Circulaire du Comité central du Parti Communiste Chinois sur les négociations de paix avec le Kuomintang

Circulaire du Comité central du Parti Communiste Chinois sur les négociations de paix avec le Kuomintang1Circulaire à l’intention du Parti, rédigée au nom du Comité central du Parti communiste chinois par le camarade Mao Tsé-toung deux jours avant son voyage à Tchongking pour les négociations de paix avec Tchiang Kaï-chek. Comme le Parti communiste chinois et les grandes masses du peuple chinois s’opposaient fermement au complot de guerre civile de Tchiang Kaï-chek, et que l’impérialisme américain devait encore compter avec l’opinion démocratique mondiale qui condamnait unanimement la politique de guerre civile et de dictature de Tchiang Kaï-chek, celui-ci envoya trois télégrammes au camarade Mao Tsé-toung les 14, 20 et23 août 1945, l’invitant à se rendre à Tchongking pour les négociations de paix. Pour les mêmes raisons, Patrick J. Hurley, alors ambassadeur des Etats-Unis en Chine auprès du gouvernement du Kuomintang, vint à Yenan le 27 août. Dans le but de faire tous les efforts possibles en faveur de la paix, et aussi, tout en luttant pour la paix, de montrer sous leur vrai jour l’impérialisme américain et Tchiang Kaï-chek, dans l’intérêt de l’union et de l’éducation des masses populaires, le Parti communiste chinois décida d’envoyer à Tchongking les camarades Mao Tsé-toung, Chou En-laï et Wang Jouo-fei entamer les négociations de paix avec le Kuomintang. Cette circulaire rédigée par le camarade Mao Tsé-toung analysait l’évolution de la situation en Chine durant les deux semaines qui suivirent l’annonce faite par le Japon qu’il capitulait. Elle exposait la ligne de conduite du Comité central du Parti communiste chinois à l’égard des négociations de paix, certaines concessions que le Parti était prêt à faire durant les pourparlers, et les mesures à prendre selon les deux issues possibles des négociations. Elle donnait des directives sur les principes de lutte à suivre respectivement dans les régions libérées de la Chine du Nord et de l’Est et dans celles de la Chine du Centre et du Sud. Elle avertissait tout le Parti qu’il ne fallait en aucune façon relâcher, du fait des négociations, la vigilance ou la lutte contre Tchiang Kaï-chek. Le camarade Mao Tsé-toung et ses compagnons arrivèrent à Tchongking le 28 août et discutèrent avec le Kuomintang pendant quarante-trois jours. Bien que les négociations n’aient abouti qu’à la publication d’un “Résumé des conversations entre les délégués du Kuomintang et ceux du Parti communiste chinois” (connu également sous le nom d’“Accord du 10 Octobre”), elles permirent, sur le plan politique, au Parti communiste chinois de s’emparer de l’initiative dans une large mesure tout en reléguant le Kuomintang dans une position passive; elles constituèrent donc un succès. Le camarade Mao Tsé-toung retourna à Yenan le 11 octobre. Les camarades Chou En-laï et Wang Jouo-fei restèrent à Tchongking, afin de poursuivre les négociations. Pour les résultats, voir l’article suivant du présent tome: “Sur les négociations de Tchongking”.

