Citroën, qu’on a pu faire le coup de la NRP des tickets Volés et distribués un peu partout.

Prenons un autre exemple : la campagne anti-raciste.

Dès après l’action de la milice multinationale de Renault-Billancourt à Citroën, les travailleurs immigrés se sont adressés aux militants dans les ateliers, pour leur parler de telle ou telle agression raciste qui avait eu lieu dans leur quartier et à chaque fois, on a pu, comme c’était un gars de l’usine qui en parlait, regrouper largement des ouvriers pour aller enquêter dans ces endroits et essayer d’y préparer des actions contre les racistes.

Pour une campagne contre le prix des choux-fleurs, si elle a de l’écho dans les masses, il semble probable que c’est dans les usines que les gars viendront facilement signaler aux militants : « dans mon quartier, il y a un trafiquant de choux-fleurs » et que l’on pourra organiser des groupes très larges d’intervention.

c) II faut penser à l’aide inter-usines.

Exemple : l’action de la milice multinationale Renault à Citroën-Balard en juillet 71.

Après que trois ouvriers français et immigrés de Renault ont été attaqués par le syndicat indépendant de Citroën, les ouvriers de Renault ont constitué une milice, pour aller diffuser un tract à Citroën sur les conditions de travail, la paye et les indépendants, et sont rentrés dans l’usine pour casser la gueule aux indépendants.

Cette action a eu un écho considérable à Renault-Billancourt comme à Citroën-Balard – Javel et a généralisé l’idée de l’aide mutuelle entre les deux usines.

Plus généralement, elle a eu un grand écho dans les usines fascistes : Simca-Poissy, Citroën-Metz (les indépendants de Paris y étaient réputés batailleurs fascistes d’élite et venaient de temps en temps), Citroën-Clichy (les indépendants, accompagnés de la CGT qui voulait montrer qu’elle n’était pour rien dans le coup de Balard, s’y étaient barricadés dès le soir de l’action, à la grande joie des travailleurs. Ils avaient mobilisés les fenwicks pour coincer les portes avec des bennes.

Le lendemain, les fenwicks étaient sabotés au sucre par un groupe d’ouvriers. Le jour de la sortie pour les vacances, les travailleurs forçaient la porte pour partir avant l’heure), etc.

— Dans une zone, il faut lier les usines entre elles, et autour de la principale base d’appui populariser dans chaque usine les luttes qui se passent dans les autres, penser au soutien mutuel en cas de lutte et surtout penser aux milices inter-usines qui sont une condi tion de la sécurité de certaines actions.

d) Pour percer sur une usine, il faut trouver les travailleurs où ils sont en masse (porte, cafés, foyers, cités, etc.), faire parmi eux du travail de masse et pas attendre des miracles d’un ou deux contacts intérieurs.

Au début du travail à Renault, tout en travaillant le plus près des masses possibles dans les un ou deux ateliers où on était, on a tra- vaillé sur tous les cafés autour de Renault qui pouvaient nous servir à toucher les travailleurs en masse et à démarrer des campagnes. d’atelier ou de masse sur l’usine.

Par exemple, on a tout de suite travaillé sur les cafés du Bas-Meudon, où l’on touchait des travailleurs de l’Ile-Seguin qui allaient manger. Tout de suite, on a pu mener avec certains des campagnes d’ateliers, qui faisaient une petite percée, et on s’est appuyé sur ces cafés pour la première campagne populaire que l’on a menée dans l’usine : la campagne contre les cinq morts du foyer d’Aubervilliers.

e) Les travailleurs se révolutionnarisent en luttant dans l’usine et en dehors de l’usine.

La révolution idéologique, c’est, implanter l’idée « il nous faut le pouvoir, et pour cela il nous faut unir le peuple et faire une lutte armée prolongée ».

La question du pouvoir, de l’union du peuple, de la guerre, ça ne peut pas se poser seulement à partir de l’usine.

La révolutionnarisation des travailleurs se fait donc dans les luttes à l’intérieur et en dehors de l’usine.

De plus, pour les militants, c’est souvent dans le travail politique en dehors de l’usine qu’ils commencent à se former, voient l’importance de la CDP, apprennent à faire de la propagande, des explications politiques.

f) Les travailleurs ont un besoin considérable de vie politique.

Il faut liquider dans nos rangs toute conception du genre « les masses ne s’intéressent qu’à ceci ou cela ».

Il faut développer la vie politique la plus riche possible, dans les ateliers, à la porte, dans les cafés, foyers, etc., sur tous les problèmes qui intéressent le prolétariat.

L’instrument essentiel pour cela, c’est « La Cause du Peuple». Pour savoir si un militant mène une riche vie politique autour de lui, il n’y a qu’à lui demander le nombre de CDP qu’il diffuse.

Mais la CDP, c’est encore insuffisant par rapport aux besoins des masses, il faut aussi tracts, meetings, réunions sur tel ou tel sujet, etc.

6) II vaut mieux faire de petites choses en partant des endroits (petits) où on est lié aux masses que balancer de grandes analyses d’ensemble et des « y’a qu’à ».

Exemple : le début du travail à Renault en septembre 69.

Au début du travail à Renault, on avait deux solutions : soit réfléchir dans notre tête et dans les livres et pondre de grandes analyses sur l’usine disant « Faudrait faire ci ou ça » et « les syndicats ne font rien », soit s’appuyer sur les endroits où l’on pouvait avoir une intervention réelle dans les masses.

C’étaient deux ateliers, et de loin pas les plus importants et les plus stratégiques ; on s’est appuyé sur ces deux ateliers, pour se lier aux masses et constituer au moins un petit groupe qui pouvait agir, pour trouver des méthodes de travail dans les masses, pour savoir ce qui les intéressait réellement, et on n’a fait la première campagne centrale sur l’usine que quand on a été capables de saisir les idées des masses à Renault sur un problème.

