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Projet de décret sur la nationalisation de la marine marchande maritime et fluviale

Projet de décret sur la nationalisation de la marine marchande maritime et fluviale1

Lénine

   Rédigé le 18 (31) janvier 1918. Paru pour la première fois en 1943 dans le Recueil Lénine XXXV

1. Projet de décret

   1. Le Conseil des Commissaires du peuple constate que le Comité central2

  1. La question de la nationalisation de la marine marchande maritime et fluviale fut discutée à la séance du Conseil des Commissaires du peuple le 18 (31) janvier 1918. Trois rapports furent entendus : celui du Centre-Volga, celui du C.C. de l’Union de la marine marchande maritime et fluviale et du représentant du Conseil supérieur de l’économie nationale. Le projet de Lénine fut ratifié en tant que décret du Conseil des Commissaires du peuple «Sur la marine marchande maritime et fluviale ». [↩]
  2. Il s’agit du Comité central de l’Union de la marine marchande maritime et fluviale de Russie. [↩]

Conférence du présidium du Soviet de Pétrograd avec les représentants des organes du ravitaillement

Conférence du présidium du Soviet de Pétrograd avec les représentants des organes du ravitaillement1

Lénine

14 (27) janvier 1918

   Paru pour la première fois en 1924 dans la revue « Krasnaïa Liétopis » n° 1 (10)

1. Intervention sur les mesures à prendre contre la famine

I

   Il résulte des renseignements fournis par Vladimirov que l’ancien rationnement doit être maintenu. Il faut prendre des mesures pour faire l’inventaire de ce qui se trouve à Pétrograd.

II

   Toutes ces informations font ressortir la monstrueuse inactivité des ouvriers de Pétrograd. Les ouvriers et les soldats de Pétrograd doivent comprendre que personne, en dehors d’eux-mêmes, ne leur viendra en aide. Les abus sont évidents, la spéculation est monstrueuse, mais qu’ont fait les soldats et les ouvriers, au sein des masses, pour la combattre ?! Si l’on ne suscite pas l’initiative des masses, on n’arrivera à rien. Il faut réunir une assemblée plénière du Soviet et décider des perquisitions sur une grande échelle à Pétrograd et dans les gares de marchandises. Chaque usine et chaque compagnie devront fournir des détachements pour les perquisitions, qui ne seront pas faites par des volontaires, mais par tout le monde, obligatoirement, sous peine de perdre sa carte de pain. Tant que nous ne recourrons pas à la terreur contre les spéculateurs, – tant que nous ne les fusillerons pas sur place, nous n’arriverons à rien. En outre, les pillards devront être également traités avec rigueur, c’est-à-dire fusillés sur place.

   Les éléments cossus de la population doivent être privés de pain pendant trois jours, car ils ont des réserves de pain et d’autres denrées et peuvent se ravitailler au prix fort chez les spéculateurs.

2. Projet de résolution

   Réunir en séance plénière le Soviet de Pétrograd et, pour lutter contre les spéculateurs et conjurer la famine, appliquer les mesures révolutionnaires suivantes :

   1. Faire participer toute la masse des soldats et des ouvriers à la formation de plusieurs milliers de détachements (de 10 à 15 personnes, ou peut-être plus) tenus de consacrer chaque jour un certain nombre d’heures (trois à quatre heures, par exemple) au ravitaillement.

   2. Les régiments et les usines qui ne fourniront pas régulièrement le nombre requis de détachements seront privés de cartes de pain et feront l’objet de mesures révolutionnaires de pression et de coercition.

   3. Les détachements perquisitionneront aussitôt : 1° dans les gares, où ils visiteront les wagons de blé et en dresseront l’inventaire ; 2° sur les voies et dans les nœuds ferroviaires autour de Pétrograd ; 3° dans tous les entrepôts et dans les logements.

   Des instructions pour les perquisitions, l’inventaire et les réquisitions seront mises au point par le présidium du Soviet de Pétrograd avec la participation de délégués des Soviets d’arrondissement ou par une commission désignée à cet effet.

   4. Les détachements fusilleront sur place les spéculateurs pris en flagrant délit et dont la culpabilité sera tout à fait certaine. Les membres des détachements dont la malhonnêteté aura été démontrée subiront la même peine.