Mao Zedong

26 août 1945

La capitulation rapide de l’envahisseur japonais a changé toute la situation. Tchiang Kaï-chek a monopolisé le droit de recevoir la capitulation et pour le moment (pendant un certain temps) les grandes villes et les importantes voies de communication ne seront pas entre nos mains. Cependant, dans la Chine du Nord, nous devons encore lutter ferme, lutter de toutes nos forces pour prendre tout ce que nous pouvons. Au cours des deux dernières semaines, notre armée a repris 59 villes, grandes et petites, ainsi que de vastes régions rurales, et nous avons maintenant au total 175 villes, y compris celles que nous possédions déjà; nous avons ainsi remporté une grande victoire. Dans la Chine du Nord, nous avons repris Weihaiwei, Yentai, Longkeou, Yitou, Tsetchouan, Yanglieoutsing, Pikehtsi, Poai, Tchangkiakeou, Tsining et Fengtchen; notre armée a donc, par sa puissance, ébranlé la Chine du Nord, ce qui, avec la foudroyante avance des forces soviétiques et mongoles jusqu’à la Grande Muraille, a mis notre Parti dans une position avantageuse. Dans la période à venir, nous devons poursuivre l’offensive, afin de nous emparer, autant que possible, de la voie ferrée Peiping-Soueiyuan, de la section nord de la ligne Tatong-Poutcheou, des lignes Tchengting-Taiyuan, Tehtcheou-Chekiatchouang, Paikouei-Tsintcheng et Taokeou-Tsinghoua, et de couper les lignes Peiping-Liaoning, Peiping-Hankeou, Tientsin-Poukeou, Tsingtao-Tsinan, Longhai et Changhaï-Nankin; nous devons contrôler tout ce que nous pouvons, ne fût-ce que temporairement. En même temps, nous devons employer les forces nécessaires pour prendre le plus grand nombre possible de villages aussi bien que de chefs-lieux d’anciennes préfectures, de chefs-lieux de district, de bourgs. Par exemple, la Nouvelle IVe Armée a occupé de nombreux chefs-lieux de district situés entre Nankin, le lac Taihou et le mont Tienmou d’une part, entre le Yangtsé et le Houaiho de l’autre; nos troupes dans le Chantong ont pris toute la péninsule de Kiaotong; nos forces dans la région frontière du Chansi-Soueiyuan se sont emparées d’un grand nombre de villes au nord et au sud de la voie ferrée Peiping-Soueiyuan; tout cela a créé une situation extrêmement favorable. Encore une période d’offensive, et notre Parti sera en mesure de contrôler la plus grande partie des régions situées au nord du Bas-Yangtsé et du Houaiho, la plus grande partie des provinces du Chantong, du Hopei, du Chansi et du Soueiyuan, tout le Jéhol et tout le Tchahar et une partie de la province du Liaoning.

Puisqu’à l’heure actuelle, l’Union soviétique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne n’approuvent pas une guerre civile en Chine3A la veille comme au lendemain de la capitulation du Japon, l’Union soviétique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne exprimaient leur désapprobation au sujet d’une guerre civile en Chine. Mais bientôt les événements démontrèrent que cette “désapprobation” des Etats-Unis ne servait qu’à camoufler l’aide active qu’ils apportaient au gouvernement réactionnaire du Kuomintang dans la préparation d’une guerre civile contre-révolutionnaire., que d’autre part, notre Parti a lancé les trois grands mots d’ordre: paix, démocratie et union2Les trois grands mots d’ordre: paix, démocratie et union furent lancés le25 août 1945 par le Comité central du Parti communiste chinois dans sa “Déclaration sur la situation actuelle”. La déclaration soulignait qu’après la capitulation de l’impérialisme japonais, “la tâche de première importance qui attend la nation tout entière est de renforcer l’union dans le pays, d’assurer la paix intérieure, d’instaurer la démocratie et d’améliorer la vie du peuple, afin de pouvoir, sur la base de la paix, de la démocratie et de l’union, réaliser l’unité du pays et édifier une nouvelle Chine, indépendante, libre, prospère et puissante”. et envoie à Tchongking les camarades Mao Tsé-toung, Chou En-laï et Wang Jouo-fei pour discuter avec Tchiang Kaï-chek des grands problèmes de l’union et de la construction nationale, il est possible de déjouer le complot de guerre civile des réactionnaires chinois. Il est vrai qu’ayant occupé Changhaï, Nankin et d’autres lieux, rétabli les communications maritimes, pris possession des armes de l’ennemi et incorporé dans ses propres forces les troupes fantoches, le Kuomintang voit à présent sa position renforcée; néanmoins, il reste couvert de mille plaies, déchiré de multiples contradictions internes, assailli par de grandes difficultés. Il est possible que, cédant à des pressions intérieures et extérieures, le Kuomintang reconnaisse conditionnellement le statut de notre Parti après les négociations, et alors notre Parti aussi reconnaîtrait conditionnellement le statut du Kuomintang, ce qui ouvrirait une nouvelle période de coopération entre les deux partis (plus la Ligue démocratique4La Ligue démocratique fut fondée en 1941 sous le nom de Ligue des Groupements démocratiques de Chine. Réorganisée en 1944, elle prit depuis son nom actuel., etc.) et de développement pacifique. Si cette situation se présente, notre Parti devra s’efforcer de maîtriser toutes les méthodes de la lutte légale et intensifier son travail à l’intérieur des régions du Kuomintang, dans les trois principaux secteurs: villes, campagnes et armée (autant de points faibles de notre travail dans ces régions). Lors des négociations, le Kuomintang ne manquera certainement pas d’exiger que nous réduisions considérablement l’étendue des régions libérées et l’effectif de l’Armée de Libération et que nous cessions d’émettre du papier-monnaie. De notre côté, nous serons disposés à faire les concessions jugées nécessaires et qui ne porteront pas préjudice aux intérêts fondamentaux du peuple. Faute de ces concessions, nous ne pourrons ni briser le complot de guerre civile du Kuomintang, ni conquérir l’initiative politique, ni gagner la sympathie de l’opinion mondiale et des éléments du centre dans notre pays, ni obtenir en échange le statut légal pour notre Parti et une situation de paix. Mais les concessions ont des limites; le principe est qu’elles ne doivent pas porter préjudice aux intérêts fondamentaux du peuple.

