Expression culturelle du mouvement révolutionnaire des femmes adivasi

Le mouvement des femmes révolutionnaires en Inde

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Inde

2004

L’expression Culturelle des femmes Adivasi dans le mouvement révolutionnaire

– Sushila

[Note de la traduction : Les chansons sont traduites lyriquement et non littéralement.]

Sadhana, un camarade masculin, a écrit le roman populaire “Rago“, qui traite de l’oppression sociale d’une jeune fille Adivasi Gond [plus grand groupe tribal d’Inde], de sa résistance à cette oppression et de son intégration dans la vie d’une révolutionnaire armée. Il l’a écrit sur la base de ses expériences, quand il travaillait au Dandakaratya, à une époque où le mouvement des femmes tribales était encore à l’état embryonnaire.

Près d’une décennie plus tard, les filles adivasi du DK [Dandakaratya] composent elles-mêmes des chansons en Gondi pour exprimer leur oppression, leur angoisse et leur chemin vers la libération. Des collines de Balaghat et d’Abhujmadh aux rives des rivières Godavari et Pranhita, les forêts résonnent de chansons qui parlent non seulement de la révolution en général, mais aussi de la condition des femmes et de leurs aspirations. Ce déferlement culturel de jeunes femmes, membres de l’escouade armée, qui se réunissent pour composer des chansons se répand. On trouve toujours des jeunes filles dans les villages qui se bousculent les unes les autres en se levant pour donner le refrain lorsque ces chansons sont chantées.

Une chanson ancienne mais populaire, qui a été adaptée dans les différents dialectes du Gondi au fur et à mesure de sa diffusion de région en région, est la chanson Kamalakka. Cette chanson a joué un rôle important dans la sensibilisation des femmes des villages. Écrite comme un dialogue entre une femme du village – Kamala – et un leader d’une organisation paysanne – Sangham Pandu – elle commence ainsi :

Madvimir, Madkamir Kamalakka

Qu’avez-vous donc à dire, parlez Kamalakka !

Comment puis-je le dire, Sangham Pandu

Que puis-je dire, Sangham Sandu !

Puis Kamala se lamente sur le mariage qui lui a été imposé par ses aînés et ses parents, et décrit ensuite avec force le travail d’esclave qu’elle accomplit dans la maison de ses beaux-parents et de son mari, et la totale négligence de celui-ci. Elle décrit son travail :

Je travaille toute la journée pour qu’ensuite mes beaux-parents

Me traitent de belle-fille paresseuse !

Pour ramasser les feuilles, pour apporter le bois de chauffage, c’est la belle-fille,

Pour aller chercher l’eau, pour faire cuire les aliments, c’est la belle-fille

Pour faire le loggu, pour cuisiner le gruau, c’est la belle-fille,

Pour enlever les souches, pour ramasser et balayer, c’est la belle-fille.

Je suis dans l’obscurité, Sangham Pandu

Et je pile et pile le grain

Jusqu’à ce que la sueur coule, Sangham Pandu

Je suis esclave dans la maison, je suis esclave dans la forêt,

Couper le paddy [riz], couper le Kohla, je le fais bien.

Pourtant, « Femme, tu ne peux pas les battre », disent-ils,

Je m’occupe de la maison, je fais venir ce dont on a besoin des collines,

Mais je ne peux pas m’approcher du magasin de céréales.

J’élève les poules, j’élève les porcs,

Mais il mange sans demander à sa femme et à ses enfants

Près du panch, près du rituel, si on y va,

« Qu’est-ce que les femmes comprennent », qu’ils disent.

Quel péché avons-nous commis Sangham Pandu

Je ne peux aller nulle part, Sangham Pandu.

Il prend les vaches, les taureaux et les vend

Il boit et dépense l’argent, mon mari

Il n’apporte jamais rien, pas même des vêtements

Comme s’il ne savait pas qu’il avait une femme et des enfants.

Cette chanson très populaire auprès des femmes, jeunes et âgées, fait ressortir de façon poignante le labeur incessant et méconnu qu’est celui des paysannes tribales. La famille patriarcale, la position subordonnée de la femme dans la famille et son manque de droits est un thème repris dans de nombreuses chansons sur les femmes. Comme dans cette chanson écrite par l’équipe des femmes du Nord Bastar, il y a deux ans :

La fleur rouge, ma sœur, est en train de fleurir

Suivons le chemin de la fleur rouge et luttons …

Dans le village, les anciens, ma sœur

Les anciens nous menacent et nous font taire ma sœur

Dans la maison, c’est notre mère et notre père

Sans écouter nos parents, nous ne pouvons aller nulle part

Ils nous marient, ma sœur …

Tu élèves les fils et les filles

Tu fais tout le travail dans la maison

Mais l’homme a droit à la maison

Les enfants aussi sont le droit du père

Ma sœur, les fils et les filles reçoivent le nom du père

Ma sœur, la maison aussi est au nom de l’homme

Partout, ma sœur, nous sommes considérées comme inférieures

Où que nous regardions, tout est au nom de l’homme …

Le chant du drapeau souligne également l’absence de droits sur les cultures, la terre et la maison :

Tu donnes naissance à des filles et à des garçons, mais ton nom n’est nulle part, ma sœur,

Le magasin est plein de paddy, mais les filles ne peuvent pas l’obtenir, ma sœur

À un âge précoce, ils sont en train de célébrer des mariages, ma sœur,

Si elle dit qu’elle n’ira pas, ils la battent, ma sœur…

Nous nous occupons de la récolte, nous nous occupons de la moisson, mais nous n’avons pas de droits, ma sœur

Même si la femme s’occupe du bétail et des chèvres, son nom n’est pas là, ma sœur

Ma sœur, sur la terre,

Même si elle court après les poules et les cochons, la fille n’a pas de part.