   5. Sur l’ensemble des détachements révolutionnaires chargés de prendre des mesures extrêmes pour conjurer la famine, on prélèvera les plus sûrs et les mieux armés, qui seront envoyés dans toutes les gares et dans tous les districts des principales provinces fournissant du blé. Ces détachements, aidés de cheminots mandatés par les comités locaux des chemins de fer, seront chargés : 1° de contrôler l’acheminement des trains chargés de blé ; 2° de contrôler le collectage et le stockage du blé ; 3° d’appliquer les mesures révolutionnaires les plus rigoureuses contre les spéculateurs et pour la réquisition des réserves de blé.

   6. Toutes les fois qu’ils dresseront un procès-verbal de réquisition, d’arrestation, ou d’exécution, les détachements révolutionnaires requerront six témoins au moins, pris obligatoirement dans la population pauvre du proche voisinage.

  1. La Conférence du présidium du Soviet de Pétrograd avec les représentants des organes du ravitaillement fut consacrée à la pénible situation alimentaire des ouvriers et des soldats de la garnison de Pétrograd, qui touchaient une ration de 100 grammes de pain par jour. La conférence entendit le rapport du représentant de l’administration chargée du ravitaillement sur les perspectives de livraison de denrées alimentaires à Pétrograd et le rapport du représentant de la commission du déchargement des convois. Par décision du Conseil des Commissaires du peuple en date du 19 janvier (1er février), la ration de pain fut portée à 200 g pour toute la population de Pétrograd.[↩]

Congrès extraordinaire des cheminots de Russie des 5 – 30 janvier 1918

Congrès extraordinaire des cheminots de Russie des 5 – 30 janvier 1918

Lénine

1. Rapport du Conseil des commissaires du peuple 13 (26) janvier

   Camarades, je n’ai pas la possibilité, et je le regrette, de vous présenter un rapport en forme. J’espère que ceux d’entre vous qui s’intéressent particulièrement à la situation ont pu, grâce aux journaux d’une part et aux impressions personnelles qu’ils ont pu recueillir au congrès des Soviets, d’autre part, se faire une idée complète et précise de la situation actuelle du pouvoir des Soviets, de ses rapports avec les autres institutions et des tâches qui se posent à lui. Permettez-moi donc de me borner à quelques brèves remarques complémentaires. Pour définir les tâches et la situation du pouvoir des Soviets, je dois m’arrêter sur les rapports qu’il entretient avec l’organisation du prolétariat des chemins de fer, des cheminots.

   Vous savez, camarades, que le pouvoir des Soviets est entré en conflit avec l’Assemblée constituante et que toutes les classes possédantes -propriétaires fonciers, bourgeoisie, partisans de Kalédine et consorts, nous reprochent maintenant à cor et à cri la dissolution de l’Assemblée constituante par le pouvoir des Soviets. Mais plus ces reproches se font bruyants dans les rares journaux bourgeois, et plus haut se fait aussi entendre la voix des ouvriers, des soldats, des travailleurs et des exploités. Les paysans déclarent qu’ils n’ont jamais douté que le pouvoir des Soviets soit au-dessus de tout autre pouvoir et que jamais ni les ouvriers, ni les soldats, ni les paysans ne livreront à personne et à aucune institution, les Soviets qu’ils ont élus et créés, qu’ils contrôlent et vérifient. Le pouvoir des Soviets est entré en conflit avec l’Assemblée constituante, d’abord, vous le savez tous, parce que celle-ci avait été élue sur des listes établies dès avant la Révolution d’Octobre. Elue au suffrage universel, direct, égal et au scrutin secret avec représentation proportionnelle. Ce mode d’élection est le plus parfait de tous, mais il ne peut donner une expression exacte de la volonté du peuple qu’à la condition que les partis qui, dans ce système, ont seuls le droit et la possibilité de présenter des listes, répondent réellement à l’état d’esprit, aux aspirations, aux intérêts des groupes de la population qui les élisent. En effet, avec le scrutin d’arrondissement où chaque circonscription électorale élit son représentant ou son député, le peuple peut très facilement corriger sur-le-champ ses erreurs, en tenant compte de son état d’esprit ou des modifications politiques. Tandis qu’avec la représentation proportionnelle, chaque parti, considéré comme un tout, doit établir ses listes électorales longtemps avant les élections ; c’est ainsi que les partis ont dû établir leurs listes dès septembre et au début d’octobre pour les élections à l’Assemblée constituante, appelée à se réunir le 12 novembre. Vous vous rappelez tous que la loi avait fixé une date-limite pour la présentation des candidatures par tous les partis et qu’ensuite les listes ne pouvaient plus être modifiées. C’est ainsi que le plus grand parti de la Russie, le parti qui avait certainement été le plus important pendant l’été et l’automne, le parti socialiste-révolutionnaire, a dû présenter ses listes au début d’octobre 1917 au nom de tout le parti, ce qu’il a fait. Ces listes présentées au début d’octobre portaient les noms des candidats du parti socialiste-révolutionnaire ; comme s’il y avait eu un parti socialiste-révolutionnaire formant un tout unique. Or, depuis l’établissement des listes, depuis que les ouvriers et les paysans russes ont fait la révolution, créé leurs Soviets et parcouru un long chemin difficile et douloureux, la politique d’entente avec Kérenski a pris fin. Mais celui-ci était, lui aussi, considéré comme un socialiste-révolutionnaire ; il passait pour socialiste et pour révolutionnaire, alors qu’en réalité il était un impérialiste, qui cachait dans sa poche des traités secrets, des traités avec les impérialistes français et anglais, les traités signés par le tsar renversé en février, – ceux-là mêmes qui vouaient le peuple russe au massacre pour que le capitaliste russe pût conquérir Constantinople, les Dardanelles, l’Arménie ou un lambeau de la Galicie. Quant aux éléments les plus déchaînés, tels que le célèbre Milioukov, ils avaient même confectionné à l’avance des cartes d’après lesquelles un lambeau de la Prusse orientale devait être également détaché et donné au peuple russe comme prix du sang de millions d’ouvriers et de soldats. Voilà ce qu’était en réalité la république bourgeoise impérialiste de Russie dirigée par Kérenski, qui demeurait membre du parti socialiste-révolutionnaire et continuait à être considéré comme tel.

