Luttons pour une amélioration radicale de la situation financière et économique du pays

Luttons pour une amélioration radicale de la situation financière et économique du pays1Rapport écrit du camarade Mao Tsétoung distribué à la troisième session plénière du Comité central issu du Congrès du Parti communiste chinois.

Mao Zedong

6 juin 1950

La situation internationale actuelle nous est favorable. Le front mondial de la paix et de la démocratie ayant à sa tête l’Union soviétique est encore plus puissant que l’an dernier. Le mouvement populaire pour la paix et contre la guerre a fait du chemin à travers le monde. Le mouvement de libération nationale, qui a pour but d’en finir avec l’oppression de l’impérialisme, s’est considérablement étendu; notons en particulier la montée du mouvement de masse contre l’occupation américaine chez les peuples japonais et allemand et le développement de la lutte populaire de libération des nations opprimées de l’Orient. En même temps, les contradictions se sont accentuées entre les pays impérialistes, surtout entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Les disputes se sont également multipliées entre les divers groupes au sein de la bourgeoisie américaine et de la bourgeoisie britannique. Par contre, une unité solide règne dans les rapports entre l’Union soviétique et les pays de démocratie populaire ainsi que dans les rapports mutuels de ces derniers. Le nouveau traité sino-soviétique2Il s’agit du Traité d’Amitié, d’Alliance et d’Assistance mutuelle entre la Chine et l’Union soviétique, signé le 14 février 1910. d’une grande portée historique a consolidé les relations amicales entre les deux pays. D’une part, il nous permet d’entreprendre plus librement et plus rapidement l’édification du pays; d’autre part, il stimule la lutte grandiose des peuples du monde pour la paix et la démocratie, contre la guerre et l’oppression. La menace de guerre venant du camp impérialiste de­meure, de même que l’éventualité d’une troisième guerre mondiale. Cependant, les forces qui luttent pour conjurer le danger de guerre, pour empêcher une troisième guerre mondiale, se développent rapide­ment; dans sa grande majorité, la population mondiale devient de plus en plus politiquement consciente. Une nouvelle guerre mondiale pourra être conjurée si les partis communistes du monde entier continuent de rallier à eux toutes les forces de paix et de démocratie susceptibles d’être ralliées et les aident à prendre un plus grand développement. Les rumeurs de guerre répandues par les réactionnaires du Kuomintang visent à tromper le peuple et sont dénuées de fondement.