Dès le départ, on est apparu aux masses comme l’embryon d’une force nouvelle, et non comme un groupuscule de plus.

C’était d’autant plus important que la portevde l’usine était pourrie de groupuscules.

Mobiliser les masses, les associer, transformer la situation dans un petit coin, c’est plus utile pour l’avenir qu’un grand tract à 10000 exemplaires plein d’analyses sur lequel les gars disent «Ouais, vous avez raison les petits, vous êtes jeunes, ce serait bien, mais les syndicats ceci ou cela. »

De toute façon, il faut partir des besoins des masses, et là où on les comprend, c’est pas dans notre tête (ça ne peut être vrai que pour de vieux cadres ouvriers, qui luttent depuis vingt ans ; eux, ils peuvent avoir une compréhension presque instinctive des besoins des masses, pas le premier venu qui a discuté vingt minutes avec trois gars à la porte d’une usine), c’est dans le travail de masse sérieux et minutieux dans l’atelier.

7} il faut aller partout où il y a mouvement de masse. Il y a toujours quelque chose à faire.

— Quand il y a un mouvement de masse, il ne faut pas partir de nos idées toutes faites (« là, c’est la CGT qui dirige », etc.), mais aller enquêter, s’appuyer sur les idées justes des masses et sur les points forts que l’on peut avoir pour intervenir dans le mouvement.

Si les masses luttent, les maos peuvent intervenir et transformer la situation.

— A Renault, les syndicats ont deux politiques :

– soit ils lancent des grèves générales bidons,

– soit ils sabotent les grèves dans les coins où ils sont forts. Alors, quand il y a un mouvement qui semble dirigé par les syndicats, il faut toujours voir :

1. Si c’est un truc bidon dont tout le monde se fout (grève de quatre heures, journée d’action, etc.) et qui ne sert qu’à démobiliser et à réprimer les masses. Dans ce cas-là, on attaque de front, on appelle à ne pas débrayer et on propose autre chose, et la mobili- sation des gars qui disent « ça ne sert à rien » nous permet de faire passer des idées de luttes et même un programme de lutte.

2. Si c’est un truc pour coller à une idée de lutte de masse et la saboter, ou bien pour redorer leur blason.

Exemple : Les forges

Aux forges à Renault, c’est ce qu’on appelle un fief CGT, mais ça va déménager petit à petit, alors les mecs qui ont obtenu des avantages à cause des conditions de travail et de luttes assez corporatives mais dures étaient en colère. La CGT a appelé à des débrayages, à une manif bidon, etc.

On aurait pu se dire : c’est la CGT, là-bas les gars sont plutôt corporatistes, on n’a rien à foutre d’eux ; mais on a vu que ça partait d’une volonté de lutte, alors on y a été, on s’est appuyé sur nos points forts, nos tracts ont été bien pris et la CGT commençait à fermer sa gueule (après il y a eu l’occupation).

— Nasser

Après la mort de Nasser, on a vu que les travailleurs arabes voulaient faire quelque chose. On aurait pu se dire : Nasser, c’était un néo-colonialiste vendu aux Russes et aux Américains ; mais on a bien vu que, pour les travailleurs arabes, ils voyaient surtout ses côtés positifs : indépendance nationale, unité arabe, etc.

Alors pour eux, débrayer pour sa mort, c’était s’unir et renforcer leurs idées de lutte.

Le jour de l’enterrement, on a fait un tract montrant ce qu’avait été Nasser, en s’appuyant bien sur les idées des masses.

Les travailleurs arabes ont débrayé en masse et ont manifesté dans l’usine. Mais on n’avait pas assez bien compris qu’il fallait coller au mouvement de masse, et on n’avait pas appelé à débrayer dans !e tract ; on aurait dû donner un mot d’ordre ce jour-là. — Partout, dans chaque mouvement de masse, on a des points forts sur lesquels s’appuyer.

Exempte : les forges

Aux forges, bien que c’était un coin où la CGT semblait diriger, on avait des points forts : c’étaient des anciens du PC qui voulaient travailler avec nous, les anciens des forges qui avaient déjà déménagé dans l’Ile et qui pouvaient parler de leurs nouvelles conditions de travail, plus l’idée de la séquestration pour avoir des comptes comme cela s’était fait à Faulquemont. C’est en s’appuyant sur ces points forts que l’on a pu intervenir.

Quand dans un coin un mouvement a l’air apparemment dirigé par le syndicat, il faut chercher nos points forts :

— soit des contacts par tels cafés,
— soit des jeunes qu’on connaît,
— soit une expérience semblable que l’on peut répandre,
— soit une idée de lutte des masses que le syndicat passe sous silence et que l’on peut lancer et développer (séquestration, milice, etc.),
— soit des interventions du SR, du mouvement de la jeunesse ou du Comité Palestine,
— soit la solidarité de la population ou d’une autre usine,
— soit une cité où il y a des gars de la boîte et où on peut faire un travail.

Si on cherche bien dans tous ces exemples, il est impossible de ne pas trouver quelque chose sur quoi s’appuyer pour intervenir dans un mouvement de masse et aider à son développement.

Il ne peut donc n’y avoir que de fausses raisons au refus d’aller dans un endroit où il y a mouvement de masse.

Il faut mener la lutte idéologique contre ces fausses raisons. L’intervention aux forges, par exemple, n’a eu lieu qu’après plus d’une semaine d’hésitations et plusieurs réunions.

8) II faut mener la guérilla dans les ateliers contre la dictature patronale et syndicale, en imposant la parole aux ouvriers.

L’atelier, c’est la base de l’union des ouvriers pour faire la guerre au patron.

