Chapitre 11 : La propagation du marxisme et la montée de l’opportunisme

Cours de base sur le marxisme-léninisme-maoïsme

Parti Communiste d’Inde (maoïste)

Chapitre 11 : La propagation du marxisme et la montée de l’opportunisme

   La période qui suivit la Commune de Paris a été marquée par l’offensive réactionnaire de la bourgeoisie sur le mouvement ouvrier. Cela a eu de l’impact sur la Première Internationale. La section française a été la plus touchée, la plupart de ses membres, devenus des réfugiés politiques dans d’autres pays, menaient des luttes de faction en son sein. Le mouvement ouvrier allemand a également fait face à un revers avec le long emprisonnement des principaux dirigeants marxistes, Bebel et Liebknecht, qui s’étaient opposés à la guerre et à l’annexion des régions de France d’Alsace-Lorraine. Cela signifie que les deux sections les plus importantes de l’Internationale étaient sérieusement handicapées. Dans le même temps, il s’est produit une scission dans la section anglaise lorsque certains meneurs décidèrent de quitter l’organisation à cause du soutien de Marx à la Commune. C’est cela, couplé avec les manipulations des anarchistes, qui a affaibli l’Internationale. Marx et Engels ont décidé de transférer le siège de l’Internationale de Londres à New York. Cette décision a été prise au Congrès de 1872. Toutefois, la Première Internationale, trop affaiblie, ne put pas se relever et fut finalement dissoute en 1876.

   Cette dissolution n’a cependant pas stoppé la marche en avant du marxisme et la mise en place de nouveaux partis prolétariens. Après la Commune de Paris, il y a eu près de 35 années de paix, sans grande guerre entre les pays capitalistes sur le continent européen. Au cours de cette période, le mouvement ouvrier dans les pays les plus industrialisés connut une expansion rapide. Les partis socialistes, qui avaient une composition essentiellement prolétarienne, mirent en place des grandes structures. Sous leur direction, les syndicats, les journaux, les coopératives de travailleurs, etc. ont grossi considérablement. Travaillant souvent dans la légalité, ils ont participé avec succès aux parlements bourgeois. C’est de ces nombreux partis qu’est née en 1889 la Seconde Internationale. Cette IIe Internationale donna un nouvel aplomb à la montée des partis socialistes prolétariens dans le monde.

   Marx et Engels ont continué, jusqu’à la fin de leur vie, à jouer le rôle de dirigeants idéologiques et d’organisateurs pratiques du mouvement ouvrier grandissant. Ils ont apporté des contributions théoriques constantes pour renforcer les bases du socialisme. Marx s’est concentré sur une étude plus approfondie de l’économie politique et du capitalisme. Le premier volume du Capital est sorti en 1867. Après cela, Marx a continué à lutter contre la maladie pour essayer de compléter les derniers volumes de ce travail. Cependant, il est resté inachevé jusqu’à sa mort le 14 mars 1883. Engels a cependant terminé la tâche monumentale de recueillir l’ensemble des notes de Marx, afin de les éditer pour enfin publier les deuxième et troisième volumes du Capital. Engels a également fait d’importants travaux théoriques après être devenu un rédacteur à temps plein en 1869. Avec Marx, mais aussi seul, il a publié divers travaux sur la philosophie, la théorie socialiste, l’évolution biologique, l’origine des institutions sociales et politiques, etc. Après la mort de Marx, il a joué un rôle central dans l’orientation et la construction du mouvement prolétarien dans divers pays. Par sa correspondance régulière avec les autres socialistes, il prend la place d’un centre qui n’aurait pas existé sans lui à cette période. C’est ce qu’il fait jusqu’à sa mort le 5 août 1895.