La situation actuelle de notre pays se présente comme suit: Le Gouvernement populaire central de la République populaire de Chine et les gouvernements populaires locaux à tous les échelons ont été constitués. L’Union soviétique, les pays de démocratie populaire et un certain nombre de pays capitalistes ont établi successivement des rela­tions diplomatiques avec notre pays. Dans la partie continentale, la guerre est terminée pour l’essentiel. Il ne reste à libérer que Taïwan et le Tibet, tâche qui implique encore des luttes ardues. Dans certaines régions de la partie continentale, les réactionnaires du Kuomintang ont eu recours à la guérilla de bandits et incité des éléments arriérés à lutter contre le gouvernement populaire. Ils ont organisé contre lui des activités de nombreux agents secrets et espions. Ceux-ci ont répandu des rumeurs parmi la population dans la tentative de saper le prestige du Parti communiste et du gouvernement populaire, et de miner l’union et la coopération entre les différentes nationalités, les classes démocratiques, les partis démocratiques et les organisations populaires. De plus, ils se sont employés à saboter l’économie populaire, à assassiner des militants du Parti et des travailleurs du gouvernement et à recueillir des renseignements pour le compte des impérialistes et des réactionnaires du Kuomintang. Toutes ces activités contre- révolutionnaires sont dirigées en coulisse par l’impérialisme, notam­ment l’impérialisme américain. Ces bandits, agents secrets et espions sont tous des laquais de l’impérialisme. Après la victoire décisive remportée en hiver 1948 avec les trois grandes campagnes de Liaosi- Chenyang, de Houai-Hai et de Peiping-Tientsin, l’Armée populaire de Libération a, au cours des treize mois et demi qui nous séparent des opérations du passage du Yangtsé commencées le 21 avril 1949, achevé l’occupation de tout le territoire de la Chine à l’exception du Tibet, de Taïwan et d’autres îles, et mis hors de combat 1.830.000 hommes des troupes réactionnaires du Kuomintang, ainsi que 980.000 bandits de guérilla. D’autre part, les organismes de la sécurité publique populaire ont débusqué quantité d’organisations et d’agents du service secret réactionnaire. Dans les régions nouvellement libérées, l’Armée popu­laire de Libération a pour tâche d’exterminer ce qui reste des bandits, et les organismes de la sécurité publique populaire continueront de porter des coups aux organisations du service secret de l’ennemi. Dans sa majorité, la population soutient chaleureusement le Parti commu­niste, le gouvernement populaire et l’Armée populaire de Libération. Ces derniers mois, le gouvernement populaire a assumé, pour l’ensem­ble du pays, la gestion et la direction unifiées des finances et de l’économie, il a réussi à établir l’équilibre des recettes et des dépenses, à arrêter l’inflation monétaire et à stabiliser les prix. Par la livraison des céréales, le paiement des impôts et la souscription aux bons de l’emprunt d’Etat3Il s’agit des “Bons indexés de la Victoire du Peuple”, émit en 1910 par le Gouvernement populaire central., la population de tout le pays lui a apporté son sou­tien. L’année dernière, la Chine a été frappée par des calamités naturelles sur de vastes étendues; environ 120 millions de mous de terres cultivées et 40 millions d’habitants ont été affectés à divers degrés par les inondations et la sécheresse. Le gouvernement popu­laire a assuré aux sinistrés une large assistance et procédé à des travaux hydrauliques de grande envergure en de nombreux endroits. Cette année, la moisson s’annonce meilleure que l’année dernière. La récolte d’été paraît bonne dans l’ensemble; si la moisson d’automne l’est aussi, on peut prévoir pour l’an prochain une situation plus satisfaisante. La longue domination de l’impérialisme et de la réaction du Kuomintang a laissé l’économie de notre société dans un état anormal et a engendré un chômage massif. Depuis la victoire de la révolution, une réorgani­sation plus ou moins poussée s’opère dans toute la vieille structure économique de la société, et le nombre de chômeurs a encore augmenté. C’est un grave problème, et le gouvernement populaire a pris les pre­mières mesures pour donner une assistance aux chômeurs et leur four­nir du travail afin de résoudre ce problème graduellement. Dans le domaine de la culture et de l’enseignement, il a déployé une grande activité, et nombreux sont les intellectuels et les jeunes étudiants qui se sont mis à l’étude pour acquérir les connaissances nouvelles ou se sont joints au travail révolutionnaire. Le gouvernement populaire a déjà entrepris de réajuster judicieusement l’industrie et le commerce et d’améliorer les rapports entre l’économie d’Etat et l’économie privée, ainsi qu’entre le Travail et le Capital, et il poursuit cette tâche avec une énergie accrue.

La Chine est un immense pays dont les conditions sont très com­plexes; la révolution avait d’abord triomphé dans quelques régions avant de remporter la victoire dans l’ensemble du pays. De ce fait, dans les régions anciennement libérées (160 millions d’habitants en­viron), la réforme agraire a été achevée, l’ordre public établi, l’édifica­tion économique engagée dans la bonne voie, la vie de la majorité des travailleurs améliorée et le problème du chômage parmi les ouvriers et les intellectuels résolu (dans la Chine du Nord-Est) ou presque résolu (dans la Chine du Nord et le Chantong). Dans le Nord-Est en particulier, l’édification économique planifiée a déjà commencé. Alors que dans les régions nouvellement libérées (310 millions d’habi­tants environ), celles dont la libération ne date que de quelques mois, de six mois ou d’un an, plus de 400.000 bandits disséminés dans des endroits reculés restent à liquider, le problème de la terre n’est pas résolu, l’industrie et le commerce n’ont pas été réajustés de façon judi­cieuse, le chômage demeure un fait grave et l’ordre public n’est pas assuré. En un mot, les conditions nécessaires n’y sont pas encore réunies pour commencer l’édification économique planifiée. C’est pourquoi j’ai dit il y a quelque temps que nous avions remporté sur le front économique une série de succès, par exemple, l’équilibre des recettes et des dépenses était sur le point d’être atteint, l’inflation monétaire était arrêtée, les prix tendaient à se stabiliser, ce qui marquait le début d’une amélioration de la situation économique et financière, mais ce n’était pas encore une amélioration radicale. Pour y parvenir, trois conditions sont nécessaires: 1) l’accomplissement de la réforme agraire; 2)le réajustement judicieux de l’industrie et du commerce existants; 3) la réduction massive des dépenses de nos administrations d’Etat. Il faudra un certain temps pour que ces trois conditions soient remplies, mettons trois ans ou un peu plus. Tout le Parti et tout le peuple doivent y consacrer leurs efforts. Je suis convaincu, comme vous tous, qu’elles pourront être réalisées dans trois ans environ. A ce moment-là, nous constaterons une amélioration radicale de la situation financière et économique dans l’ensemble du pays.

