Chapitre 3 : Analyse de classe de la société indienne

Stratégie et tactiques de la révolution indienne

Parti Communiste d’Inde (maoïste)

21 Septembre 2004

PARTIE 1 : STRATÉGIE

Chapitre 3 : Analyse de classe de la société indienne

   Maintenant, analysons les différentes classes de la société indienne contemporaine.

La classe de propriétaires fonciers

   Ces personnes qui possèdent de considérables étendues de terre et instruments de production, qui ne s’engagent pas eux-mêmes dans le travail ou ne le font que dans une très faible mesure et qui vivent en exploitant les paysans et les ouvriers agricoles (travailleurs non rémunérés et travailleurs à différents niveaux de salaire injustes) sont appelées propriétaires fonciers. Ils louent à bail une partie ou toutes leurs terres à des paysans à des taux exorbitants. L’extorsion des métayers, les dépouillant d’au moins 50% de leurs produits, est une de leur forme d’exploitation. De plus, ils peuvent s’engager en tant qu’usuriers, négociants, thésauriseurs, propriétaires de carrière, entrepreneurs, commerçants basés sur l’agriculture et dans d’autres activités industrielles et commerciales. La terre étant la base de leur exploitation, ils empêtrent les paysans pauvres dans diverses formes d’esclavage et leur tirent autant de surplus que possible, ce qui est une forme modifiée de fermage féodal.

   Une section des propriétaires fonciers possède des instruments de production modernes, emploie des ouvriers agricoles, supervise la culture, produit pour le marché et réinvesti une partie du surplus dans l’agriculture. Cette section des propriétaires fonciers représente le capitalisme dans l’agriculture. Mais ce capitalisme est un capitalisme déformé. Il aide à perpétuer les valeurs féodales, il retarde le développement libre et indépendant de l’économie pour davantage approfondir l’exploitation impérialiste et faire opposition à la démocratie et à l’intérêt du pays. Un grand nombre de propriétaires fonciers, comme la majeure partie des princes d’autrefois, sont également des industriels compradores.

   Les propriétaires fonciers jouissent d’une immense puissance sociale et politique dans la campagne. Ils s’emparent de la part du lion des prêts institutionnels, des intrants modernes et des autres infrastructures fournies par le gouvernement. Certains propriétaires fonciers entretiennent des armées privées et embauchent aussi des anti-sociaux, des bandits, etc. pour opprimer sans pitié les masses rurales. En plus, ils soutirent d’énormes sommes par l’extorsion de fonds aux entrepreneurs et aux commerçants. En règle générale, ils appartiennent aux castes supérieures, représentent la culture la plus rétrograde, pratiquent le patriarcat pour opprimer les femmes ; ils se servent du nauséabond système de caste pour opprimer les Dalits et autres castes arriérées. En faisant office d’entrave au développement des forces productives, ils sont la principale base sociale pour le contrôle impérialiste sur l’Inde.

   Une section de propriétaires fonciers appartient également aux couches supérieures des castes arriérées et a nouvellement émergé. Ils servent de base sociale à divers partis politiques basés sur les castes.

   Ceux qui encaissent la rente foncière au nom des propriétaires fonciers, et dont les revenus dépendent principalement de l’exploitation des paysans par les propriétaires fonciers et aussi dont le mode de vie est celui d’un paysan de classe moyenne-supérieure, doivent être traités comme des propriétaires fonciers. Ce sont les ennemis de la paysannerie et du peuple indien en bloc.