Il y a trois moyens :

— Action directe : ça veut dire mettre en pratique sans arrêt toutes les idées de lutte des masses, toutes les idées de « ce qu’on veut, on le prend », soit les « petits sabotages », la « coule » sauvage, se servir sans payer dans les appareils à gâteaux et surtout emmerder les chefs, etc. Tout ce qui brise la légalité du patron est bon, il faut le développer. Il faut développer un climat permanent d’illégalisme dans l’atelier en s’appuyant sur les idées des masses.

— Démocratie et vie politique: ça veut dire faire s’exprimer les gars, que tous donnent leur avis. Par exemple : les chansons sur les mouchards, les gueulantes, mais aussi les inscriptions au marker, les affiches contestataires, les tracts rédigés dans l’atelier. Il faut aussi mener la vie politique permanente, créer un climat favorable à la vie politique ; discuter des nouvelles, utiliser à fond les bro- chures, brochures chinoises, CDP, etc., faire des affichettes ou des affiches, etc.

Par exemple, l’atelier d’où est parti la grève du 22 janvier 1971 est l’atelier où un camarade avait su le plus avoir le style de travail démocratique, discutant avec tout le monde, unissant les gars, il vendait 60 « Cause du Peuple » et les gars commençaient à causer politique sans arrêt.

La mentalité contestation-démocratie-bordel-petites actions-discussions politiques, c’est la bonne mentalité pour un atelier, rien à voir avec l’ouvriérisme, les vignettes de la fête de l’Humanité, l’apolitisme, les grèves routinières et les palabres avec les chefs qui sont la mentalité que voudraient imposer les révises.

Un bon exemple : ça a été le bordel contestataire qui a été mis pour le 14 juillet 70 : la Régie n’avait pas donné le pont ; alors les copains ont passé la journée en s’appuyant sur les idées des gars qui ne voulaient pas travailler et voulaient rigoler.

Ça a été pétards dans les ateliers, chansons, coule, sabotage, casse pendant toute la journée. La seule chose, c’est toujours penser à l’aspect contestation de l’autorité là-dedans, et ne pas être à la remorque en devenant un simple « fout-la-merde ».

9) Toujours faire participer le plus possible les masses dans le travail politique.

Les petits héros qui font tout eux-mêmes ne servent à rien. Dès qu’on fait quelque chose, il faut y associer le plus de gars possibles, même si c’est pour des petits trucs.

— Dans les ateliers, toujours rédiger les tracts collectivement. Faire un projet de tract avec un petit groupe, faire discuter ce projet le plus largement en mobilisant en même temps pour la diffusion du tract définitif, faire distribuer les tracts par le plus de gars possible, même si ils n’en distribuent qu’un ou deux, c’est la bonne règle,(à appliquer souplement quand le temps presse). C’est l’application de cette règle simple qui est la racine de tous les succès à Billancourt.

— Faire des affichettes que tous les gars collent.

— Faire des petites actions de partisans (bombages dans l’ate- lier, emmerder le chef, etc.).

— Fixer comme règle que pour des assemblées générales de comité de lutte quand on en constitue un, chaque mao amène avec lui par exemple au moins trois activistes de son coin.

10) Faire tout le travail de masse possible. La fainéantise ne paye pas.

C’est la règle la plus simple: on doit utiliser tout le temps que l’on a en usine pour faire du travail dans les masses : à la cantine, à la pause, après le boulot, dans les cafés, etc.

En particulier, un truc important, c’est la question des équipes : le travail dans une équipe doit toujours être relié avec l’autre équipe qui est exactement dans les mêmes conditions, sinon les syndicats peuvent se servir d’une équipe contre l’autre pour briser une lutte d’atelier, et par exemple la direction peut changer d’équipe un militant pour le licencier ensuite avec plus de douceur.

Alors, dès que l’on commence le travail de masse dans un atelier, il faut toujours penser à l’autre équipe et rester après le boulot pour voir les gars, ou bien faire du travail sur les cafés ou les restaurants, si c’est possible à l’heure où les gars de l’autre équipe mangent.

On peut même, selon les conditions de la répression, faire des diffusions à la porte des cantines, avec des gars d’une équipe quand l’autre mange, etc.

11) Il faut partir des ateliers et retourner aux ateliers.

Là où l’on juge des résultats dans les masses d’une campagne, ce n’est pas avec de grandes « analyses de classe » de l’ensemble de l’usine qui sortent de notre tète, c’est dans le travail de masse d’atelier.

Pour toutes les campagnes, même les campagnes populaires qui concernent des luttes extérieures à l’usine, la base du travail est l’atelier.

Ces campagnes doivent s’appuyer sur les ateliers et servir en priorité le travail d’atelier.

Pour juger du résultat d’une campagne, ce n’est pas en faisant des diffusions à la porte et en discutant avec un ouvrier que l’on peut le faire, c’est en voyant les résultats que ça a donné dans les ateliers.

(Exemple : le METRO : groupes de sortie d’ateliers qui dirigent différentes luttes d’ateliers.)

C’est dans l’atelier que les masses contrôlent notre travail.

C’est tout aussi vrai pour la milice ouvrière. Les actions de milice, même extérieures à l’usine, doivent s’appuyer sur une mobilisation des masses dans les ateliers, être expliquées dans les ateliers et être consolidées dans les ateliers. C’est une règle que l’on doit toujours se fixer dans les actions de milice.

C’est ce qui a été fait à Renault après l’action sur Citroën, par exemple, ou après l’action du 9 mars contre les fascistes au Palais des Sports.

C’est dans l’atelier que l’on a lancé le mouvement d’élargissement de la milice.

12) Agir selon un plan.

Ça veut dire :
— savoir enchaîner les différentes campagnes,
— savoir organiser nos forces et leur intervention,
— savoir s’appuyer sur nos points forts,
— savoir tenir compté de toutes les contradictions.