Si, après que notre Parti aura pris ces mesures, le Kuomintang persisté à déclencher la guerre civile, il se mettra alors dans son tort devant tout le pays et le monde entier, et notre Parti aura toute raison d’entreprendre une guerre de légitime défense en vue de briser les attaques du Kuomintang. D’ailleurs, notre Parti est puissant; en cas d’une attaque de l’ennemi, pour autant que les conditions permettent de le battre, notre Parti prendra à coup sûr la position de légitime défense pour l’anéantir résolument, radicalement, intégralement et totalement (n’engageons pas de combat à la légère, ne nous battons que si nous sommes sûrs de vaincre). En aucune façon, nous ne devons nous laisser intimider par l’aspect terrifiant des réactionnaires. Mais nous devons à tout moment nous en tenir strictement aux principes suivants sans jamais les oublier: l’union et la lutte, l’union par la lutte; dans la lutte, avoir le bon droit, l’avantage et de la mesure; mettre à profit les contradictions, gagner à soi la majorité, s’opposer à la minorité, et écraser les adversaires un à un5Voir “La Tactique actuelle dans le front uni de résistance contre le Japon” et “Au sujet de notre politique”, Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome II..

Dans les provinces du Kouangtong, du Hounan, du Houpei, du Honan et d’autres, les forces de notre Parti sont dans une position plus difficile que dans la Chine du Nord ou dans la région située entre le Yangtsé et le Houaiho; à vous qui travaillez dans ces provinces, le Comité central porte un profond intérêt. Mais il y a beaucoup de lacunes dans les vastes régions occupées par le Kuomintang; vous serez tout à fait en état de vous en tirer à condition que vous ne commettiez pas de graves erreurs dans l’application de la politique militaire (mouvements et opérations) et de la politique d’union avec le peuple, et que vous soyez modestes et prudents, et non présomptueux et irréfléchis. Outre que vous recevez les directives nécessaires du Comité central, vous devez, de votre propre jugement, analyser la situation, résoudre vos problèmes, surmonter les difficultés, vous maintenir et étendre vos forces. Et lorsque le Kuomintang ne pourra plus rien contre vous, il est possible qu’il se voie contraint, dans les négociations entre les deux partis, de reconnaître votre force et d’accepter des arrangements avantageux pour les deux côtés. Mais vous ne devez absolument pas compter sur les négociations, ni attendre de la bienveillance du Kuomintang, car il ne sera jamais bienveillant. Vous devez compter sur la force dont vous disposez, sur la conduite correcte de vos activités, sur l’unité fraternelle au sein du Parti et sur les bons rapports avec le peuple. Vous appuyer fermement sur le peuple, voilà le moyen de vous en sortir.