La bourgeoisie bureaucrate compradore

   En Inde, à l’intérieur du système colonial lui-même, le capital colonial s’est développé dans une grande mesure. Après le transfert de pouvoir de l’impérialisme à la grande bourgeoisie et aux grands propriétaires fonciers, le capitalisme qui est développé en Inde par l’impérialisme et la bourgeoisie bureaucrate compradore n’est pas un capitalisme national indépendant mais un capitalisme bureaucrate compradore qui est lié à l’impérialisme et le féodalisme est devenu un capitalisme monopoliste féodal compradore. Telle est la base économique des classes dirigeantes réactionnaires de l’Inde. Ce capitalisme bureaucrate se développe sur une base semi-féodale. Étroitement lié au capital impérialiste et servant ses intérêts, ce capital bureaucrate compradore monopolise les liens économiques vitaux de tout le pays et est un obstacle au développement d’une économie indienne indépendante. Il protège les rapports de production semi-féodaux en Inde. Ce capital bureaucrate compradore opprime non seulement les ouvriers et les paysans, mais également la petite-bourgeoisie urbaine, et il fait du tort à la bourgeoisie nationale. La bourgeoisie bureaucrate compradore, au cours de ses soixante années de domination, a amassé une énorme quantité de richesses en utilisant le pouvoir d’état. Elle a ménagé de solides conditions matérielles pour la révolution de nouvelle démocratie. Ce capital bureaucrate compradore de l’Inde est un instrument du renforcement des profits des impérialistes et des compradores.

   La classe de la bourgeoisie bureaucratique compradore ou la classe de la grande bourgeoisie de l’Inde qui était apparue à l’intérieur du système colonial a une longue histoire. Elle est née et fut élevée sous le patronage de l’impérialisme britannique et dès le tout début, elle a été naturellement liée au féodalisme. Elle s’est dégagée de la classe de négociants compradores, de seigneurs féodaux, de courtiers et de gros usuriers, et a par conséquent été de nature compradore dès sa naissance. Elle a commencé à investir dans les industries en collaboration avec l’impérialisme britannique au début, et avec d’autres puissances impérialistes, tout particulièrement après la soi-disant indépendance en 1947. Celle-ci a commencé à se transformer en bourgeoisie bureaucrate compradore après avoir assumé le pouvoir d’état avec la classe des grands propriétaires féodaux, qui sont soumis à l’impérialisme.

   La grande bourgeoisie compradore est une classe qui est au service des capitalistes des pays impérialistes et qui est entretenue par eux. D’innombrables liens la relie étroitement aux forces féodales dans la campagne. De plus, le camarade Mao a dit : “La bourgeoisie compradore est toujours un chien de garde de l’impérialisme et une cible de la révolution” (“Expériences dans l’histoire de notre parti”). Être au service de l’impérialisme est son caractère principal et satisfaire ses propres intérêts, et non le développement du capitalisme dans les intérêts du peuple indien et du pays, est son aspect non-principal. Ou, en d’autres termes, l’asservissement à l’impérialisme est principal tandis que la maniabilité ou le marchandage sont non-principaux.

   Les puissances impérialistes ont fait de la classe des propriétaires fonciers féodaux comme de la classe compradore les supports sociaux principaux pour leur contrôle et leur exploitation de l’Inde.

   Les classes indiennes de la bourgeoisie bureaucrate compradore et des grands propriétaires fonciers sont les principaux instruments de l’exploitation impérialiste de l’Inde. Ensemble, l’impérialisme, le capitalisme bureaucrate compradore et le féodalisme dominent toute la vie économique et sociale du pays tout entier. L’état indien est une dictature commune des classes de la grande bourgeoisie et des grands propriétaires fonciers dirigés par la bourgeoisie bureaucrate compradore qui est soumise à l’impérialisme.

   Étant soumise à l’impérialisme, le rôle rapace de la bourgeoisie bureaucrate compradore n’est pas seulement limité à l’Inde. Elle a aussi en vue les pays voisins d’Asie du Sud et intervient assez souvent dans leurs affaires politiques. Soutenue par les puissances impérialistes, l’Inde joue un rôle expansionniste, ce qui est une grande menace pour les pays voisins de l’Inde. A travers ce rôle expansionniste agressif, la bourgeoisie bureaucrate compradore de l’Inde, en étant au service des impérialistes principalement, a également ses propres intérêts dans la région, pillant ces pays de leurs capitaux, de leur marché, de leurs matières premières, etc. Sa nature expansionniste vient du fait qu’en exploitant l’Inde, le colonialisme britannique a aussi utilisé notre pays comme une plateforme pour sa domination de la région de l’Océan Indien. Par conséquent, la bourgeoisie compradore indienne, dès le début, a été une compradore fidèle et de confiance, et a servi d’intermédiaire pour les Britanniques non seulement en Inde, mais aussi dans plusieurs pays d’Afrique et d’Asie qui tombaient sous la domination britannique.