Prenons plusieurs exemples qui illustrent ces quatre points.

a) L’encerclement de l’Ile Seguin : il faut avoir un plan stratégique.

Au début du travail à Renault, on avait juste des copains dans les ateliers extérieurs à l’Ile Seguin, alors que l’Ile Seguin, c’est là que bossent 80% des OS, c’est là que les conditions de travail sont les plus dures, c’est là que sont la majorité des immigrés et c’est là aussi que la CGT est le moins implantée ; bref, c’était le secteur stratégique. On a donc tout de suite travaillé avec l’idée : « il faut pénétrer dans l’Ile».

Ça veut dire que l’on a fait un plan, pour travailler sur les cafés du Bas-Meudon où mangeaient les travailleurs de l’Ile, pour aller dans les cafés immigrés autour de Renault où habitaient des travailleurs de l’Ile, et on a fixé comme tâche aux copains des ateliers : s’efforcer de trouver des contacts dans l’Ile, d’aller y faire de la ‘propagande, etc. Surtout, on s’est efforcé d’orienter nos campagnes en direction des travailleurs de l’Ile Seguin, même quand elles démarraient d’ateliers extérieurs à l’Ile, que ce soit en les associant directement comme pour la campagne du métro, ou par la propagande.

On n’a pas attaqué l’usine de front, sans principe, on a essayé de voir là où on pouvait avoir des points forts, là où le travail paierait vite.

Dès que l’on a eu des éléments d’enquête, on a réfléchi et on a vu comment il fallait partir de ces points forts pour s’implanter dans le point stratégique.

b) La campagne sur le chef-flic ROBERT : à partir des actions, faire des plans de propagande.

Robert, c’est le chef qui a eu l’honneur d’inaugurer l’efficacité des GOAF. mais en dehors de tout l’aspect enquête, milice et orga- nisation des masses que donne le GOAF, un aspect important à voir, c’est la façon dont la propagande a été faite, son plan.

Il nous fallait faire passer trois idées :
— Robert a été jugé par les ouvriers de son atelier.
— C’est eux qui ont dirigé l’action.
— Le GOAF, c’est l’organisation ouvrière, c’est valable pour tous les ateliers.

On a fait trois tracts :

— Le premier distribué, jeté sur le lieu de l’action (la place Byr-Hakeim, par où passent tous les travailleurs qui rentrent), a été distribué au cinquième étage de l’Ile, là où sévissait Robert, juste dix minutes après l’action. C’était un tract signé du GOAF du 5″ et donnant le jugement de Robert.

— Le deuxième était un tract des GOAF de Renault, popularisant l’action et donnant les premiers enseignements, il a été diffusé clan- destinement dans l’usine, par tous les gars susceptibles de faire partie des GOAF et qu’on avait systématiquement mobilisés.

— Le troisième a été diffusé à la porte, il donnait le programme des GOAF avec ce que c’est, qui ils frappent, ce qu’il préparent et était signé par les maos.

c) La grève-bidon d’avril 71 : savoir tenir compte de toutes les contradictions.

La CGT et la CFDT appelaient à une grève-bidon de deux heures avec manifestation pour la retraite à 60 ans et les 40 heures. Dans les départements d’OS, après la grève du 22 janvier, les gars voyaient ce qu’on pouvait faire de mieux et se refusaient à débrayer.

Alors on a fait un tract, expliquant en détail pourquoi cette grève était bidon, et ce qu’il fallait faire : grèves sauvages comme le 22 janvier avec blocage de la production, séquestration et GOAF.

Mais comme dans les départements, surtout de professionnels où l’on n’avait encore pas fait grand-chose, on savait que les gars débrayeraient sans illusion, on a appliqué la ligne de masse et on disait : « Nous on trouve ça bidon, mais s’il y en a qui ont encore des illusions et qui veulent y aller, ils verront eux-mêmes. » Résultat : tout le monde a apprécié le tract. Tous les gars y trouvaient leurs idées justes. A la grève, quasiment personne n’a débrayé, ni dans l’Ile, ni au 38 (le principal département d’OS en dehors de l’Ile), et ailleurs ça a été très faible, sauf chez les professionnels.

La CGT a alors fait un tract principalement en direction des professionnels, disant : « Dans l’Ile et au 38, les gars ne comprennent rien ; nos grèves c’est bien, ceux qui ne suivent pas, c’est qu’ils ne veulent pas lutter. » Ce qu’on a fait, c’est un tract signé «les maos du 38 et de l’Ile» qu’on a fait distribuer aux professionnels par des vieux ouvriers et des travailleurs immigrés du 38 et de l’Ile, expliquant ce qu’ils faisaient à la place des grèves- bidon.

En réfléchissant un peu, en enquêtant dans les masses, en appliquant un plan tenant compte de la réalité des différents ateliers, au lieu de dire: « On appelle à pas débrayer ou on débraye et on fout la merde » (vieux dilemme devant les grèves syndicales), on a réussi à saboter leur grève et à obtenir une victoire politique et idéologique sur toute la ligne.

d) Savoir lier les campagnes d’atelier aux campagnes générales.

En gros, il y a une règle à retenir, il faut tirer de chaque lutte d’atelier le truc nouveau, l’idée nouvelle, la nouvelle forme de lutte expérimentée par les masses et qui peut servir à tous les gars de l’usine dans leur lutte, et l’expliquer partout.

Il ne faut pas raconter les luttes d’atelier, il faut aider toute l’usine à en tirer les enseignements.

e) Savoir enchaîner les différentes campagnes.

Exemple négatif : la fin de la campagne du métro.

Fin mars 70, après deux mois de passage massif sans payer, les flics en civil se repointent en nombre au métro et font la chasse aux meneurs sur le chemin de leur repli.

On voit bien alors que le passage sans payer ne va pas durer longtemps encore, que les flics se préparent à mettre le paquet.