   Une grande partie de l’œuvre de Marx et Engels s’est axée sur la lutte contre la tendance à l’opportunisme qui a commencé à se renforcer avec la croissance du mouvement. Une tendance importante était celle des successeurs de Ferdinand Lassalle, qui étaient d’abord présents dans la Première Internationale, mais qui ont également poursuivis leur action des années plus tard. Ferdinand Lassalle a été le fondateur du premier parti socialiste de la classe ouvrière créé en 1863 en Allemagne. Le lassalisme était opportuniste car il décourageait les luttes des travailleurs pour de plus hauts salaires et qu’il faisait les yeux doux aux aides de l’Etat pour qu’il mette en place des coopératives de travailleurs que Lassalle voyait comme les principaux canaux d’action pour réformer la société et amener progressivement le socialisme. Afin de lutter contre cette mauvaise analyse des luttes salariales, Marx a écrit Salaires, Prix et Profits et l’a présenté au Conseil général de la Première Internationale en 1865. La lutte contre le lassalisme a continué en 1875 quand Marx a écrit la Critique du programme de Gotha. Le programme de Gotha a été élaboré au moment de l’unification des partis prolétariens lassaliste et marxiste allemands en un seul Parti. À cette époque, les marxistes avaient tellement envie d’unité qu’ils ont fait de nombreux compromis avec la politique opportuniste du lassallisme. Marx, dans sa Critique, a détaillé les points qui selon lui étaient des erreurs opportunistes. Cependant, cette Critique n’a été donnée qu’à une poignée de membres marxistes du parti allemand. Elle n’a pas circulé et très peu des suggestions de Marx ont été mises en pratique. Cependant, en 1891, lorsqu’un nouveau programme a été rédigé, Engels a insisté pour publier la Critique, malgré les protestations de certains des principaux membres du parti. Et cette fois-ci, les aspects lassalistes ont été écartés.

   D’autres tendances opportunistes ont été vivement attaquées par Marx et Engels aussi longtemps qu’elles gangrenaient le socialisme. Après la mort d’Engels, l’une des plus grandes attaques contre le marxisme est venue du mouvement prolétarien lui-même. Étant donné que l’opposition directe au marxisme était très difficile, cette attaque est venue sous la forme d’une tentative de “réviser” le marxisme. Cette tendance, plus tard appelée révisionnisme, fut initiée d’abord par Bernstein, l’un des principaux membres du parti allemand mais aussi de la Deuxième Internationale. Il a d’abord présenté son point de vue en 1898-1999 au sein du parti allemand. Bernstein a proposé que, en raison de l’évolution des conditions historiques, il fallait modifier toutes les propositions basiques faites par Marx. Il a déclaré qu’il n’était pas nécessaire d’avoir une révolution violente pour provoquer le socialisme et que la réforme des institutions capitalistes entraînerait progressivement le socialisme. Au fur et à mesure que l’opportunisme augmentait dans le mouvement ouvrier, le révisionnisme de Bernstein trouva bientôt des partisans dans diverses fractions. Cependant, en même temps, de nombreux révolutionnaires authentiques se sont ralliés au marxisme. Le débat a été repris avant le Congrès de la Deuxième Internationale tenu en 1904. Le Congrès a fermement condamné le révisionnisme par un vote de 25 à 5, avec 12 abstentions. Une autre résolution, qui ne condamnait pas si fermement le révisionnisme, fut rejetée à 21 voix à 21. Ainsi, dans les deux décisions du Congrès, il y avait une très grande section de l’Internationale qui soutenait ou ne voulait pas prendre de position claire contre le révisionnisme. Bien que le Congrès ait finalement condamné le révisionnisme, il était tout à fait clair, en 1904, que l’opportunisme et le révisionnisme avaient construit une base substantielle aux plus hauts niveaux du mouvement ouvrier international. L’opposition à l’opportunisme dans de nombreux pays a cependant été forte. Un des centres majeurs de lutte était la Russie, où les bolcheviques, sous la direction de Lénine avaient déjà mené de nombreuses luttes contre les variétés russes d’opportunisme.