La situation et notre politique après la victoire dans la guerre de résistance contre le Japon1
Mao Zedong
13 août 1945
Nous vivons des jours où d’énormes changements se produisent dans la situation en Extrême-Orient. La capitulation de l’impérialisme japonais est maintenant chose certaine. Le facteur décisif de la capitulation du Japon est l’entrée en guerre de l’Union soviétique. Un million de combattants de l’Armée rouge entrent dans la Chine du Nord-Est; cette force est irrésistible. L’impérialisme japonais ne peut plus poursuivre le combat2. La dure et âpre Guerre de Résistance du peuple chinois vient d’être couronnée par la victoire. En tant qu’étape historique, la Guerre de Résistance contre le Japon est maintenant terminée.
Dans ces circonstances, quels sont actuellement les rapports entre les différentes classes en Chine et les rapports entre le Kuomintang et le Parti communiste? Que deviendront-ils à l’avenir? Quelle est la politique de notre Parti? Ce sont là des questions auxquelles le peuple tout entier et tous les camarades de notre Parti portent un grand intérêt.
Qu’en est-il du Kuomintang? Regardez ce qu’il a été et vous saurez ce qu’il est; regardez ce qu’il a été et ce qu’il est et vous saurez ce qu’il sera. Dans le passé, ce parti a mené, durant dix années entières, une guerre civile contre-révolutionnaire. Au cours de la Guerre de Résistance, il a déclenché trois campagnes anticommunistes de grande envergure((Voir “
- Discours prononcé par le camarade Mao Zedong dans une réunion de cadres à Yenan. Basé sur la méthode marxiste-léniniste de l’analyse de classes,il est une étude pénétrante de la situation politique fondamentale en Chine après la victoire dans la Guerre de Résistance contre le Japon et il expose les tactiques révolutionnaires du prolétariat. Comme le camarade Mao Tsé-toung l’a souligné dans son discours d’ouverture au VIIe Congrès du Parti communiste chinois en avril 1945, la Chine, après avoir vaincu l’impérialisme japonais, se trouvait toujours devant deux destinées, deux perspectives d’avenir: ou devenir une Chine nouvelle ou rester l’ancienne Chine. Les gros propriétaires fonciers et la grande bourgeoisie, avec Tchiang Kaï-chek pour représentant, voulaient arracher des mains du peuple les fruits de la victoire remportée dans la Guerre de Résistance et maintenir la Chine dans son état de pays semi-colonial et semi-féodal soumis à leur dictature. Représentant les intérêts du prolétariat et des masses populaires, le Parti communiste chinois luttait de toutes ses forces pour la paix et contre la guerre civile; mais il devait d’autre part se préparer de tout point à faire face aux machinations contre-révolutionnaires de Tchiang Kaï-chek visant à déclencher une guerre civile à l’échelle nationale, et il lui fallait adopter une politique juste, c’est-à-dire ne nourrir aucune illusion sur l’impérialisme et la réaction, n’avoir pas peur de leurs menaces, défendre résolument les fruits de la lutte du peuple et s’efforcer d’édifier une Chine nouvelle, une Chine de démocratie nouvelle des larges masses populaires, placée sous la direction du prolétariat. La lutte décisive entre les deux destinées, les deux perspectives d’avenir ouvertes devant la Chine, remplit la période historique allant de la fin de la Guerre de Résistance contre le Japon à la proclamation de la République populaire de Chine, c’est-à-dire la période de la Guerre de Libération du Peuple chinois ou de la Troisième guerre civile révolutionnaire. Après la Guerre de Résistance, Tchiang Kaï-chek, aidé par l’impérialisme américain, déchira les accords de paix à maintes reprises et, dans l’intention d’anéantir les forces du peuple, il déclencha une guerre civile contre-révolutionnaire d’une ampleur sans précédent. Grâce à la juste direction du Parti communiste chinois, quatre ans de lutte ont suffi au peuple chinois pour remporter une grande victoire nationale – renverser Tchiang Kaï-chek et fonder une Chine nouvelle.[↩]
- Le 8 août 1945, le gouvernement soviétique déclarait la guerre au Japon. Le 10 août, le gouvernement mongol la déclarait à son tour. L’Armée rouge soviétique entra, par terre et par mer, dans la Chine du Nord-Est et en Corée et mit rapidement en déroute l’Armée japonaise du Kouantong. Les armées interalliées soviéto-mongoles traversèrent le désert de la Mongolie intérieure et pénétrèrent dans les provinces du Jéhol et du Tchahar. Le 10 août, le gouvernement japonais se vit obligé d’envoyer une note demandant à capituler et le 14 il annonçait formellement sa capitulation sans condition. L’Armée du Kouantong était l’élite des forces principales de l’armée japonaise et constituait la réserve stratégique générale du Japon. Les impérialistes japonais avaient rêvé de s’appuyer sur cette force pour mener une guerre de longue durée à partir de leur position stratégique avantageuse dans la Chine du Nord-Est et en Corée. Ce plan fut complètement ruiné par l’entrée en guerre de l’Union soviétique et le gouvernement japonais dut reconnaître sa défaite et capituler.[↩]