Mais pour arrêter la campagne, il nous fallait deux choses : que les masses et pas seulement les maos soient conscients de la nécessité d’arrêter, que l’on soit capable de proposer aux masses d’autres luttes à mener pour que l’arrêt de la campagne du métro ne soit pas une défaite qui démoralise, mais un contournement d’obstacles.

C’est pourquoi, malgré les camarades qui tombaient dans les pattes des flics, on a continué, tout en expliquant à la sono, dans des tracts, qu’il fallait maintenant porter la lutte à l’intérieur des ateliers, jusqu’à ce qu’un millier de flics occupe le métro Billancourt et ne s’en prennent pas seulement aux maos, mais aux masses.

C’était bien de continuer jusqu’à ce moment-là, mais il ne suffisait pas de dire : « II faut porter la lutte à l’intérieur des ateliers », il fallait proposer quelque chose, il fallait un plan de changement de campagne, ce qu’on a été incapable de faire.

Résultat : quinze jours de calomnies révises prenant le relais des flics auxquelles on n’a pu opposer que des mots.

Exemple positif : le passage de la campagne de sabotage dans l’Ile à la campagne contre le terrorisme de la direction.

En septembre 70, partant de la mobilisation des masses contre les salaires et les augmentations de cadences, nous avons lancé dans l’Ile Seguin une campagne de sabotage qui a été largement suivie.

Contre cela, la direction a accentué son terrorisme : sanctions, licenciements, multiplication des blouses blanches sur les chaînes, création d’une volante en civil. C’est le développement de ce terrorisme qui bloquait la généralisation et le développement du mouvement de sabotage et son passage à des mouvements de masse plus larges. Il fallait passer de la campagne de sabotage à une campagne contre le terrorisme de la direction. C’est ce qu’on a fait systématiquement.

On est d’abord parti du licenciement de deux maos fin octobre pour faire une campagne de masse contre la volante en civil, les gardiens-flics et la répression en général, avec les mots d’ordre : « Renault ne sera pas Citroën », « Créons partout des GOAF ». Puis on a fait l’action de Robert.

13) Mener un travail de masse prolongé et pas du papillonnage.

Rien de plus rebutant pour les travailleurs que le mao qui ne vient causer avec eux que « lorsqu’il a besoin d’eux », que ce soit dans les ateliers, les cafés, les foyers, à la porte, etc.

Une des raisons des succès sur Billancourt, c’est qu’à partir de septembre 69 où le travail de masse a réellement commencé, il a été continué partout, sauf interruptions locales dues à des licenciements, à l’intérieur de l’usine.

III. – OSER AFFRONTER LES DIFFICULTÉS !

14) « II faut bannir de nos rangs toute idéologie de faiblesse et d’impuissance, tout point de vue qui surestime la force de l’ennemi et sous-estime la volonté de lutte des masses. » (Mao)

Si l’on se bat en partant des idées des masses, on a raison, et aucun ennemi ne pourra nous emmerder.

C’est quand on est coupé des masses que l’on a des défaites graves.

Il est évident que si l’on avait eu au départ les idées : «A Renault, la CGT est très forte, les ouvriers sont syndicalistes », on ne serait arrivé à rien.

15) Quand on lutte on a aussi des défaites. La clef des succès, c’est l’attitude combative face aux défaites.

Il y a deux moyens d’avoir cette attitude combative :

1. Toujours partir des idées de lutte des masses. On est sous dictature de la bourgeoisie, les masses sont divisées, elles ont des idées de lutte et des idées de résignation.

Si parce que l’on a subi une défaite on ne voit plus que les idées défaitistes, on ne s’en sortira pas.

Il faut repartir des idées de lutte des masses, tirer les leçons de la, défaite et repartir dans la lutte.

2. Agir selon un plan. L’ennemi est encore le plus fort, ce n’est pas une campagne qui va tout changer, ce n’est pas un gros coup miraculeux, une grève miracle ou une action géniale qui va tout changer.

Certaines campagnes peuvent se terminer par une défaite apparente.

Ce qui est important, ce sont les idées de lutte violente, d’unité, etc., qu’elles auront fait passer dans les masses. Ça veut dire que l’on doit savoir faire des tournants, passer d’une campagne à une autre campagne [voir règle 12]. Ces deux moyens, il faut les mettre en oeuvre pour faire une bonne utilisation de nos défaites.

C’est ce que l’on a fait en particulier après la campagne du métro. Comme nous n’avions pas su passer immédiatement de la campagne du métro à une autre campagne, il y avait dans les masses démoralisation et baisse de confiance dans les maos.

Il y avait aussi un objectif que les travailleurs nous désignaient dans la plupart des ateliers : les chefs.

Ce qu’il nous fallait faire, c’était briser la démoralisation et engager une campagne sur les chefs. Pour cela, nous nous sommes servis, selon un plan, du licenciement des maos.

Ils sont rentrés dans l’usine avec un tract antichef et avec comme objectif de mobiliser les masses contre la maîtrise de l’Ile.

Cela a pleinement réussi et a été le feu vert de la campagne sur les chefs qui a pu faire un nouveau bond avec le pot de peinture jeté par un commando à l’intérieur de l’usine sur Drouin, un des chefs les plus haïs de l’Ile. Cette attitude combative face aux défaites n’existe pas d’emblée. Il faut prendre en main la lutte de classe sur cette question.

Par exemple, la rentrée dans l’usine des maos licenciés dont nous venons de parler a été le résultat d’une, âpre lutte de classe.

16) Etre attaqué par l’ennemi est une bonne chose, il faut savoir riposter aux campagnes de calomnies.

En général, quand on remporte une victoire, les ennemis – que ce soit le patron ou les syndicats – contre-attaquent.

Ils essaient de nous encercler (c’est-à-dire de nous couper des masses) et ensuite de nous détruire (soit en nous virant, soit en nous foutant en taule).