   A la fin d’octobre se réunit le IIe Congrès des Soviets des députés ouvriers et soldats de Russie : à ce moment, le peuple en avait déjà assez de cette politique d’entente avec les impérialistes ; l’offensive de juin nous avait coûté des centaines de milliers de victimes et avait montré avec éclat pourquoi la guerre durait, comment ces traités secrets vouaient les soldats au massacre, comment les «mots» de paix n’étaient que des mots. C’est pourquoi le IIe Congrès des Soviets de Russie renversa ce gouvernement bourgeois impérialiste et établit le pouvoir des Soviets. Il se trouva que les élections à l’Assemblée constituante eurent lieu le 12 novembre ; elles obligèrent les ouvriers, les soldats et surtout les paysans à voter d’après les vieilles listes, car il n’y en avait pas d’autres et l’on ne pouvait pas en dresser d’autres. Aussi, quand on nous dit maintenant : «Vous avez dissous l’Assemblée constituante qui représentait la volonté de la majorité du peuple», quand les plumitifs et les journaux bourgeois avec des socialistes de l’acabit de Kérenski nous le répètent sur tous les tons, nous leur répondons : «Pourquoi ne trouvez-vous pas un seul mot bien net à dire au peuple sur l’argument que je viens de donner et qui figure dans le décret de dissolution de l’Assemblée constituante ?» Nous ne pouvons pas considérer l’Assemblée constituante comme l’interprète de la volonté du peuple parce qu’elle a été élue sur de vieilles listes. Les ouvriers et plus encore les paysans ont voté pour le parti socialiste-révolutionnaire comme pour un parti unique, alors que ce parti s’étant scindé après les élections est apparu au peuple, une fois les élections faites, comme composé de deux partis : celui des socialistes-révolutionnaires de droite qui ont rallié la bourgeoisie, et celui des socialistes-révolutionnaires de gauche qui se sont mis avec la classe ouvrière, avec les travailleurs et se sont montrés partisans du socialisme. Le peuple pouvait-il choisir entre les socialistes-révolutionnaires de droite et de gauche, quand il y avait l’Assemblée constituante ? – Non, il ne le pouvait pas. Et c’est pourquoi, même du point de vue de la composition des listes électorales et du déroulement des élections, même de ce point de vue formel, nous disons que personne ne peut nous démentir quand nous affirmons que l’Assemblée constituante ne pouvait pas exprimer exactement la volonté du peuple. Ce n’est pas la faute de la révolution si elle s’est produite après l’établissement des listes et avant les élections à l’Assemblée constituante. Ce n’est pas la faute de la révolution si le parti socialiste-révolutionnaire a si longtemps maintenu le peuple et surtout les paysans dans l’ignorance, s’il les a trompés par de belles phrases, si nous n’avons pu voir qu’après le 25 octobre, quand s’est réuni le IIe Congrès paysan, qu’il ne pouvait pas y avoir de réconciliation entre les socialistes-révolutionnaires de droite et de gauche. Ensuite se sont réunis divers congrès de soldats et de paysans, congrès dont le dernier en date est celui des cheminots.