   Dans la période de mondialisation, libéralisation et privatisation qui a été lancée en 1985 et qui a fait un bond important en 1991, la politique de nationalisation de la période précédente a commencé à être inversée et de gros morceaux du secteur public sont rendus à des sociétés transnationales et à la grande bourgeoisie compradore à des prix cassés. Avec le bond majeur dans la pénétration de capitaux étrangers qui se poursuit, de vastes secteurs de l’économie se sont enfoncés dans leur contrôle direct. Bien que l’alliance entre la grande bourgeoisie compradore, le capital d’état et le capital étranger continue, leurs proportions relatives dans les entreprises changent ; le capital d’état est réduit alors que celui d’une section de la grande bourgeoisie compradore augmente avec le capital étranger.

   La bourgeoisie bureaucrate compradore se positionne comme une des pierres d’achoppement majeures pour le progrès de notre pays. Par conséquent, les cibles qui doivent être vaincues dans la révolution de nouvelle démocratie sont : l’impérialisme, le capitalisme bureaucrate compradore et le féodalisme.

   Pour récapituler, le développement de la bourgeoisie bureaucrate compradore dans notre pays après 1947 ne peut pas être vu indépendamment de l’impérialisme. Sa survie et son développement dépendent totalement de l’impérialisme. Le soi-disant secteur public ou secteur nationalisé fait partie intégrante du capital bureaucrate compradore et est entièrement soumis à l’impérialisme. D’un point de vue politique, la bourgeoisie bureaucrate compradore vend les intérêts du pays à l’impérialisme et maintien les rapports semi-féodaux grâce à son alliance avec la classe des propriétaires fonciers.

   En raison de la croissance phénoménale du secteur public et de l’appareil d’état après le transfert de pouvoir de 1947, une petite couche supérieure de bureaucrates et de politiciens des partis de la classe dirigeante ont acquis des dizaines de millions de roupies en détournant des fonds publics par l’intermédiaire de pots-de-vin et de commissions dans de vils marchés et divers autres moyens sans scrupules en vertu de leur position de pouvoir à différents niveaux. Bien qu’elles n’existent pas en tant que classe distincte, ces sections parasites font partie de la bourgeoisie bureaucrate.

   Ces intellectuels et professionnels qui sont au service direct de la bourgeoisie bureaucrate compradore et de l’impérialisme et qui justifient l’exploitation du peuple indien par ce dernier doivent être considérés comme appartenant à cette classe.

Forces motrices de la révolution indienne

1. Le prolétariat

   Le prolétariat est une classe privée de tout moyen de production et qui est contrainte de vendre sa force de travail aux propriétaires capitalistes des moyens de production. C’est la classe la plus concentrée dans la société indienne contemporaine et elle a une histoire héroïque de lutte de classe révolutionnaire, y compris de lutte anti-impérialiste. Les effectifs du prolétariat indien dans les secteurs syndiqués, à la fois dans les secteurs public et privé, sont d’environ 26 millions. Le nombre de salariés travaillant dans de petites industries, dans le bâtiment et en tant que contractuels et journalier s’élève à environ 40 millions. Ensemble, leur nombre est à peu près d’environ 70 millions.

   Le prolétariat industriel de l’Inde a toutes les caractéristiques principales qu’a le prolétariat à travers le monde, telles que d’être associé avec et concentré dans le système économique capitaliste développé, d’avoir une discipline organisationnelle, de manquer de moyens de production, etc. Le prolétariat indien subi l’oppression des impérialistes, des classes de la bourgeoisie bureaucrate compradore et des propriétaires fonciers. Comme la majorité du prolétariat indien est issu des classes de paysans pauvres, il a des liens naturels avec la population paysanne. Le prolétariat et les classes paysannes ont des influences mutuelles et des rapports forts.