Pour nous couper des masses, ils utilisent la vieille arme de la calomnie.

— Savoir déjouer l’encerclement,
— Savoir riposter aux campagnes de la calomnie, c’est conso- lider sa victoire.

A Renault, il serait trop long de raconter les campagnes de calomnies que les « gauchistes-Marcellin », les «fascistes maoïstes», le « soi-disant comité de lutte » ont subies de la part de la CGT et du PCF.

Un seul exemple : quand on a cassé ,la gueule à huit flics en civil pendant la campagne du métro, selon la propagande de la CGT ils s’étaient transformés en de paisibles poinconneurs du métro, sauvagement agressés par la bande de fascistes « soi-disant maoïstes ».

De toutes ces attaques, on a tiré deux règles. Il faut :

— Frapper l’ennemi, contre-attaquer durement, ne jamais être sur la défensive, puisque ce genre de boniment vient le plus souvent après une victoire.

— Répondre à fond aux questions que les masses se posent réellement et pas aux salades de l’ennemi, que l’on se contente de traiter de mensonges fascistes.

(Par exemple, quand les révises disent comme à Billancourt qu’un militant est un « ingénieur payé par la direction pour attaquer la CGT, il y a peu d’intérêt à défendre ce militant, mais il faut répondre à fond aux questions des masses : les ouvriers et les intellectuels dans la révolution, la question des ingénieurs pour les maoïstes avec l’exemple de la Chine et pour les révises avec l’exemple de l’URSS et la politique CGT par rapport aux cadres, etc.)

17) II faut savoir prendre des risques, mais pas de risques inutiles.

A propos de la règle 3, on a vu qu’il ne faut pas toujours penser à tout prix à conserver ses forces, et quand démarre une lutte qui correspond aux besoins des masses il ne faut pas penser sans arrêt à la répression qui peut suivre.

Mais il ne faut pas non plus faire n’importe quoi, ce ne sont pas les risques que l’on prend qui déterminent si une action est juste, il faut toujours bien analyser si les risques que l’on prend valent le résultat que l’action aura dans les masses.

Prenons l’exemple de la question de la rentrée des maos licenciés dans l’usine. Comme on a eu pas mal de licenciés, cela s’est posé plusieurs fois.

Mais cela ne s’est fait que deux fois : juste après la campagne du métro et juste après la campagne de sabotage de septembre 70.

A chaque fois, ces rentrées de licenciés dans l’usine servaient à impulser une nouvelle campagne. Après le mouvement de masse résistant du 22 janvier 1971, deux ouvriers avaient été licenciés.

Pour l’un d’eux, la question s’est posée de savoir s’il allait rentrer dans l’usine. On a décidé que non. Pourquoi ? Parce que juste après son licenciement ça ne pouvait que servir la grève syndicale de 4 heures, et qu’ensuite ça aurait servi la répression du mouvement de masse sans impulser une nouvelle lutte. S’il était rentré, son atelier aurait débrayé, mais comme ailleurs le mouvement de masse avait été saboté par les syndicats, il y aurait eu bagarre avec la maîtrise et la direction en aurait profité pour licencier d’autres meneurs du 22 janvier.

Dans certains cas, il ne faut pas hésiter à prendre .le risque de nouveaux licenciements : quand ça en vaut la peine, que ça impulse une nouvelle lutte de masse.

Là, ça ne servait à rien. Les masses de l’Ile n’avaient pas envie de refaire une grande lutte de masse ; ce dont elles avaient besoin, c’était un programme de guérilla d’atelier et une rentrée dans l’usine ne servait pas la mise en oeuvre de ce programme.

Rentrer dans l’usine, c’était prendre un risque inutile, même nuisible.

IV. – SAVOIR S’ORGANISER !

18) II faut bannir de nos rangs tout esprit de groupe qui nous coupe des larges masses : esprit d’élite de « bandes », esprit « gauchiste ».

Il faut que les militants restent liés à leurs masses d’origine.

Dans une usine, les maos et le comité de lutte, c’est pas le club des éléments avancés qui vont éduquer les masses, ou la bande des cogneurs qui vont faire la révolution à leur place, ou une communauté hippy où : « on est bien entre nous, on s’aime bien et si les autres faisaient comme nous, ça irait tout seul. »

C’est l’organisation de lutte des masses. Le milieu naturel du mao, c’est les gars avec qui il travaille, pas les autres maos.

Ça a l’air tout simple, mais dès qu’on commence à être nombreux dans une usine, on trouve tout de suite plus marrant de rester entre nous qu’avec les gars de l’atelier, qui ne sont pas toujours d’accord, ou qui ne comprennent pas vite et on a vite fait de former un petit groupuscule fermé aux masses, que les ouvriers trouvent peut-être plutôt sympathique, mais dans lequel ils ne se reconnaissent pas et qui en tout cas ne leur donne pas l’idée de l’organisation de lutte des ouvriers.

Il faut bien faire attention, dès qu’un gars est sympathisant dans un atelier, à ne pas lui foutre le grappin dessus, le faire venir à 80 réunions, le faire rentrer à tout crin dans la bande gauchiste.

Tous les gars qui deviennent militants, il ne faut qu’ils se coupent des masses, les jeunes, il faut les laisser fréquenter leurs copains, pareil pour-les travailleurs immigrés. Le comité de lutte, c’est pas la famille ou la bande.

Il faut que les nouveaux militants restent liés à leurs masses d’origine.

C’est de cette façon seulement que notre politique pourra tenir compte de toutes les particularités, de toutes les contradictions.

Par exemple on saura ainsi comment expliquer notre politique aux vieux qui ont connu le syndicalisme en 36, comment expliquer ce qu’est le nouveau fascisme aux ouvriers marocains qui débarquent juste de leur pays, etc.