La terre et le ciel sont égaux, les femmes et les hommes sont égaux !

L’oppression sociale à laquelle sont confrontées les filles en raison de certaines coutumes traditionnelles et de croyances superstitieuses est également reprise dans de nombreuses chansons. Comme les mariages forcés qui sont pratiqués assez couramment, la pratique consistant à forcer les femmes à enlever le choli [petite blouse enserrant la poitrine, équivalent d’un soutien-gorge, qui se porte sous le sari] une fois qu’elles se marient existe aussi dans des régions comme à Gadhchiroli :

À un âge précoce, ils nous marient, ma sœur,

Si elle dit qu’elle n’ira pas, ils la battent, ma sœur

Ils amènent des épouses adultes pour les petits garçons, ma sœur

Sans me le demander, ils m’ont mariée, mes parents,

Ils ont pris l’alcool et l’ont remis aux anciens

La tradition madia est différente,

Les hommes n’ont pas cette tradition

La coutume d’enlever le choli

Au mariage, ils nous enlèvent le choli

Ils mettent le haldi [pate de curcuma sur le corps] et enlèvent le choli

Ils font de moi la belle-fille des madkarnirs.

Les sentiments d’une jeune fille forcée au mariage ont été exprimés poétiquement dans cette chanson qui se déroule ainsi :

Dans l’obscurité de la lune noire

Dans la lumière de la pleine lune

Dans la forêt profonde, je suis seule,

Je fais un pas en avant, je fais un pas en arrière

Partout où je mets les pieds, il fait noir, mon frère.

Leur fille unique, cette beauté lumineuse,

Ce beau visage qu’ils ont ruiné, mon frère

Ils m’ont mariée de force, mon frère.

Les images de la chanson expriment la profondeur du désespoir que ressentent les jeunes filles en raison des coutumes et des pratiques dépassées. À la fin, quand elle réalise que les femmes doivent s’organiser et lutter pour mettre fin à ces conditions, elle dit :

Oui, mon frère, oui, j’ai entendu votre point de vue

Je ne resterai plus dans cette obscurité

J’avancerai vers une aube rouge !

Les chants issus du mouvement des femmes révolutionnaires sont clairs sur la voie à suivre vers l’égalité. Elles reflètent ce que les jeunes femmes tribales progressistes considèrent comme le seul moyen concret d’atteindre leur objectif d’émancipation de l’exploitation sociale et des traditions tribales oppressives : la voie de l’organisation et de la participation des femmes dans celle-ci, ainsi que la lutte armée ou le soutien à celle-ci pour établir un nouvel ordre démocratique.  Ainsi, le chant du drapeau se termine en disant :

La terre et le ciel sont égaux, les femmes et les hommes sont égaux.

Si nos problèmes doivent disparaître,

Rejoins la lutte ma sœur !

Construisons une armée rouge et gagnons du pouvoir

Construisons nos zones libérées dans le monde entier !

Les chants de la fleur rouge se terminent ainsi :

Ma sœur, dans les forêts de Dandakaranya,

Faisons avancer la lutte pour une nouvelle révolution démocratique

Tous les peuples doivent s’unir ma sœur

Nous devons construire notre raj (pouvoir)

Tiens le drapeau rouge dans ta main ma sœur

Rejoignons nous aussi la guerre, ma sœur !

En même temps, des chansons sur d’autres sujets concernant les femmes ont été écrites, chantées et sont devenues populaires. Cette chanson traite des atrocités commises par la police à l’encontre des femmes et de la résistance du peuple à ces atrocités. Sur fond de viols de religieuses dans le district de Jhabua dans le MP [Madhya Pradesh], elle enchaîne sur une série d’incidents. Voici comment cela se passe :

Dans les lois de cette police, dans les lois de ce gouvernement,

Il n’y a pas de sécurité pour nos sœurs,

Il y a de la peur dans le village, il y a de la peur dans la forêt …

Le tehsildar [groupe d’inspecteurs des impôts] avec les yeux d’un guépard, le souverain de Narayanpur,

Est arrivé à Vedmakot et a convoqué une réunion.

Comme un chat, il a glissé et a essayé de molester Kamaladidi

Les gens enragés sont allés à Narayanpur,

Ils ont fait une procession, un chakka jam [création délibérée de bouchons sur les routes]

Et les femmes de foi chrétienne, celles qui s’occupaient des enfants,

Les goons [hommes de main] du district de Jhabua, avec le symbole du lotus,

De ce faux gouvernement du Congrès, et bien ils sont entrés à l’intérieur

Et les ont violées : le pays tout entier était enragé

Il y a eu une grève à Antagadh …

Tous ces chants sont structurés sous la forme de leurs chants traditionnels, avec le « re re la », où « re la » donne le ton. Ces chansons sont donc à retenir et à chanter. Le mouvement féministe croissant a également engendré un mouvement culturel.

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