   Et nous avons vu partout le même spectacle : l’immense majorité de ceux qui sont réellement des travailleurs et des exploités se range tout entière, définitivement et sans réserve, du côté du pouvoir des Soviets ; tandis que les milieux dirigeants bourgeois, les employés, les cadres des administrations, les paysans cossus se rangent tous aux côtés des classes possédantes, du côté de la bourgeoisie, et formulent le mot d’ordre : «Tout le pouvoir à l’Assemblée constituante», à la Constituante élue avant la révolution, élue par un peuple qui ne savait pas comment distinguer les socialistes-révolutionnaires de droite des socialistes-révolutionnaires de gauche. Non, la révolution des classes laborieuses passe avant les vieilles listes électorales, les intérêts des travailleurs et des exploités, opprimés avant la révolution, doivent l’emporter, et si l’Assemblée constituante va à l’encontre du pouvoir des Soviets, à l’encontre de la majorité évidente des travailleurs, alors : A bas l’Assemblée constituante et vive le pouvoir des Soviets ! (Applaudissements.) Et maintenant, camarades, nous acquérons chaque jour la conviction que le pouvoir des Soviets trouve un appui grandissant auprès des pauvres, des travailleurs et des exploités dans tous les domaines de l’économie nationale et sur tous les points du pays ; quoi que puissent déblatérer sur notre compte les journaux bourgeois et aussi les journaux socialistes, si l’on peut dire, dans le genre de ceux des socialistes-révolutionnaires de droite, du parti de Kérenski, quoi qu’ils puissent déblatérer sur notre compte en affirmant que notre pouvoir est contre le peuple et ne s’appuie pas sur le peuple, c’est là un mensonge flagrant. Nous avons justement reçu aujourd’hui une confirmation particulièrement frappante à cet égard : une information du Don (apportée cette nuit par une dépêche), selon laquelle un congrès de Cosaques s’est réuni à Voronèje pendant qu’un autre, comprenant les représentants de 20 régiments et de 5 batteries, se tenait à la stanitsa Kamenskaïa. Les Cosaques du front se sont également réunis en congrès parce qu’ils voient se rassembler autour de la bande de Kalédine les officiers, les élèves-officiers et les rejetons de propriétaires fonciers, mécontents de ce qu’en Russie le pouvoir passe aux Soviets et désireux de voir la région du Don se constituer en territoire autonome. Un parti de Kalédine – Kalédine se donne le titre d’ataman en chef, – se crée dans la région du Don. Il a fallu disperser ce congrès des Cosaques du front1, qui a répondu à cette mesure : premièrement, en se joignant au congrès de Voronèje ; deuxièmement, en déclarant la guerre à Kalédine ; troisièmement, en arrêtant les atamans, et quatrièmement, en occupant toutes les gares importantes.

   Que MM. les Riabouchinski qui ont distribué des millions là-bas autant qu’ici, pour que les saboteurs touchent leurs appointements et suscitent des difficultés au régime des Soviets, que MM. les Riabouchinski et MM. les capitalistes de France et d’Angleterre, et avec eux le roi de Roumanie, s’affligent et déplorent leur triste sort : leur dernière carte est abattue même dans la région du Don, qui compte le plus de gros paysans vivant du travail salarié, exploitant le travail d’autrui, en lutte constante contre la population paysanne immigrée, amenée de loin dans ce pays par la misère, – même dans cette contrée où les paysans exploiteurs sont plus nombreux que partout ailleurs, même là-bas ce rassemblement des élèves-officiers, des officiers et des grands propriétaires qui ont décidé de combattre le pouvoir des Soviets a provoqué l’indignation, même là-bas nous découvrons cette division que personne ne veut voir et que l’on nous impute à crime. «Les bolchéviks proclament la guerre civile.» Peut-être est-ce nous qui avons inventé Kalédine, peut-être les bolchéviks ont-ils inventé Riabouchinski ? Mais nous savons qu’ils formaient, déjà au temps du tsar, l’appui principal du régime ; nous savons qu’ils n’ont fait que s’embusquer dans l’ombre et qu’ils veulent faire de la république russe une république bourgeoise pareille à celles de la plupart des autres pays, où, en dépit de la liberté et des élections, le peuple travailleur est aussi opprimé, sinon davantage, que dans n’importe quelle monarchie. Quand on nous dit que les bolchéviks allument une guerre fratricide, la guerre civile, quand on les maudit pour cette guerre civile fratricide et criminelle qu’ils ont provoquée, nous répondons : «Qu’y a-t-il de fratricide dans cette guerre ? Les Riabouchinski et les Kalédine sont-ils les frères des travailleurs ? Il est étrange que ni les matelots, ni les soldats, ni les ouvriers, ni les paysans ne l’aient su et ne l’aient pas remarqué. Il est étrange qu’ils s’obstinent à dire : les Riabouchinski et les Kalédine n’ont qu’à se soumettre au pouvoir des Soviets.»