A cette fin, tout le Parti et tout le peuple doivent s’unir pour accomplir les tâches suivantes:

1. Entreprendre la réforme agraire4A partir de l’hiver 1950, un mouvement de grande envergure pour la réforme agraire a été successivement déclenché dans les régions nouvellement libérées du pays. En hiver 1952, la réforme agraire a été achevée pour l’essentiel, sauf dans certaines régions de minorités nationales. Dans les régions nouvellement et ancien­nement libérées du pays, environ 300 millions de paysans, qui étaient dépourvus de terre ou en avaient très peu, se sont vu attribuer environ 700 millions de mous de terre. méthodiquement et par étapes. Étant donné que la guerre est pour l’essentiel terminée sur la partie continentale du pays et que la situation est complètement différente de celle des années 1946-1948 (l’Armée populaire de Libération menait alors contre les réactionnaires du Kuomintang une lutte à mort, lutte dont l’issue n’était pas encore certaine), l’Etat peut accorder des crédits aux paysans pauvres pour les aider à surmonter leurs difficultés, ce qui remédiera au désavantage de recevoir moins de terre. Donc, il doit y avoir un changement dans notre politique à l’égard des paysans riches; il nous faut passer de la politique de réquisition de leurs terres et biens en excédent à une politique de préservation de leur économie, afin de rétablir plus rapidement la production dans les régions rurales et de mieux isoler les propriétaires fonciers et protéger les paysans moyens et les petits bailleurs de lopins de terre.

2. Renforcer la gestion et la direction unifiées des finances et de l’économie, consolider l’équilibre des recettes et des dépenses, conti­nuer à stabiliser les prix. Il faut, conformément à ces principes, réajuster les impôts pour alléger dans une certaine mesure les charges du peuple. Selon le principe d’une planification d’ensemble tenant compte de tous les facteurs, il faut faire disparaître progressivement le laisser-aller et l’anarchie dans notre économie, réajuster de façon judicieuse l’industrie et le commerce existants et améliorer effective­ment et judicieusement les rapports entre l’économie d’Etat et l’éco­nomie privée, entre le Travail et le Capital. Les différents secteurs économiques de la société pourront de la sorte, sous la direction du secteur de l’économie d’Etat de caractère socialiste, se répartir les tâches et collaborer entre eux, chacun selon le rôle qui lui revient, pour contribuer au relèvement et au développement de toute l’écono­mie de la société. Certains s’imaginent qu’on pourrait éliminer le capitalisme et pratiquer le socialisme plus tôt, une telle vue est erronée; elle ne correspond pas aux conditions de notre pays,

3. Tout en conservant ses forces principales, l’Armée populaire de Libération doit démobiliser en 1950 une partie de ses troupes, à condition de garder des effectifs suffisants pour libérer Taiwan et le Tibet, pour consolider la défense nationale et réprimer les contre- révolutionnaires. Cette démobilisation doit être effectuée avec beaucoup de soin pour que les militaires démobilisés puissent, une fois rentrés dans leurs foyers, se consacrer à la production. Un réajustement est nécessaire dans nos organismes administratifs, et on prendra les mesures qui conviennent pour que le personnel en sur­nombre ait la possibilité de travailler ou d’étudier.

4. Il faut réaliser avec prudence et méthode la réforme des anciens établissements scolaires et des anciennes institutions culturelles de la société; il faut gagner à notre cause tous les intellectuels patriotes pour qu’ils se mettent au service du peuple. Dans ce domaine, les atermoiements ou l’hésitation à exécuter des réformes, tout comme la précipitation ou le recours à des méthodes arbitraires, ne sauraient convenir.

5. Il faut s’occuper sérieusement de l’assistance à dispenser aux ouvriers et intellectuels en chômage, et les aider méthodiquement à trouver un emploi. De sérieux efforts seront poursuivis pour venir en aide aux sinistrés.