Il y a un autre truc important, c’est de développer un bon climat dans l’atelier, une ambiance d’entente et de lutte de classe, avec vie politique, discussions larges, démocratie et surtout chasse aux .mouchards. Si on ne veut pas qu’il y ait des clans dans les ateliers, que tout le monde s’exprime, il faut tout de suite faire la chasse aux mouchards, dénoncer ceux qui passent leur temps à lécher le cul des chefs.

19) II faut organiser tous ceux qui peuvent être organisés de la façon dont ils le peuvent et veulent.

Ce n’est pas parce qu’un gars est sympathisant dans un atelier qu’il faut en faire en une semaine le vrai mao 100%, avec étude de bouquins, diffusion de tracts tous les jours, réunions, etc., il ne faut pas abrutir les gars par contre il est important d’organiser le plus possible de gars, mais en leur demandant leur avis et en étant souples.

Par exemple, un gars peut être d’accord pour s’organiser pour descendre dans la rue pour lancer des cocktails Molotov contre les flics ou foutre sur la gueule des indépendants à Citroën et ne pas voir comment faire du travail dans son atelier.

Il faut lui laisser développer son initiative et l’organiser pour un truc qui lui plaît.

Ne pas dire : « ce mec, il ne fait rien dans son atelier, c’est un con. » Ou bien, un gars peut être d’accord pour faire de petites actions dans l’atelier, agiter, faire de la propagande, et se foutre des réunions. Ou bien, un gars qui n’est pas très actif dans l’usine peut proposer de faire du travail là où il habite, dans sa cité, dans son foyer, avec sa bande de jeunes. Il faut être souple pour organiser, voir ce que l’on peut proposer et qui plaît à un gars particulier.

Exemple :

— actions de milice – actions de rue – traduction de tracts -réunions par nationalité (par exemple, un travailleur arabe qui est sympathisant du Comité Palestine, ne va pas devenir du jour au lendemain un militant du comité de lutte, ou au contraire des travailleurs arabes actifs dans leurs ateliers, peuvent avoir des réserves par rapport au Comité Palestine. Il faut expliquer patiemment) – petites actions de partisans d’atelier.

20) Partir du besoin d’unité des masses, pour unir dans la lutte les éléments actifs d’opinions différentes d’organisations différentes.

Une idée des ouvriers c’est : « on est tous des ouvriers, on doit s’unir. » Si on frappe fort sur les criminels, il ne faut pas avoir peur de l’unité dans la lutte.

Il faut s’appuyer sur la volonté d’unité des masses pour unir les éléments actifs dans les luttes, vaincre les résistances qu’ils peuvent avoir à cette unité du fait de leur passé politique ou de telle ou telle raison personnelle. On l’a déjà vu pour les syndiqués honnêtes [règle 4].

Si on est sûr d’être )ié aux masses, que ce que l’on fait est dans l’intérêt des masses, correspond à leurs idées, il ne faut pas avoir peur de l’unité dans la lutte.

Les ouvriers sauront démasquer les traîtres quand il y en aura.

A Renault, quand on travaille sur un nouvel atelier, on essaie tout de suite de s’appuyer sur les gars que l’on connaît, même s’ils ne sont pas tout à fait d’accord avec nous.

Puis, dans le travail, on essaie de les unir plus à fond, et surtout, on essaie de voir ce qu’ils peuvent nous apporter qui peut enrichir notre pratique.

C’est ainsi que l’on a commencé des groupes d’ateliers avec des anars, des « syndicalistes prolétariens », des « marxistes-léninistes » étrangers, etc.

Quand on construit le comité de lutte, on doit le construire toutes portes ouvertes, sauf avec les mouchards et avec les mecs qui prêchent une ligne de renforcement du syndicat et qui l’appliquent effectivement dans l’atelier, même s’ils se proclament « révolutionnaires ou gauchistes ».

Ce principe est vital, pas seulement pour être plus nombreux dans les luttes, mais aussi parce que des gars issus d’expériences différentes peuvent apporter des idées utiles aux masses que les maos n’ont pas pu dégager dans leur pratique.

Pour faire le programme du Comité de lutte par exemple, il a fallu unir des gars issus de la G.P. et des gars issus d’organisations « marxistes-léninistes ».

21) Savoir faire et se servir des programmes.

Pourquoi ? Parce que les masses veulent des programmes.

Notre expérience grandit petit à petit, dans chaque pas qu’on fait, dans les erreurs, par les bilans qu’on en tire.

Faire un programme, ça veut dire que l’on veut armer les masses de l’expérience que l’on a acquise.

Les ouvriers trouvent que ce que l’on fait c’est bien : on n’a pas peur, et souvent on a raison.

Faire un programme, c’est expliquer où l’on va, donner la signification de nos actions et permettre aux masses de reproduire ces actions et de s’organiser.

Refuser de faire un programme, quand on a la possibilité : sur les chefs, les accidents du travail, c’est refuser aux masses de profiter de notre expérience, c’est refuser de s’expliquer de dire où l’on va.

Exemple : le programme anti-chef et le programme du Comité de lutte.

— Pour se servir du programme, il faut le relier à chaque lutte que l’on fait par la suite. Par exemple dans un tract sur une lutte, y mettre l’extrait du programme correspondant ; (‘étudier avec les gars après une lutte ou pour en préparer une, le faire circuler.

Ça sert à bien faire passer dans les larges masses l’idée d’organisation : l’idée que si l’on peut faire des programmes c’est aussi l’idée que l’on peut s’organiser en dehors des syndicats.

22) II faut savoir impulser la large démocratie dans le comité de lutte et constituer en même temps la milice par bouche à oreille avec les gars les plus durs.

La large démocratie dans le comité de lutte, ça veut dire qu’on édifie le comité de lutte toutes portes ouvertes, sauf aux mouchards et à ceux qui prêchent et appliquent une ligne de renforcement du syndicat.