   En dehors de ce prolétariat industriel, il y a également un prolétariat rural assez conséquent. Ces ouvriers agricoles travaillent principalement dans de grandes plantations et exploitations agricoles de café, thé, noix de coco, mangue, caoutchouc, noix d’arec, sucre, fruits et légumes. Ils n’ont aucun moyen de production à eux et vivent en vendant leur force de travail aux grands propriétaires fonciers pro-capitalistes, à la bourgeoisie compradore et aux impérialistes qui possèdent les plantations.

   Il y a aussi une petite section dans la classe ouvrière constituée des bureaucrates syndicaux qui reçoivent divers pots-de-vin de la part des employeurs. Cette section constitue les lieutenants ouvriers du capital et représente l’idéologie bourgeoise à l’intérieur de la classe ouvrière. Bien que, en général, cette section s’oppose aux luttes de la classe ouvrière, dans la période de crise, il se peut que certains d’entre eux changent de rôle et participent aux mouvements de la classe ouvrière.

   La force motrice fondamentale dans la révolution de nouvelle démocratie est le prolétariat. Mais il ne peut pas remporter la victoire en se reposant uniquement sur ses propres forces. Pour remporter la victoire, cette classe doit diriger toutes les classes, en particulier la paysannerie, et d’autres couches de la population peuvent participer dans la révolution. Le prolétariat joue le rôle de meneur dans la révolution.

2. Paysans pauvres et sans terre

   En règle générale, les paysans sans terre, y compris les travailleurs agricoles (prolétariat rural) n’ont pas de terre ni d’outils agricoles à eux. Ils vivent en vendant soit totalement soit principalement leur force de travail.

   Certains parmi les paysans pauvres possèdent des terres nominalement ou louent de petites parcelles de terre. De la même façon, certains ont de faméliques outils agricoles. En plus de payer une rente foncière et un intérêt, ils vendent leur propre force de travail et sont par conséquent exploités dans tous les cas de figure.

   Ils constituent 65-70% de la population rurale. De toutes les classes qui existent dans la société indienne, les paysans pauvres et sans terre sont les forces motrices fondamentales et sont l’allié le plus solide du prolétariat.

3. Le semi-prolétariat

   L’élément majeur du semi-prolétariat est l’énorme masse de paysans pauvres. Ceux qui possèdent de simples équipements tels que les petits artisans, les charpentiers, les maçons, les mécaniciens et autres forment une partie du semi-prolétariat. Il y a également ceux qui gagnent leur vie en travaillant comme colporteurs, hamalis, tireurs de pousse-pousse, conducteurs de pousse-pousse motorisé, ouvriers temporaires du bâtiment en milieu rural, domestiques et engagés dans un grand nombre d’autres emplois semblables, touchant des salaires journaliers. Les pêcheurs font également partie du semi-prolétariat. Ils deviennent continuellement des éléments du prolétariat. Ces semi-prolétaires sont une force motrice importante de la révolution de nouvelle démocratie.

4. Le paysan moyen

   La majeure partie des paysans moyens ont leurs propres terres. Certains autres prennent une terre à bail en plus des leurs. En général, ils possèdent suffisamment d’outils agricoles. Tous les revenus du paysan moyen, ou la plus grande partie de ceux-ci, proviennent de son propre travail. En règle générale, le paysan moyen n’exploite pas les autres et ne vend pas non plus sa force de travail. Il est soumis à l’exploitation du féodalisme, de l’impérialisme et du capitalisme bureaucratique compradore. Certains paysans moyens exploitent dans une faible mesure, mais ce n’est pas leur revenu principal. Certains d’entre eux (paysans moyens nantis) ont des terres excédentaires et engagent de temps en temps de la main d’œuvre. Certains prêtent même de petites sommes d’argent à intérêt.

   Opprimé par le féodalisme, l’impérialisme et le capitalisme bureaucrate compradore, le pays moyen prendra un rôle actif dans les luttes anti-féodales comme anti-impérialistes. Par conséquent, la paysannerie de classe moyenne dans son ensemble est une alliée digne de confiance du prolétariat. L’attitude positive ou négative des paysans moyens est un des facteurs décidant de la victoire ou de la défaite dans la révolution, et ceci est surtout vrai après la révolution agraire lorsqu’ils deviennent la majorité de la population rurale.