6. Nous devons nous unir sincèrement avec les personnalités démocrates des différents milieux, les aider à résoudre les problèmes concernant le travail et les études, et surmonter dans notre travail de front uni la tendance sectaire de “porte close” et la tendance aux accommodements. Nous devons assurer le bon déroulement des assemblées des représentants du peuple des différents milieux5Conformément au Programme commun de la Conférence consultative du Peuple chinois de 1949, ces assemblées furent créées pour exercer graduellement les fonctions et pouvoirs des assemblées populaires, dans la période qui a précédé la convocation des assemblées populaires locales aux divers échelons issues des élections générales.

, qui permettront d’unir tous les milieux de la population en vue d’un travail commun. Toutes les activités importantes des gouvernements populaires locaux doivent être soumises à l’examen et à la décision de ces assemblées. Les délégués à ces assemblées doivent jouir pleine­ment du droit à la libre expression; tout acte visant à les en empêcher est erroné.

7. Les bandits, agents secrets, tyrans locaux et autres contre- révolutionnaires, tous ces éléments nuisibles au peuple doivent être résolument liquidés. A cet effet, nous appliquerons une politique combinant la répression et la clémence sans mettre l’accent unique­ment sur l’un ou l’autre de ces deux aspects, une politique qui consiste à châtier les principaux coupables, à ne pas punir ceux qui sont devenus complices par contrainte, et à récompenser ceux qui ont rendu des services méritoires. Tout le Parti et tout le peuple chinois redoubleront de vigilance à l’égard des intrigues des contre- révolutionnaires.

8. Il faut appliquer résolument les directives du Comité central sur la consolidation et le développement de l’organisation du Parti, sur le resserrement des liens entre le Parti et les masses populaires, sur le développement de la critique et de l’autocritique et sur le mouvement de rectification du style de travail dans tout le Parti. Etant donné que notre Parti compte déjà 4.500.000 membres, nous devons, à l’avenir, observer le principe de prudence dans l’élargisse­ment de ses rangs, en interdire rigoureusement l’accès aux arrivistes et, par des mesures adéquates, en exclure ceux qui s’y sont déjà glissés. Il faut veiller à y admettre systématiquement des ouvriers politiquement conscients afin d’accroître la proportion des ouvriers dans l’organisation du Parti. Dans les régions anciennement libérées, le Parti doit en général suspendre le recrutement de nouveaux membres à la campagne. Dans les régions nouvellement libérées, à la cam­pagne, là où la réforme agraire n’est pas encore terminée, il faut s’abstenir, en général, d’accroître les effectifs du Parti pour ne pas laisser les arrivistes s’y glisser. Au cours de l’été, de l’automne et de l’hiver 1950, tout le Parti devra, en liaison étroite avec ses autres tâches et non pas en s’en écartant, entreprendre un vaste mouvement de rectification: on étudiera des documents choisis, on fera le bilan du travail, on analysera la situation et on procédera à la critique et à l’autocritique; cela permettra d’élever le niveau idéologique et politique des cadres et des simples membres du Parti, de redresser les erreurs commises dans le travail, de surmonter la suffisance et l’orgueil de ceux qui se prévalent de leurs mérites, d’éliminer la bureaucratie et l’autoritarisme et d’améliorer les rapports entre le Parti et le peuple.

flechesommaire2

Notes

Notes
1 Rapport écrit du camarade Mao Tsétoung distribué à la troisième session plénière du Comité central issu du Congrès du Parti communiste chinois.
2 Il s’agit du Traité d’Amitié, d’Alliance et d’Assistance mutuelle entre la Chine et l’Union soviétique, signé le 14 février 1910.
3 Il s’agit des “Bons indexés de la Victoire du Peuple”, émit en 1910 par le Gouvernement populaire central.
4 A partir de l’hiver 1950, un mouvement de grande envergure pour la réforme agraire a été successivement déclenché dans les régions nouvellement libérées du pays. En hiver 1952, la réforme agraire a été achevée pour l’essentiel, sauf dans certaines régions de minorités nationales. Dans les régions nouvellement et ancien­nement libérées du pays, environ 300 millions de paysans, qui étaient dépourvus de terre ou en avaient très peu, se sont vu attribuer environ 700 millions de mous de terre.
5 Conformément au Programme commun de la Conférence consultative du Peuple chinois de 1949, ces assemblées furent créées pour exercer graduellement les fonctions et pouvoirs des assemblées populaires, dans la période qui a précédé la convocation des assemblées populaires locales aux divers échelons issues des élections générales.