   La folle et absurde tentative de soulèvement fomentée à Pétrograd et à Moscou par les élèves-officiers et les officiers a avorté parce que, dans leur immense majorité, les ouvriers et les soldats sont sans réserve aux côtés du pouvoir des Soviets. Les conjurés savaient que les soldats, une fois engagés dans la bataille, prenaient les armes pour ne les rendre à personne. Le peuple s’est uni et organisé pour prendre en mains ses propres destinées : c’est pour cela qu’il a commencé la révolution. Nos adversaires voyaient et savaient très bien qu’ici, à Pétrograd, le peuple est tout entier pour le pouvoir des Soviets ; et, quand ils ont été défaits à Pétrograd et Moscou, ils se sont précipités dans la région du Don pour y conspirer, comptant bénéficier dans cette conspiration contre-révolutionnaire visant les masses laborieuses, de l’appui de la Rada bourgeoise de Kiev qui achève ses derniers jours parce que personne ne lui fait plus confiance. Quand ils ont partout déclaré la guerre civile aux travailleurs, on s’est mis à nous reprocher de commencer la guerre civile, et l’on nous a dit : Vous allumez la guerre civile, finissons-en avec la guerre civile ! Nous répondons : Finissons-en avec les Riabouchinski, les Kalédine et tous leurs complices ! (Applaudissements.)

   C’est pourquoi, camarades, quand la bourgeoisie lance une accusation aussi grave, quand elle affirme que nous détruisons la démocratie, que nous avons ruiné la foi dans les formes et les institutions démocratiques si chères au mouvement révolutionnaire en Russie et qui l’ont si longtemps soutenu et nourri, quand elle prétend que nous avons détruit la forme supérieure de la démocratie, l’Assemblée constituante, nous répondons : Non, c’est faux. Sous la république du socialiste Kérenski, la république des chefs impérialistes, des chefs de la bourgeoisie avec des traités secrets en poche, qui poussait les soldats à la guerre (qualifiée de guerre juste), l’Assemblée constituante à ce moment valait évidemment mieux que le Préparlement où Kérenski, d’accord avec Tchernov et Tsérétéli, pratiquait la même politique. Depuis le début de la révolution, depuis avril 1917, nous avons déclaré ouvertement et nettement que les Soviets constituent une forme de démocratie de beaucoup supérieure, de beaucoup plus parfaite et plus rationnelle que l’Assemblée constituante puisqu’ils représentent la démocratie des travailleurs((Cf.

  1. L’ordre de Kalédine de faire arrêter les participants au congrès des Cosaques du front, dans la stanitsa Kamenskaïa, ne put pas être exécuté, car il vint trop tard : le Comité révolutionnaire militaire créé par le congrès s’était emparé du pouvoir dans cette stanitsa. Ce fait fut relaté par un délégué au IIIe Congrès des Soviets de Russie, qui avait été témoin des événements.[↩]

Ordre à l’Etat-major de la garde rouge, 12 janvier 1918

Ordre à l’État-major de la garde rouge

Lénine

12 janvier 1918

   Paru pour la première fois en 1931, dans le Recueil Lénine XVIII

   Devant la menace de famine imminente qui pèse sur Pétrograd et compte tenu de la décision du Conseil des Commissaires du peuple prescrivant l’inspection des voies ferrées à Pétrograd et dans les environs, afin de déterminer s’il ne se trouve pas sur les voies des wagons de blé, il est ordonné à l’Etat-major de la Garde Rouge de prêter son concours à cette inspection et d’appréhender les spéculateurs et les saboteurs.