   Ils sont les forces motrices importantes dans la révolution. La paysannerie moyenne peut être considérée comme la petite-bourgeoisie rurale. Elle représente à peu près 20-25% de la population rurale.

5. Le paysan riche

   Les paysans riches constituent 10 à 15% de la population rurale. Ils possèdent des quantités considérables de terre. Certains ne possèdent qu’une partie de leur terre et louent le reste à bail. Les avoirs qu’ils gèrent sont un surplus – un surplus producteur. Généralement, ils possèdent de meilleurs instruments de production. En règle générale, ils participent eux-mêmes au travail, et en ce sens, ils constituent une partie de la paysannerie, mais en même temps, ils se reposent toujours sur l’exploitation pour une partie ou même la majeure partie de leurs revenus. En général, si les revenus d’un paysan par l’exploitation sont de plus de 50%, ils doivent être classifiés comme paysans riches. Bien qu’ils adoptent plus ou moins toutes les formes existantes d’exploitation semi-féodale, leur forme d’exploitation principale est l’embauche de main-d’œuvre agricole. Il se peut qu’ils louent leur terre, qu’ils prêtent de l’argent ou se lancent dans les échanges commerciaux, le commerce, les petites affaires, etc. Les riches paysans pro-capitalistes utilisent la technologie moderne, se lancent dans la culture intensive, louent la terre à bail pour augmenter l’échelle de production et produire pour le marché. Le développement des rapports capitalistes dans l’agriculture dans certaines poches et la dépendance croissante des paysans riches sur le marché aussi bien pour l’achat d’inputs agricoles que pour la vente des produits les font entrer dans un conflit croissant avec l’impérialisme et la grande bourgeoisie compradore qui contrôlent le marché, et par conséquent, ils sont de plus en plus tirés dans les luttes des masses paysannes. Mais, en raison de leur position de classe, ils ont tendance à accepter le compromis face à la hausse de la répression d’état. En général, ils restent neutres dans la lutte révolutionnaire agraire. En tant que classe, ils peuvent être considérés comme des alliés indécis de la révolution. Une section de la paysannerie riche vient avec nous, une autre section reste neutre et une petite section rejoint les ennemis.

6. La petite bourgeoisie

   La petite bourgeoisie comprend les artisans, c-à-d ceux qui sont engagés dans la production à petite échelle, les petits commerçants, les niveaux inférieurs d’intellectuels tels que les étudiants, les professeurs dans le primaire et le secondaire, les conférenciers universitaires, les employés de bureau, les fonctionnaires subalternes, les ingénieurs, les médecins, les avocats et ceux qui sont employés dans différentes autres professions dont une grande partie des revenus de classe moyenne sont tirés de leur propre travail manuel ou mental.
La classe petite bourgeoise se compose de trois sections bien qu’elles fassent partie, dans les grandes lignes, de la même strate économique.

   La première section consiste en les relativement aisés, c-à-d ceux dont le salaire annuel permet d’avoir un excédent dépassant leurs besoins de consommation ; la deuxième section consiste en ceux qui, dans l’ensemble, subviennent à leurs besoins économiquement ; et la troisième section consiste en ceux dont les niveaux de vie sont continuellement en baisse et qui ont du mal à joindre les deux bouts.

   La première section vise toujours à gravir l’échelle sociale, est plus proche de la bourgeoisie nationale, elle se fie beaucoup à la propagande bourgeoise libérale et est méfiante à l’égard de la révolution. Cette section, qui est une minorité parmi la petite bourgeoisie, constitue son aile droite.

   La deuxième section, qui est très nombreuse et compose plus de la moitié de la petite bourgeoisie indienne, ne s’oppose jamais à la révolution, mais hésite seulement à la rejoindre étant donné qu’elle nourri des doutes en ce qui concerne la victoire finale de la révolution.