On n’empêche personne de s’exprimer, ni ceux qui ont encore des idées syndicalistes ou pacifistes, ni ceux qui appartiennent à des groupuscules de trouillards pourvu que cela soit en vue de l’action. Tout sectarisme est une erreur.

Mais nous devons être très fermes dans nos paroles et dans nos actes sur un point : nous disons qu’il faut construire en même temps la milice et nous la construisons effectivement.

Car la milice est nécessaire à l’élargissement et à l’élévation du mouvement de masse.

Il y a eu chez les maos de Renault d’âpres luttes de classe sur cette question. En janvier 70, et pendant l’occupation, l’idée « tout passe par le Comité de lutte » est apparue et a été mise en pratique avant d’être combattue. Cela a eu des conséquences graves pour le mouvement de masse : c’est une des raisons de la liquidation du Comité de lutte du 2″ étage sellerie après le 22 janvier. La principale faiblesse de notre travail durant l’occupation. La milice se constitue de bouche à oreille pour des raisons de sécurité.

23) II faut savoir à la fois unir tous les travailleurs (jeunes, vieux, Français et immigrés) dans le comité de lutte et la milice et respecter les particularités. Ce sont essentiellement les particularités nationales. Il faut que les ouvriers français aident leurs camarades immigrés à créer des organisations de masse respectant ces particularités nationales : comité Palestine, etc.

24) Pour impulser et consolider milice et comité de lutte, il faut s’attacher à faire un noyau mao qui impulse et dirige les luttes, développe une vie politique constante, en particulier par l’édification de réseaux de diffusion et de discussions de la Cause du Peuple.

25) II faut bien prendre en main la lutte de classe dans nos rangs. A chaque problème un stage ! Il faut édifier un noyau dirigeant sur la base de cette lutte de classe.

Dans chaque cas, dans chaque lutte, dans chaque nouvelle situation, on peut avoir deux lignes : une ligne de gauche et une ligne de droite.

Toujours, chaque fois qu’il y a un problème, les deux lignes sont présentes dans nos rangs, comme elles sont présentes dans les masses.

Le seul moyen de déterminer la ligne juste, et de s’unir sur cette ligne, c’est de mener la lutte de classe dans nos rangs.

Une organisation d’usine, ne peut garder une ligne juste, garder une ligne de gauche, après les victoires, comme après les défaites, si la lutte de classe n’est pas menée sans arrêt.

Chacune des règles que l’on a tiré de notre pratique est le résultat d’une lutte de classe dans nos rangs.

Si on en a fait une règle, c’est justement parce que ça a été le résultat d’une lutte que l’on n’a pas toujours appliquée. On a expliqué cette lutte pour les règles les plus importantes, et c’est valable pour toutes les règles.

Par exemple, il a fallu mener la lutte de classe contre :

— l’esprit syndicaliste dans le comité de lutte, l’idée que le comité de lutte c’est un genre de syndicat rouge ;

— l’idée de conserver ses forces.

— l’idée d’action de commando qui ne représentait qu’un petit noyau de gauche dans l’atelier et pas les larges masses, pour imposer l’idée définitive de GOAF. Cette idée de gauche en apparence ne déve- loppait pas l’initiative des masses et attirait sur elles la répression ;

— l’idée que le GOAF était des gars de l’extérieur qui cassaient la gueule aux cibles dégagées par les masses, pour imposer l’idée que les GOAF devaient aussi agir dans les ateliers, même si c’était plus compliqué. Parce que ça permettait une plus grande participation des masses, même si le niveau de violence dans l’action était moins élevé. Exemple : le GOAF du 38 où un groupe de travailleurs a saccagé le bureau d’un chef flic pendant la pause ;

— contre l’esprit groupusculaire.

Il a fallu aussi mener la lutte pendant et après l’occupation pour unir la tradition syndicaliste prolétarienne, c’est-à-dire la tradition de lutte de classe des syndicalistes (action anti-jaune, démocratie ouvrière assez formelle dans les comités de grève, etc.) avec la tradition de la gauche prolétarienne (actions violentes, guérilla, etc.).

Parce que les anciens syndicalistes même s’ils luttent à fond n’osent par exemple pas s’affronter violemment avec la police syndicale quand il le faut.

Et que les copains de l’ancienne G.P., disaient à propos des assemblées d’occupation : « il n’y a pas tous les ouvriers, on ne peut rien y faire, il n’y a que des bavards » et sous-estimaient l’importance de foutre la maîtrise et les jaunes à la porte de l’usine (voir le préambule du programme du comité de lutte Renault).

A chaque victoire, un nouveau problème : il faut faire des stages.

Ça veut dire que chaque fois après une victoire où l’on a créé du nouveau comme par exemple le GOAF après Robert, il y a lutte de classe pour que le nouveau triomphe sur l’ancien.

Pour que l’on change notre pratique, pour qu’elle soit adaptée à notre nouvelle influence dans les masses.

Dans ces cas-là, il faut pas hésiter à faire des stages, pour que la lutte de classe soit menée à fond, pour que l’on ait le temps de discuter à fond du problème, pour renforcer l’unité parmi nous.

Tout ce qu’on laisse traîner de non résolu, on le retrouve quelque temps après comme obstacle.

Sur la base de la lutte de classe, il faut former un noyau dirigeant.

Un noyau dirigeant, ce n’est pas le conseil syndical, avec un représentant par section, c’est une direction politique.

Il faut qu’il soit capable de faire triompher les idées de gauche, de mener la lutte de classe et d’unir ensuite tous les camarades.

C’est pourquoi il faut désigner les noyaux dirigeants sur la base de la lutte, en s’appuyant sur ceux qui ont un rôle actif pour faire triompher le nouveau sur l’ancien.

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