   A cette fin il est ordonné de former sans retard le nombre nécessaire de détachements, qui devront se présenter dès demain matin, 13 janvier, au Commissariat des chemins de fer et se mettre à la disposition du camarade Nevski ou de son suppléant, pour procéder avec lui aux opérations suivantes :

   1. visiter les gares et se faire délivrer par les chefs de gare et autres chefs de service, une attestation écrite certifiant qu’il ne se trouve pas chez eux un seul wagon de blé ou de produits alimentaires (dans les gares et sur les voies) ;

   2. vérifier si, effectivement, il n’y a pas de wagons de blé, etc. ; procéder à cette vérification avec les cheminots ;

   3. en cas de déclarations mensongères ou d’informations inexactes, arrêter les chefs de service (avec l’accord des comités de cheminots) et les déférer au tribunal révolutionnaire.

Le Président du Conseil des Commissaires du peuple

V. Oulianov (Lénine)

Postface aux thèses sur la conclusion immédiate d’une paix séparée et annexionniste

Postface aux thèses sur la conclusion immédiate d’une paix séparée et annexionniste

Lénine

   Ecrit entre le 8 et le 11 (le 21 et le 24) janvier 1918. Paru pour la première fois en 1929 dans le Recueil Lénine XI

   Les thèses précédentes ont été lues par moi, le 8 janvier 1918, à une réunion non officielle groupant un petit nombre de militants du parti. Leur mise en discussion a montré qu’il existe trois opinions dans le parti sur cette question : près de la moitié des participants se sont prononcés en faveur de la guerre révolutionnaire (on a parfois qualifié cette opinion de point de vue «de Moscou», car le bureau de la région de Moscou de notre parti a été la première organisation qui l’ait adopté) ; puis, un quart environ partageaient l’opinion de Trotski qu’il fallait «proclamer la fin de l’état de guerre, démobiliser l’armée et renvoyer les soldats dans leurs foyers, mais sans signer la paix» ; et enfin près d’un quart des participants étaient de mon avis.

   La situation qui s’est créée au sein du parti me rappelle tout à fait celle de l’été 1907, époque où l’énorme majorité des bolchéviks préconisait le boycott de la IIIe Douma, où je soutenais, avec Dan, que nous devions y participer et où cela me valait les attaques les plus acharnées pour mon opportunisme. Objectivement, la question se pose aujourd’hui d’une façon tout à fait identique : de même qu’à ce moment-là, la majorité des militants du parti, s’appuyant sur les meilleurs motifs révolutionnaires et sur les meilleures traditions du parti, se laisse entraîner par un mot d’ordre «à panache», sans saisir la nouvelle situation sociale, économique et politique, sans tenir compte du changement des conditions qui exige un changement rapide, brutal, de la tactique. Et, de même qu’alors, toute mon argumentation doit se concentrer sur cette explication : le marxisme exige qu’on tienne compte des conditions objectives et de leur modification ; il faut poser la question concrètement., en fonction de ces conditions ; le changement fondamental aujourd’hui consiste dans la création de la République des Soviets de Russie ; ce qui prime tout à la fois pour nous et du point de vue du socialisme international, c’est de sauvegarder cette république qui a déjà commencé la révolution socialiste ; à l’heure actuelle, le mot d’ordre de guerre révolutionnaire lancé par la Russie serait une phrase creuse et un geste vain, ou bien équivaudrait objectivement à tomber dans le piège que nous tendent les impérialistes ; ceux-ci veulent nous entraîner à poursuivre la guerre impérialiste, tant que nous sommes encore faibles, et écraser aux moindres frais la jeune République des Soviets.

   « Je suis partisan de l’ancienne position de Lénine», s’est écrié un des jeunes Moscovites (la jeunesse est un des plus grands mérites qui distingue ce groupe d’orateurs). Et le même orateur m’a reproché de répéter, comme il a dit, les vieux arguments des jusqu’auboutistes sur l’improbabilité d’une révolution en Allemagne.

   Le malheur, c’est précisément que les Moscovites veulent rester sur une vieille position tactique et refusent obstinément de voir qu’elle s’est modifiée et qu’il s’est créé une nouvelle position objective.

Dans leur ardeur à répéter les vieux mots d’ordre, les Moscovites n’ont même pas tenu compte du fait que nous, bolchéviks, sommes tous aujourd’hui partisans d’aller jusqu’au bout. Car, après avoir renversé la bourgeoisie, après avoir déchiré et dévoilé les traités secrets, après avoir proposé à tous les peuples une paix véritablement…1

  1. Le manuscrit s’interrompt ici.[↩]