   La troisième section, tout aussi nombreuse, dont les niveaux de vie déclinent rapidement se manifeste ouvertement en soutien à la révolution et joue un rôle actif. Bien que ces trois sections diffèrent dans leur attitude à l’égard de la révolution en temps normal, en temps de guerre et de crise profonde, lorsque le mouvement révolutionnaire progresse vers la victoire, la classe de la petite bourgeoisie toute entière, y compris même l’aile droite, glisse sur le courant révolutionnaire. Et ceci en raison de sa propre position de classe dans la société, c-à-d sa position en tant que classe opprimée par le féodalisme, l’impérialisme et le capitalisme bureaucrate compradore avec de plus en plus de membres confrontés à l’insécurité sociale, se paupérisant et étant poussés dans les rangs du prolétariat ou des chômeurs avec l’intensification de la crise économique. Par conséquent, en tant que classe, cette section de la petite bourgeoisie constitue une des forces motrices de la révolution et est une alliée digne de confiance du prolétariat.

Différentes sections de la petite bourgeoisie

   (i) Les intellectuels et les étudiants : Ceux-ci ne représentent pas une classe ou une couche distincte dans la société. Considérés du point de vue de leur famille, de leurs conditions de vie et de leur conception politique, la majorité d’entre eux peut être traitée comme faisant partie de la petite bourgeoisie. Leur quantité en Inde a considérablement augmenté au cours des dernières décennies. La majorité d’entre eux sont opprimés par l’impérialisme, le féodalisme et le capitalisme bureaucrate compradore et vivent dans la crainte constante du chômage et dans l’insécurité sociale de pouvoir être forcés de renoncer à leurs études et d’autres craintes de cette sorte. Par conséquent, ils inclinent à la révolution. Ayant une éducation bourgeoise, des connaissances scientifiques et dans une certaine mesure, une conception politique enthousiaste, ils se tiennent fréquemment au premier plan dans la phase actuelle de la révolution ou font office de pont entre les gens. Ce fut tout d’abord parmi les intellectuels, les étudiants et les jeunes que le marxisme-léninisme en Inde s’est abondamment propagé et a trouvé une réception favorable.

   (ii) Les petits commerçants : En général, les petits hommes d’affaires qui engagent un ou deux travailleurs ou gèrent eux-mêmes leurs petits magasins sans engager personne. Ils vivent dans la crainte constante de faire faillite en raison de l’exploitation de l’impérialisme, de la grande bourgeoisie et des prêteurs sur gage.

   (iii) Les artisans : Ils sont très nombreux, possèdent leurs propres moyens de production et sont eux-mêmes engagés dans la production. Leur condition est semblable à celle de la paysannerie de classe moyenne.

   (iv) Les professionnels : Ce sont les médecins, les avocats ou d’autres de ce genre engagés dans diverses professions qui tirent leurs revenus davantage de leur propre travail, qu’il soit manuel ou mental, que de l’exploitation des autres. Ces professionnels qui tirent leurs revenus davantage de l’exploitation des autres que de leur propre travail sont considérés comme faisant partie de la bourgeoisie nationale.

   Ces sections de la petite bourgeoisie sont des forces motrices sérieuses dans la révolution. Leur faiblesse est que certaines d’entre elles sont facilement influencées par la bourgeoisie et par conséquent, nous devons continuer la propagande révolutionnaire et le travail organisationnel continuel parmi elles.

7. La bourgeoisie nationale

   La bourgeoisie nationale en Inde consiste, en général, en la petite et moyenne bourgeoisie. C’est une classe ayant une double caractère qui résulte de sa position économique. La bourgeoisie nationale est une classe qui est très faible d’un point de vue politique et hésitante.

   D’une part, elle est opprimée par l’impérialisme et le capitalisme bureaucrate compradore et entravée par le féodalisme. Par conséquent, elle a une contradiction avec tous ces trois ennemis de la révolution démocratique populaire en Inde. Elle n’a ni part dans le pouvoir d’état, ni aucun contrôle sur les fonds publics. Elle a, relativement, quelques liens avec l’impérialisme. Son marché est continuellement englouti par l’association impérialiste-bourgeoisie bureaucrate compradore, sa croissance est limitée et des sections de celle-ci sont même liquidées en raison de l’attaque sans cesse croissante de l’impérialisme. Par conséquent, elle constitue une des forces révolutionnaires dans la phase actuelle de la révolution indienne.