En résumé, notre Parti se trouve devant de nombreuses difficultés dont il faut tenir compte et auxquelles tous les camarades doivent avoir l’esprit bien préparé. Mais l’orientation générale de la situation à l’extérieur et à l’intérieur du pays est favorable à notre Parti et au peuple. Tant que tout le Parti restera étroitement uni, nous saurons vaincre pas à pas toutes nos difficultés.

flechesommaire2

Notes

1 Circulaire à l’intention du Parti, rédigée au nom du Comité central du Parti communiste chinois par le camarade Mao Tsé-toung deux jours avant son voyage à Tchongking pour les négociations de paix avec Tchiang Kaï-chek. Comme le Parti communiste chinois et les grandes masses du peuple chinois s’opposaient fermement au complot de guerre civile de Tchiang Kaï-chek, et que l’impérialisme américain devait encore compter avec l’opinion démocratique mondiale qui condamnait unanimement la politique de guerre civile et de dictature de Tchiang Kaï-chek, celui-ci envoya trois télégrammes au camarade Mao Tsé-toung les 14, 20 et23 août 1945, l’invitant à se rendre à Tchongking pour les négociations de paix. Pour les mêmes raisons, Patrick J. Hurley, alors ambassadeur des Etats-Unis en Chine auprès du gouvernement du Kuomintang, vint à Yenan le 27 août. Dans le but de faire tous les efforts possibles en faveur de la paix, et aussi, tout en luttant pour la paix, de montrer sous leur vrai jour l’impérialisme américain et Tchiang Kaï-chek, dans l’intérêt de l’union et de l’éducation des masses populaires, le Parti communiste chinois décida d’envoyer à Tchongking les camarades Mao Tsé-toung, Chou En-laï et Wang Jouo-fei entamer les négociations de paix avec le Kuomintang. Cette circulaire rédigée par le camarade Mao Tsé-toung analysait l’évolution de la situation en Chine durant les deux semaines qui suivirent l’annonce faite par le Japon qu’il capitulait. Elle exposait la ligne de conduite du Comité central du Parti communiste chinois à l’égard des négociations de paix, certaines concessions que le Parti était prêt à faire durant les pourparlers, et les mesures à prendre selon les deux issues possibles des négociations. Elle donnait des directives sur les principes de lutte à suivre respectivement dans les régions libérées de la Chine du Nord et de l’Est et dans celles de la Chine du Centre et du Sud. Elle avertissait tout le Parti qu’il ne fallait en aucune façon relâcher, du fait des négociations, la vigilance ou la lutte contre Tchiang Kaï-chek. Le camarade Mao Tsé-toung et ses compagnons arrivèrent à Tchongking le 28 août et discutèrent avec le Kuomintang pendant quarante-trois jours. Bien que les négociations n’aient abouti qu’à la publication d’un “Résumé des conversations entre les délégués du Kuomintang et ceux du Parti communiste chinois” (connu également sous le nom d’“Accord du 10 Octobre”), elles permirent, sur le plan politique, au Parti communiste chinois de s’emparer de l’initiative dans une large mesure tout en reléguant le Kuomintang dans une position passive; elles constituèrent donc un succès. Le camarade Mao Tsé-toung retourna à Yenan le 11 octobre. Les camarades Chou En-laï et Wang Jouo-fei restèrent à Tchongking, afin de poursuivre les négociations. Pour les résultats, voir l’article suivant du présent tome: “Sur les négociations de Tchongking”.
2 Les trois grands mots d’ordre: paix, démocratie et union furent lancés le25 août 1945 par le Comité central du Parti communiste chinois dans sa “Déclaration sur la situation actuelle”. La déclaration soulignait qu’après la capitulation de l’impérialisme japonais, “la tâche de première importance qui attend la nation tout entière est de renforcer l’union dans le pays, d’assurer la paix intérieure, d’instaurer la démocratie et d’améliorer la vie du peuple, afin de pouvoir, sur la base de la paix, de la démocratie et de l’union, réaliser l’unité du pays et édifier une nouvelle Chine, indépendante, libre, prospère et puissante”.
3 A la veille comme au lendemain de la capitulation du Japon, l’Union soviétique, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne exprimaient leur désapprobation au sujet d’une guerre civile en Chine. Mais bientôt les événements démontrèrent que cette “désapprobation” des Etats-Unis ne servait qu’à camoufler l’aide active qu’ils apportaient au gouvernement réactionnaire du Kuomintang dans la préparation d’une guerre civile contre-révolutionnaire.
4 La Ligue démocratique fut fondée en 1941 sous le nom de Ligue des Groupements démocratiques de Chine. Réorganisée en 1944, elle prit depuis son nom actuel.
5 Voir “La Tactique actuelle dans le front uni de résistance contre le Japon” et “Au sujet de notre politique”, Œuvres choisies de Mao Tsé-toung, tome II.