   Mais d’autre part, elle est inconstante et manque de courage pour s’opposer à l’impérialisme et au féodalisme parce qu’elle est on ne peut plus molle d’un point de vue économique et politique, dépend de l’état pour ses permis, ses matières premières et sa finance, a toujours des liens économiques avec l’impérialisme et le féodalisme et a peur de la révolution de la classe ouvrière. Elle aspire également à l’instauration d’un état sous son contrôle et à devenir la grande bourgeoisie. Elle exploite la main-d’œuvre et tire essentiellement ses revenus ce cette exploitation.

   Il résulte de ce double caractère de la bourgeoisie nationale que, à certains moments, et jusqu’à un certain point, elle peut participer à la révolution contre l’impérialisme et les classes dirigeantes indiennes, mais qu’à d’autres moments, il y a le danger qu’elle suive la bourgeoisie bureaucrate compradore et qu’elle participe à la contre-révolution.

   L’aile droite de cette classe a des tendances politiques réactionnaires, répand des illusions au sujet de l’impérialisme et s’oppose à la révolution démocratique populaire. Nous devons démasquer ces sections devant la population et libérer les masses de leurs influences réactionnaires. Mais en même temps, la majorité de la bourgeoisie nationale reste soit neutre, soit participe à la révolution. Les cibles de la révolution de nouvelle démocratie sont seulement l’impérialisme, la bourgeoisie bureaucrate compradore et la classe des propriétaires fonciers. Même après la victoire de la révolution à l’échelle nationale, il sera nécessaire d’autoriser l’existence, pendant une période, d’un secteur capitaliste de l’économie représenté par la petite et moyenne bourgeoisie sans, bien sûr, lui permettre de contrôler le lien économique vital du pays.

   En général, le parti adopte une politique de protection à l’égard de la petite et moyenne bourgeoisie là où s’étend le pouvoir d’état de la nouvelle démocratie.

8. Le lumpen-prolétariat

   Cette couche de la société indienne est constituée de ceux qui sont privés de toutes les occasions de participer à la production sociale. Ceci est dû à l’existence d’une vaste armée de chômeurs ruraux et urbains dont le nombre s’élève à plus de 100 millions dans le pays et qui augmentent sans cesse à cause des conditions semi-coloniales et semi-féodales actuelles en Inde. L’augmentation du chômage entraine l’augmentation du lumpen-prolétariat. Les petits voleurs, les cambrioleurs, les criminels, les voyous, les mendiants, les vagabonds, les maquereaux, les prostituées et tous ceux qui sont obligés d’utiliser des moyens illégitimes pour gagner leur vie constituent le lumpen-prolétariat. On les trouve principalement dans les bidonvilles des villes. Un grand nombre d’entre eux migrent vers les villes depuis les villages à la recherche d’un gagne-pain mais privés d’emplois à cause de la crise toujours plus intense dans l’économie indienne, ils finissent criminels et membres de gangs anti-sociaux. Les classes dirigeantes les utilisent souvent comme briseurs de grève, perturbateurs ou comme mercenaires. Certains d’entre eux sont recrutés par les classes dirigeantes dans les milieux contre-révolutionnaires et dans les forces armées réactionnaires.

   En raison de sa position dans la société de classe, le lumpen-prolétariat développe une haine à son égard. Par conséquent, il réagi au slogan de la destruction de la structure socio-économique existante. Mais ces gens manquent de qualités constructives et ont l’habitude de la destruction plutôt que de la construction.

   Par conséquent, il a un potentiel qui doit être corrigé et employé au service de la révolution. Mais une extrême prudence est nécessaire pour le recrutement dans le parti étant donné qu’il devient souvent la source de tendances rebelles errantes et anarchistes dans le mouvement révolutionnaire et qu’il a une aversion pour la discipline.

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